Valais: Le chantier du siècle passe à la vitesse supérieure
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ValaisLe chantier du siècle passe à la vitesse supérieure

L'Etat du Valais a créé un office exclusivement dédié à la troisième correction du Rhône, un chantier qui s'étendra sur 30 ans.

A Viège, un vaste chantier de 160 millions de francs a été engagé en 2009 et sert de vitrine pour illustrer ce que peut devenir le Rhône de l'avenir.

A Viège, un vaste chantier de 160 millions de francs a été engagé en 2009 et sert de vitrine pour illustrer ce que peut devenir le Rhône de l'avenir.

Keystone

Le projet de 3e correction du Rhône entre dans une nouvelle phase. L'Etat du Valais a créé un office exclusivement dédié à ce chantier de trois milliards de francs qui s'étendra sur trois décennies.

De nombreux travaux, souvent urgents, ont déjà été effectués au cours des dernières années. Mais les choses vont s'accélérer. «On est passé de faut-il réaliser la troisième correction du Rhône à comment va-t-on la faire», résume Tony Arborino, chef du tout nouvel Office cantonal de la construction du Rhône, lors d'un entretien avec l'ats.

La votation du 14 juin 2015 a assoupli les fronts. L'électorat avait accepté à une majorité de 57% la création d'un fonds de 60 millions de francs pour financer le projet, contre l'avis de l'UDC et du monde agricole opposés à un projet qualifié de «dispendieux et pharaonique». Depuis, le dialogue a été renoué.

Pour le monde agricole, la crainte principale est la perte de surface d'assolement. L'opposition n'est pas tant dirigée contre des travaux de sécurisation anti-crues que contre la manière de procéder. Les agriculteurs préfèrent un approfondissement du fleuve à un élargissement.

Agriculteurs entendus

L'Etat du Valais a aussi mis de l'eau dans son vin. Le projet «Rhône 3» a été mis en consultation publique il y a dix ans. «Une partie du débat a pu se faire au préalable», estime M. Arborino. Et le projet a été adapté. La perte de terres agricoles a été limitée à 300 hectares.

Le canton prévoit aussi une enveloppe de 160 millions de francs pour limiter l'impact sur l'agriculture. Des mesures individuelles sont recherchées pour éviter de placer des exploitations en situation de danger économique, explique Léonard Dorsaz, chef adjoint du service cantonal de l'agriculture.

La philosophie de l'endiguement du fleuve a aussi évolué. La digue est désormais aussi vue comme un espace compatible avec l'exploitation agricole. Dans la mesure du possible, l'agriculture doit être menée jusqu'au sommet des digues. Potentiellement, plusieurs dizaines d'hectares de terres agricoles peuvent ainsi être économisés, selon M. Dorsaz.

Désamorcer les conflits

Les discussions sur ces options sont menées en amont des mises à l'enquête pour désamorcer les conflits. «Les choses avancent malgré quelques turbulences», admet Willy Giroud, président de la Chambre valaisanne d'agriculture (CVA).

En dépit de quelques points d'achoppement, le dialogue est renoué. «Il y a toujours des éléments sur lesquels nous ne sommes pas d'accord, il faudra trouver des solutions», dit M. Giroud. Pour autant, rien ne garantit que les mises à l'enquête des étapes futures de Rhône 3 passent la rampe sans encombre.

«On ne peut pas garantir que certains agriculteurs se sentent lésés et font opposition», précise M. Giroud. Mais l'optimisme est de rigueur. «Il y a un mouvement vers quelque chose de plus collaboratif pour trouver des solutions», estime Léonard Dorsaz.

Le service de l'agriculture dit partager les soucis du monde agricole. Son objectif est d'assurer l'avenir de l'agriculture et de maintenir la production. «Il y a une réelle volonté d'intégrer tous les paramètres avant de mettre à l'enquête», précise Tony Arborino.

Vitrine pour l'avenir

Le projet a déjà englouti plusieurs millions de francs dans des mesures urgentes de sécurisation. Et à Viège, un vaste chantier de 160 millions de francs a été engagé en 2009 qui sert désormais de vitrine pour illustrer ce que peut devenir le Rhône de l'avenir.

Le chantier de Viège est qualifié de mesure prioritaire. Il doit maintenant être suivi de plusieurs autres aménagements du même acabit. A Sierre, à Sion, à Martigny, dans la région de Monthey et à l'embouchure du Rhône dans le Léman, des aménagements sont prévus qui seront progressivement mis à l'enquête au cours des prochaines années.

Ces mesures prioritaires combinent le renforcement des digues, l'abaissement du lit du fleuve et son élargissement. La priorité est la sécurité, et l'ambition est que le Rhône redevienne un espace public, précise M. Arborino.

Un fleuve apprivoisé

Les travaux de Viège ont montré que priorité et ambition ne sont pas antinomiques. «C'est en sécurisant le fleuve qu'on le valorise», Tony Arborino en est persuadé. A Viège, les travaux effectués ont ouvert un nouvel espace de détente, de loisirs en offrant une plus-value paysagère.

Le public s'est approprié le fleuve qu'il peut désormais approcher jusqu'à en fouler les berges. Tony Arborino souhaite qu'il en soit de même pour les autres régions où des mesures prioritaires sont prévues.

Avec la votation de 2015, l'Etat s'est donné les moyens de ses ambitions. Le budget annuel pour Rhône 3 passera petit à petit d'une trentaine à une centaine de millions de francs par année. Mais le montant investi sera triple puisque la Confédération paie deux tiers de la facture.

(ats)

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