Eaux troubles - Le chancelier autrichien doit faire face à une enquête contre lui
Publié

Eaux troublesLe chancelier autrichien doit faire face à une enquête contre lui

S’il est mis en examen, ce qu’il a dit craindre, Sebastian Kurz deviendrait le premier chancelier en exercice inculpé dans l’Histoire de l’Autriche.

La justice cherche à savoir si Sebastian Kurz a sciemment menti en 2020, après avoir prêté serment, en niant toute intervention dans la nomination d’un proche à la tête d’une holding publique.

La justice cherche à savoir si Sebastian Kurz a sciemment menti en 2020, après avoir prêté serment, en niant toute intervention dans la nomination d’un proche à la tête d’une holding publique.

AFP

Hier présenté comme l’enfant prodige de la politique autrichienne, le jeune chancelier Sebastian Kurz traverse une mauvaise passe dans sa carrière éclair, avec pour couronner le tout, le lancement par le Parquet cette semaine d’une enquête à son encontre.

Lassitude de son électorat liée au Covid-19, revers européen sur les vaccins et désormais, la justice qui l’a dans le viseur: celui qui semblait invincible il y a encore un an, salué à l’époque pour sa gestion «modèle» de la pandémie, semble avoir perdu sa «baraka».

S’il est mis en examen, ce qu’il a lui-même dit craindre, il deviendrait le premier chancelier en exercice inculpé dans l’Histoire de ce pays de l’Union européenne, qui compte 8,9 millions d’habitants. La justice cherche à savoir si le dirigeant conservateur de 34 ans a sciemment menti l’année dernière, après avoir prêté serment devant une commission parlementaire, en niant toute intervention dans la nomination d’un proche à la tête d’une holding publique.

Emojis de «baiser»

Des anciens SMS échangés entre lui et cet homme, nommé Thomas Schmid, ont récemment fait surface, livrant un autre éclairage. «Tu as tout ce que tu veux», écrivait par exemple Sebastian Kurz à son interlocuteur, à grand renfort d’émojis de «baiser», tandis que ce dernier lui répondait qu’il «aimait son chancelier».

Malgré ces «turbulences», les «plus sérieuses depuis sa prise de pouvoir» selon le politologue Thomas Hofer, le chef du gouvernement a rejeté toute faute et refusé de démissionner. «Je n’ai rien dit qui ne soit pas vrai», a-t-il assuré à des journalistes autrichiens.

Le quotidien conservateur Die Presse estimait toutefois vendredi que cet «habitué des succès» traversait la phase «la plus délicate» de sa vie politique. Le chancelier autrichien doit d’être rattrapé par la justice à la coalition qu’il avait scellée en décembre 2017 avec le sulfureux parti FPÖ, lui valant de devenir le plus jeune dirigeant élu de la planète.

Après un an et demi de pouvoir, une vidéo montrait le responsable de cette formation d’extrême droite, le vice-chancelier Heinz-Christian Strache, en train de proposer des marchés publics à une femme se faisant passer pour la nièce d’un oligarque russe. La séquence, tournée en caméra cachée pour le piéger, avait fait l’effet d’une bombe, dynamitant le gouvernement et provoquant des élections anticipées.

Commentaires peu flatteurs

Cette péripétie n’avait pas empêché Sebastian Kurz de renforcer le score de son parti aux législatives de septembre 2019, victoire suivie d’une alliance inédite avec les écologistes. Mais depuis, la justice cherche à vérifier si les faits de corruption évoqués dans la fameuse vidéo sont avérés. Et le Parlement a mis sur pied sa propre commission d’enquête. Le domicile du ministre des Finances, proche du chancelier, a été perquisitionné dans un des volets de ce scandale de l’Ibizagate.

Crédité de 46% des intentions de vote il y a un an, le parti chrétien-démocrate ÖVP, pilier de la politique autrichienne depuis la guerre, a perdu 13 points en un an, selon un sondage réalisé en avril. L’opposition d’extrême droite est passée dans le même temps de 10 à 18% et les sociaux-démocrates de 17 à 25%.

Alors qu’il espérait «regagner un peu du terrain perdu au cours des derniers mois grâce à l’amélioration sur le plan sanitaire» et la fin des restrictions, le gouvernement «souffre de l’attention portée» aux démêlés judiciaires de son chef, estime M. Hofer. Les médias allemands multiplient les articles peu flatteurs pour dénoncer une dérive affairiste en Autriche. Ils accusent Sebastian Kurz, qui critique ouvertement le Parquet, de saper l’Etat de droit.

Dans le collimateur de l’UE

Le chancelier est aussi dans le collimateur de ses partenaires de l’UE, après avoir dénoncé au printemps un accès inégal aux vaccins entre pays prospères et pauvres, tout en refusant ensuite de renoncer à son quotas de doses afin de rééquilibrer la distribution. Des diplomates avaient alors fustigé son «égoïsme» et son «manque de solidarité».

Mais même en baisse de régime, Sebastian Kurz conserve une très large avance sur ses adversaires politiques. «Malgré les enquêtes, il reste un chancelier plutôt populaire», observe Julia Partheymüller, de l’université de Vienne. «Au niveau national, aucun concurrent à sa mesure n’émerge vraiment», confirme l’analyste Peter Hajek.

(AFP)

Votre opinion

2 commentaires