Jeux vidéo - Le combat Apple vs Epic Games commence lundi
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Jeux vidéoLe combat Apple vs Epic Games commence lundi

Apple et l’éditeur de Fortnite sont parés pour un affrontement juridique épique devant un tribunal en Californie.

Selon Epic Games, Apple abuse de sa situation de monopole sur les utilisateurs d’iPhone et d’iPad, grâce à l’App Store.

Selon Epic Games, Apple abuse de sa situation de monopole sur les utilisateurs d’iPhone et d’iPad, grâce à l’App Store.

AFP

Un titan des jeux vidéo contre le géant des smartphones: après des mois d’attaques et d’accusations, Epic Games et Apple vont régler leurs comptes à partir de lundi dans un tribunal californien, où l’éditeur du jeu Fortnite espère renverser le statu quo de l’économie mobile. Selon Epic Games, Apple abuse de sa situation de monopole sur les utilisateurs d’iPhone et d’iPad, grâce à l’App Store, son incontournable plateforme de téléchargement d’applications mobiles.

Actuellement, Apple est juge et partie puisqu’il fixe les règles d’entrée sur ce marché d’au moins un milliard de personnes, et sa commission sur les transactions, tout en proposant aussi ses propres applis. La marque à la pomme «a construit un écosystème de façon à restreindre la distribution d’applis, exclure ses rivaux, nuire à la compétition et aux consommateurs», a résumé Epic Games dans des documents remis début avril à la cour.

«Epic veut faire passer Apple pour le "méchant" afin de relancer l’intérêt pour Fortnite, qui est en perte de vitesse», ont de leur côté assené les avocats du groupe de la Silicon Valley. Tim Cook et Tim Sweeney, les deux patrons ennemis, doivent témoigner en personne au procès qui va se tenir à Oakland, ville voisine de San Francisco, et sera suivi de près – mais en ligne – par toute l’industrie, et au-delà.

«Il ne s’agit pas seulement de déterminer si Epic Games ou Apple gagne quelques millions de dollars de plus», explique Tejas Narechania, professeur de droit à l’université de Berkeley. Le procès «va porter sur le futur de l’industrie des technologies», détaille-t-il. «À quel point des sociétés comme Apple, Amazon et Google peuvent-elles contrôler la chaîne de valeur, de la production à la distribution? Doivent-elles être plus ouvertes? Combien de concurrents sont nécessaires?»

Croisade…

Epic n’est pas seul dans cette croisade. À l’automne, il s’est allié à une douzaine d’entreprises, dont les services de streaming de musique Deezer et Spotify, sous la bannière «Coalition for App Fairness» («Coalition pour l’équité entre applications»). Différents régulateurs antitrust américains enquêtent sur les pratiques d’Apple. Et vendredi, l’UE, saisie d’une plainte de Spotify, a estimé que le fabricant de l’iPhone a bien «faussé la concurrence» pour évincer ses rivaux, notamment grâce à des commissions «très élevées», dont ses propres applications sont de facto exemptées.

La «taxe Apple», comme la surnomment ses détracteurs, cristallise les tensions. Le groupe prélève une commission de 15 à 30% sur les ventes d’applications dans l’App Store et sur les achats de biens et services numériques au sein de ces applis. «Ils se battent pour décider qui récupère l’argent des jeux d’Epic», remarque l’analyste indépendant Rob Enderle. «Je pense qu’Apple a tort si on considère ce qui est bien pour l’industrie: il faut financer l’innovation, pas la distribution».

En août dernier, Epic Games a vu son célèbre jeu de tir et de survie Fortnite éjecté du magasin pour avoir tenté de contourner le système de paiement d’iOS. Le studio a alors intenté des poursuites judiciaires contre Apple et sa taxe «tyrannique».

… à durée indéterminée

La juge Yvonne Rogers avait approuvé le retrait de l’appli, à cause de la rupture du contrat, mais interdit à Apple d’exclure l’éditeur de ses programmes pour les développeurs tiers. Le groupe technologique fait valoir depuis des années que sa commission, d’un niveau standard, sert à assurer le bon fonctionnement et la sécurité de la plateforme. «Pendant les deux années où Fortnite était disponible sur l’App Store, Epic a gagné plus de 700 millions de dollars grâce aux clients Apple», ont fait remarquer les avocats du groupe.

Sur Android (le système de Google, largement dominant sur les smartphones), le magasin fonctionne de façon similaire, à une différence majeure: d’autres plateformes de téléchargement sont autorisées. «Apple a raison de protéger ses usagers et la confidentialité de leurs données. Mais s’ils ont confiance dans leur système, ils ne devraient pas craindre la concurrence d’une boutique alternative», commente Tejas Narechania. Epic va devoir prouver que les pratiques d’Apple nuisent aux utilisateurs. Il mentionnera donc que certains éditeurs, comme lui, augmentent leurs prix sur l’iPhone pour compenser la commission.

Il tentera aussi de démonter l’argument de la sécurité, en citant d’anciens employés du groupe qui ont assuré que les systèmes de lutte contre la fraude de l’App Store étaient insuffisants. Le procès est programmé pour durer trois semaines. Avec les appels et recours, l’affaire pourrait durer des années, mais les arguments des deux groupes influenceront l’économie des applis mobiles bien avant la consécration du vainqueur.

(AFP)

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