Espagne - Le chef du Polisario est rentré en Algérie
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EspagneLe chef du Polisario est rentré en Algérie

Le chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario est rentré mercredi en Algérie, alors qu’il a souffert de complications liées au coronavirus.

Brahim Ghali a rencontré des complications liées au Covid.

Brahim Ghali a rencontré des complications liées au Covid.

AFP

Au centre de plusieurs semaines de crise entre Madrid et Rabat, le chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario est revenu mercredi en Algérie après avoir quitté dans la nuit l’Espagne où il avait été hospitalisé en avril en secret.

Brahim Ghali, président de la République arabe sahraouie démocratique (RASD, autoproclamée) dont Alger est le principal soutien, est «en Algérie», a confirmé mercredi matin une source gouvernementale espagnole.

Il est arrivé vers 3 heures du matin à Alger pour y poursuivre sa convalescence, a indiqué de son côté l’ambassadeur en Algérie de la RASD, Abdelkader Taleb Omar, à l’agence algérienne APS.

Pas de mesure coercitive

Le ministère espagnol des Affaires étrangères avait annoncé mardi soir que le chef du Polisario allait quitter l’Espagne depuis Pampelune (nord), mais sans préciser la destination de l’avion. Un autre appareil d’«Etat» algérien était parti mardi matin pour Logroño (nord), la ville où a été hospitalisé Brahim Ghali en raison de complications liées au Covid, mais avait dû faire demi-tour sur «ordre des contrôleurs aériens militaires», selon l’aviation civile espagnole.

Le départ de Brahim Ghali est intervenu après la décision d’un juge espagnol de ne prendre aucune mesure coercitive à son encontre après l’avoir entendu dans le cadre de deux plaintes pour «tortures» et «génocide». Selon ce juge, «le rapport de l’accusation (…) n’a pas apporté d’indices» montrant que Ghali soit «responsable d’un délit».

Marée humaine à Ceuta

L’arrivée dans un état critique et dans le plus grand secret de Brahim Ghali en Espagne le 18 avril dans un avion de la présidence algérienne, selon le quotidien «El Pais», a déclenché une crise majeure entre Madrid et le Maroc, dont le Polisario est l’ennemi juré et qui enrageait de ne pas avoir été informé.

Une brouille, ponctuée d’échanges musclés, dont le point culminant a été l’arrivée mi-mai de près de 10’000 migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta, dont de nombreux mineurs, à la faveur d’un relâchement des contrôles par les autorités marocaines. Reste désormais à savoir si le départ d’Espagne de Brahim Ghali, dont Madrid a informé cette fois Rabat, permettra d’abaisser les tensions.

«Nous voulons des relations respectueuses, absolument constructives car nos intérêts sont communs», a assuré mercredi la numéro deux du gouvernement espagnol Carmen Calvo. Un ton loin des accusations de «chantage» et d’«agression» proférées contre Rabat par des membres de l’exécutif de Pedro Sanchez au plus fort de la crise.

À Rabat, les autorités gardaient le silence depuis l’annonce mardi de la volonté royale de «régler définitivement» la question des mineurs en situation irrégulière en Europe, perçue comme un geste d’apaisement.

Lundi, le gouvernement marocain avait toutefois assuré que la crise entre les deux pays ne «s’achève pas avec (le) départ» de Brahim Ghali car elle était liée à la position espagnole sur le Sahara occidental, «cause sacrée de l’ensemble du peuple marocain».

«Menace»

Les Marocains «font planer depuis quelques jours la menace d’une rupture des relations diplomatiques avec l’Espagne, mais toute la question est de savoir s’ils iront jusque-là et, sinon, quelles sont les options sur la table après la surenchère rhétorique de ces derniers jours», note une source diplomatique sous couvert de l’anonymat.

Isaias Barreñada, professeur de relations internationales à l’université madrilène de la Complutense, estime, lui, que Rabat «ne peut plus s’accrocher à rien» maintenant que Ghali est parti, alors que sa présence en Espagne a été «un prétexte facile» pour «mettre la pression sur Madrid et sur sa position sur le Sahara».

Pour plusieurs analystes, l’origine de cette crise est en effet liée à la volonté de Rabat d’amener l’Espagne et l’UE à modifier leur position sur le Sahara dans un sens plus favorable aux intérêts marocains après la décision des États-Unis, aux derniers jours du mandat de Donald Trump, de reconnaître en décembre la souveraineté marocaine sur l’ensemble de ce territoire disputé.

(AFP)

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