Actualisé 15.01.2020 à 05:49

Le CIO interdit les vidéos des élèves vaudois aux Jeux

JOJ

Après des mois de préparatifs pour couvrir les JOJ, des élèves et leurs profs ont vu leurs espoirs douchés par les restrictions du CIO. Celui-ci protège sa marque selon les JOJ. Trop selon le droit suisse?

par
Sébastien Anex
Les actions spectaculaires des JOJ ne seront pas captées pas les caméras des élèves du Sépey.

Les actions spectaculaires des JOJ ne seront pas captées pas les caméras des élèves du Sépey.

Jean-Christophe Bott, Keystone

Dès la candidature de Lausanne aux Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ), le comité d’organisation et les autorités vaudoises ont travaillé pour impliquer les élèves à la fête. Entre autres initiatives, le Département de la formation, de la jeunesse et de la culture a pensé à Radiobus: un concept pédagogique mis en place depuis les années 2000, permettant aux élèves de découvrir le monde des médias.

Une myriade d’idées soutenues par les JOJ

Au cœur de l’action, le collège du Sépey s’est enthousiasmé. Proche des sites de Leysin et des Diablerets, on y avait prévu diverses émissions avec l’appui de Radiobus: un journal, une radio et même un téléjournal quotidien durant la compétition. Les élèves se sont préparés en couvrant déjà l’année dernière diverses courses de ski. Le projet a été présenté en mars 2019 au comité des JOJ qui l’a accueilli favorablement. Tout semblait se présenter au mieux pour porter haut les valeurs olympiques et intégrer la jeunesse.

Mais au mois d’octobre, retournement de situation : c’est la douche froide. Dans un mail écrit en anglais, le Comité international olympique (CIO) signifie notamment que toute diffusion de vidéo tournée par les élèves leur est interdite s’ils veulent être accrédités pour la manifestation. Le mouvement olympique a-t-il craint une concurrence pour la production TV des Jeux? Denis Badan, responsable de Radiobus, ne s’exprime pas à ce sujet ni sur le délai que le CIO a mis pour édicter ses limites. «Notre projet s’est heurté à la réalité de la commercialisation des images sportives d’aujourd’hui» formule-t-il sobrement.

Elèves bienvenus seulement quand ça arrange?

Une enseignante des Ormonts témoigne: «À la lecture du mail des dirigeants olympiques même l’interview d’un dameur, avec en toile de fond une compétition de halfpipe, ne pouvait plus être réalisée». En automne, le comité des JOJ s’active à trouver une solution favorable avec le CIO et à adoucir certaines règles. Mais vu que ce ne sont plus les Jeux de la jeunesse, mais plutôt leurs à-côtés, qui pourront être couverts, l’engagement des élèves est réduit de moitié; le téléjournal ne sera pas quotidien. Certains écoliers sont déçus. «On a l’impression que le CIO avait besoin des élèves vaudois pour garnir les rangs des manifestations, mais dès qu’il s’est agi d’ouvrir les accès, tout s’est compliqué», conclut la prof, en précisant que les enseignants impliqués depuis des mois ont perdu la foi. D’autres sources concernées confirment au Matin.ch un malaise certain, mais ne désirent ou ne peuvent pas s’exprimer ouvertement.

Michele Cherubini, directeur du collège du Sépey, s’interroge: «On ne voyait pas la concurrence qu’on pouvait faire aux médias internationaux». Mais après le courrier d’octobre, pas question de jeter l’éponge. «On a géré en réduisant la voilure. Et au final, on va vivre de beaux moments.»

«Le CIO prête un produit à la ville hôte»

Du côté des JOJ, on souligne «l’opération magnifique de Radiobus», tout en comprenant la déception de certains protagonistes si toutes les idées n’ont pas pu être retenues. Au sujet du temps de réaction? «Les Jeux sont d’une taille et d’une complexité dont nous avons peu l’habitude dans ce canton. Ils intègrent énormément de partenaires. Des processus et des délais non usuels sont donc à attendre» relève Greg Curchod, porte-parole des JOJ. Concernant l’interdiction de diffusion des images, il renvoie au CIO en expliquant que «les Jeux olympiques sont propriété du CIO, qui prête un produit à des villes hôtes tous les quatre ans. Il faut respecter certaines règles qui visent à protéger la marque et sa commercialisation».

Le CIO communique avoir été informé du projet de Radiobus en septembre 2019 et avoir traité les apprentis journalistes de la même manière que les médias traditionnels. L’organisation fait valoir «avoir largement coopéré avec Radiobus au cours des mois précédant les JOJ: les étudiants ont, entre autres, eu la possibilité d’interviewer le président Thomas Bach.» Concernant la prohibition des vidéos, le CIO se base sur les directives générales pour les médias souhaitant couvrir les Jeux de Lausanne 2020. Le CIO précise toutefois que des séquences vidéo, produites à l’interne, sont disponibles pour les élèves.

Base légale peu claire

Selon Kevin Guillet, avocat spécialiste du droit des médias, les conditions du CIO doivent être nuancées: «Si l'on peut imaginer une réglementation dans l’enceinte, il n’existe à mon sens aucune base légale sur laquelle pourrait se fonder le CIO pour interdire les prises de vue et vidéos depuis l’espace public et leur diffusion. Tout au plus, il pourrait tenter d'invoquer le droit à l’image et à la personnalité des athlètes y figurant. Mais contrairement à un spectacle, une manifestation sportive ne peut dans la très grande majorité des cas pas être considérée comme une œuvre au sens de la Loi sur le droit d'auteur. Les JOJ devraient ainsi pouvoir faire l’objet d’une prise d’images, pour autant que celle-ci soit réalisée depuis l’espace public». À notre question de savoir sur quelles bases légales suisses il se repose, le CIO n’a pas donné de réponse.

Une vidéo pour rien?

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