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CinémaLe cinéaste Alain Tanner va fêter ses 85 printemps

Sans Alain Tanner, qui fête samedi son anniversaire, il n'y aurait pas de cinéma suisse.

Alain Tanner, un cinéaste engagé.

Alain Tanner, un cinéaste engagé.

Keystone

Le réalisateur à contre-courant, Alain Tanner, a cessé de tourner en 2004. Mais il trouve d'autres moyens de faire entendre sa voix.

Le réalisateur de «La Salamandre» confiait il y a cinq ans à l'hebdomadaire Lausanne-Cités: «Je ne suis pas las de la vie mais las de me battre pour la culture, le cinéma... C'est toujours la même chose». Il souhaite «continuer à être un rêveur», pouvoir s'occuper de ses petits-enfants, «lire et relire des livres».

Aujourd'hui, il ne tient plus à parler aux médias. C'est «terrible» de répondre à des questions sur son anniversaire ou sur son oeuvre, a-t-il dit à l'ats avant de faire entendre un rire.

Alain Tanner est toujours resté fidèle à son idéal, c'est-à-dire considérer que faire du cinéma est un acte politique. Il trouve donc aujourd'hui d'autres moyens de faire entendre son point de vue. En septembre dernier par exemple, il a signé la déclaration de solidarité que les artistes suisses ont adressée à la population palestinienne de Gaza.

Le légendaire «Groupe des 5»

Le Genevois et son légendaire «Groupe des cinq» ont été des pionniers du «Nouveau cinéma suisse» et servent encore de modèles à la jeune génération de cinéastes. Le premier long métrage de Tanner, «Charles mort ou vif» sera proposé au public lors des prochaines «Journées de Soleure, le rendez-vous annuel du cinéma suisse qui fête son 50e anniversaire fin janvier.

Ce film, sorti en 1969, qui marque le début du cinéma d'auteur engagé en Suisse, lui a aussi procuré une reconnaissance internationale. Deux ans plus tard, «La Salamandre» devenait le film-culte d'une génération. Son ultime long métrage «Paul s'en va» est sorti il y a dix ans, en 2004.

Londres, Lisbonne et encore Genève

La biographie de Tanner est étroitement liée à celle du réalisateur Claude Goretta. Les deux Genevois, âgés d'une vingtaine d'années, sont allés ensemble à Londres dans les années 1950 où ils fréquentaient assidûment la Cinémathèque.

Ils ont réalisé ensemble leur premier film, «Nice Time» (1957). Ce court métrage sur la vie des noctambules dans le Piccadilly Circus londonien, a remporté d'emblée un prix à Venise.

Tanner écrivait lui-même ses scénarios, souvent en deux semaines. Il se lançait même parfois dans un film sans script. Le cinéaste a par exemple développé l'intrigue de «Dans la ville blanche» au fil du tournage avec l'acteur Bruno Ganz à Lisbonne.

Les lieux jouaient un grand rôle pour Tanner. Il aimait avant tout la mer. Et comme souvent les Suisses, ni les montagnes, ni la Suisse, ni sa ville d'origine, Genève. Pourtant, il est toujours revenu dans cette ville.

Après le «Groupe des 5», formé de Michel Soutter, Jean-Louis Roy, Jean-Jacques Lagrange (en 1971, Yves Yersin a pris sa place) et Goretta, Tanner sera influencé par Jean-Luc Godard. De la fin des années 1960 à 2004, il tourne sans relâche, un long métrage tous les deux ou trois ans.

Tous ses films n'ont pas connu le succès, mais à côté de «Charles mort ou vif» et «Dans la ville blanche», on trouve «La Salamandre» (1971) ou «Jonas Qui aura vingt-Cinq ans en l'an 2000» (1976), des films qui font maintenant partie de la mémoire suisse. De nombreux prix et de nominations à Locarno, Venise, Cannes ou aux Etats-Unis sont venus couronner le travail de Tanner au fil des ans.

«Rien à regarder»

Après avoir déposé sa caméra en 2004, Alain Tanner participe à l'édition DVD d'une partie de sa production. Il a sorti en 2007 le livre «Ciné-mélanges». Sous forme d'abécédaire, il y exposait non sans humour ses souvenirs et sa perception du 7e art, à la fois politique, morale ou poétique.

Il y dénonce par exemple «la caméra imbécile» qui vise le public au lieu de chercher un spectateur. Elle «virevolte dans tous les sens, ne cadre jamais, ne sait pas trop où regarder», affirmant ainsi «qu'il n'y a plus rien à voir, plus rien à regarder».

Un extrait de «La Salamandre»:

(ats)

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