Bienne: Le combat des choux contre les gabarits
Publié

BienneLe combat des choux contre les gabarits

Un petit parc populaire incluant un jardin potager communautaire est sacrifié par les autorités au profit d’un promoteur immobilier. La résistance s’organise.

par
Vincent Donzé
Les gabarits d’un projet de la société Bielersee Immobilien ont été plantés hier mardi, devant les choux de l’«Arbre à palabres». Ce collectif fait l’expérience de la permaculture, un concept qui favorise la biodiversité.

Les gabarits d’un projet de la société Bielersee Immobilien ont été plantés hier mardi, devant les choux de l’«Arbre à palabres». Ce collectif fait l’expérience de la permaculture, un concept qui favorise la biodiversité.

Lematin.ch/Vincent Donzé

C’est un petit parc flanqué d’un jardin potager, posé entre des rails des maisonnettes. La parcelle 5097 ne porte pas de nom, près d’une passerelle qui enjambe les voies, mais cette zone de rencontre «sûre et de qualité» est très fréquentée dans un quartier populaire. «Toutes les langues y sont représentées. L’intégration, c’est ici que ça se passe, et ça ne coûte pas un centime!» plaide Thomas Uhland, un riverain membre de la guilde du quartier et initiateur d’une pétition.

Ce terrain acheté 700 000 francs en 1973 serait cédé pour un million un demi-siècle plus tard, une maigre plus-value qui surprend Thomas Uhland. Selon le Conseil municipal (exécutif), cette parcelle n’a «aucun intérêt stratégique». Sa vente à un promoteur immobilier sera soumise prochainement aux parlementaires biennois, et c’est ce levier que Thomas Uhland veut actionner pour faire capoter le projet. À son actif: 1200 signatures qui seront déposées demain à la chancellerie.

À chacun ses horaires, surtout quand le soleil brille dans l’unique zone verte publique du quartier de Madretsch-Nord: des enfants jouent, des aînés papotent, des chiens sont promenés en laisse, on y pratique le yoga mais les plus assidus sont les jardiniers amateurs du projet communautaire «Arbre à palabres», qui font depuis sept ans l’expérience de la permaculture en échangeant conseils et astuces autour d’un café.

«Tout reprendre à zéro»

«Un biotope patiemment constitué ne peut pas être déménagé: il faudrait tout reprendre à zéro», indique la jardinière Catherine Corbaz, qui refuse le terrain ombragé et escarpé proposé en échange au bord d’une route à grand trafic.

Moins monumental que le terrain de football reconverti en friches alternatives à la Gurzelen, le petit parc du chemin de la Passerelle illustre plus modestement l’esprit biennois. Mais pour renforcer la cohésion de la population, un aménagement du parc par les habitants est proposé.

Thomas Uhland a comme un doute: «Un parc serait-il sacrifié dans le quartier huppé de Beaumont?». Mais convaincre le Conseil de Ville n’est pas une utopie: avant d’être dédié à la flânerie suite au combat de l’antiquaire Francis Meyer, le vaste parc de l’Elfenau était lui aussi destiné à être bâti, dans le quartier du Pasquart proche de la gare.

Votre opinion