23.05.2018 à 14:51

Tennis«Le circuit n'a pas manqué à Roger»

Venu soutenir Stan Wawrinka au Geneva Open, Severin Lüthi a été douché par l’orage. Il a pris le temps de répondre à nos questions à l’abri des arbres du parc des Eaux-Vives.

von
Mathieu Aeschmann
Genève
Entre Séverin Lüthi et Roger Federer, la complicité résiste aux épreuves du temps.

Entre Séverin Lüthi et Roger Federer, la complicité résiste aux épreuves du temps.

Keystone

Severin Lüthi, à quel niveau attendez-vous Stan Wawrinka cette semaine?

Déjà, je dois dire que je l’ai malheureusement moins vu ces derniers mois. Roger a été blessé puis ce fut son tour. En tant qu’ami, j’ai le sentiment de ne pas avoir passé assez de temps avec lui. Cela dit, j’ai la conviction que Stan va retrouver son meilleur niveau. De combien de temps a-t-il besoin pour y parvenir? Je n’en sais rien. Il se sent mieux et une série de quelques matches pourrait lui redonner la confiance. En ce sens, Roland-Garros, avec son format en cinq sets, peut lui faire du bien

Roger Federer, lui, est à une vingtaine de jours de son retour à Stuttgart. Comment s’est déroulé son bloc d’entraînement?

Très bien. J’ai passé une semaine avec lui à Dubaï avant son voyage en Afrique pour sa fondation. À son retour, c’est «Ljubi» (Ivan Ljubicic) qui a pris le relais. Roger a pu souffler avant d’enchaîner un bloc de physique et du tennis. J’apprécie vraiment ces grande plages de travail. On peut prendre du recul, choisir des points forts : ici le retour, là une phase de jeu précise. C’est un luxe.

Et comment va-t-il préparer son passage sur gazon?

En réalité, on mélange les séances entre gazon et dur. Déjà parce que la Suisse n’a pas beaucoup de terrain en gazon et que nous restons très dépendant du temps qu’il fait. Et puis surtout, l’herbe n’est pas forcément idéale pour travailler les déplacements.

C’est-à-dire?

Il faut faire attention de ne pas glisser, éviter de se faire mal alors que sur dur tu peux appuyer à fond sur les appuis. Donc moi, j’aime bien retourner sur dur pour faire quelques séances plus physiques. On essaie de trouver un équilibre selon son feeling et le mien: deux ou trois jours sur gazon puis retour sur dur. Après, l’objectif reste d’arriver à Stuttgart avec déjà des repères sur la surface.

Comment Roger Federer a-t-il vécu ses semaines loin du circuit?

Je n’ai pas eu l’impression que le Tour lui a manqué ou que ça le démangeait de «matcher». Cela dit, «Rodge» adore tellement le tennis qu’il suit les résultats. Attention, ce n’est pas sa priorité numéro un: il ne refusera pas un engagement pour regarder un match. Mais s’il a le temps, il regarde. Et il garde toujours un œil sur le «live score».

Il reste donc impliqué mais à bonne distance?

C’est exactement ça. Selon moi, il a trouvé vite le parfait équilibre dans ces périodes de pause. Parce qu’il faut être franc: si le circuit te manque, ça ne sert absolument à rien de le quitter. Je suis convaincu que c’est l’une de ses grandes forces: «Rodge» arrive à laisser son métier de côté tout en restant passionné.

Quel est votre regard de coach sur cette saison de terre battue?

Sans y passer mes journées, j’ai regardé quelques matches. Car même si le gazon est très différent, tu peux y débarquer avec beaucoup de confiance après un bon printemps sur terre. J’ai évidemment vu un «Rafa» à nouveau très impressionnant; ce qui ne m’a pas étonné. Certains me disaient: «il aura de la peine à défendre ses points». Et moi je répondais: «vous verrez, peut-être va-t-il remporter cinq tournois au lieu de quatre». Il ne le fera pas. Mais honnêtement, je ne vois pas grand monde pour le battre à Roland.

La pluie l’a quand même un peu sauvé en finale à Rome contre Zverev (le match a été interrompu à 3-1 au 3e set pour l’Allemand)?

Même si je n’ai pas vu le match, je veux bien croire que l’interruption l’a aidé. Mais rien ne dit que «Rafa» n’aurait pas trouvé un moyen de retourner la situation sans la pluie. Vous savez, contre lui, les ouvertures sont tellement rares.

Un dernier mot: avez-vous quand même pris le temps de sabrer le champagne lundi dernier?

On n’était malheureusement pas ensemble (sourire). Le plus important pour moi, c’était que «Rodge» redevienne No 1 mondial, à son âge et après toutes ces années. À Rotterdam, j’étais vraiment aux anges. Ensuite, je vous dirais que l’on prend volontiers chaque semaine en plus. Mais à mes yeux, gagner un Grand Chelem reste beaucoup plus important que d’être No 1 mondial.

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