Japon - Le combat des proches de Tiphaine Véron, disparue il y a trois ans
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JaponLe combat des proches de Tiphaine Véron, disparue il y a trois ans

La Française de 36 ans s’est volatilisée lors d’un voyage au Japon en 2018. Sa famille estime que l’enquête n’a pas été menée avec sérieux, mais ne perd pas espoir.

Une photo non datée de Tiphaine Véron, diffusée par la famille le 13 juillet dernier.

Une photo non datée de Tiphaine Véron, diffusée par la famille le 13 juillet dernier.

AFP

«Radieuse», elle se réjouissait de ce voyage au Japon, mais à peine arrivée le 29 juillet 2018, Tiphaine Véron, une Française de 36 ans, s’est volatilisée, sans laisser de traces. Entre «attente interminable» et deuil impossible, sa famille tente de relancer l’enquête pour trouver des «réponses». A l’étage de la maison familiale à Poitiers, dans l’ouest de la France, une chambre réunit son «univers»: livres d’art, psychologie et cinéma, poupées en bois japonaises, imposante collection de guides de voyages sur le Japon qui la fascinait tant. «Si elle revenait… ce sera une façon de lui dire: tu sais, on ne t’a jamais oubliée», confie sa mère Anne Désert.

Le matin du 29 juillet 2018, deux jours après son arrivée, cette auxiliaire de vie scolaire, qui souffre d’épilepsie, s’est volatilisée à Nikko, paisible cité touristique au nord de Tokyo, entourée de collines et de bois aux sanctuaires réputés. A l’hôtel «Turtle Inn», les enquêteurs retrouveront passeport, valise et son programme de visites «minutieusement préparé depuis six mois», rendant peu probable suicide ou disparition volontaire. En trois ans, les recherches menées à Nikko par ses proches, arpentant rivière et sentiers avec des secouristes privés et des chiens, 70’000 euros financés par leurs deniers et des dons, n’ont rien donné, pas plus que les enquêtes judiciaires.

«Aucun élément précis n’a permis de faire avancer l’enquête», dit le parquet du tribunal de Poitiers où l’information judiciaire se heurte au «manque de collaboration» du Japon et à des investigations «trop parcellaires» selon la famille. En plein «désarroi», ils ont fait appel il y a un an à l’avocat parisien Antoine Vey, ex-associé d’Eric Dupond-Moretti, l’actuel ministre français de la Justice, pour relancer l’affaire au Japon. Samedi, en visite à Tokyo pour les JO, Emmanuel Macron a évoqué l’affaire avec le Premier ministre japonais Yoshihide Suga. «Il a demandé que l’enquête se poursuive, que la justice fasse son travail», selon l’Elysée, demandant «toute la coopération des autorités exécutives et judiciaires japonaises».

«Plus les mois passent, plus l’éventualité d’un meurtre me paraît évidente. Ou alors elle est vivante, mais dans quelles conditions?» s’interroge sa mère. «Quand tout a été fait, vous devez abdiquer, il y a une sorte de fatalisme. Nous, ce n’est pas le cas, rien n’a été fait, donc on se bat, on n’abandonnera pas», assure le frère de la touriste, Damien, paysagiste de 40 ans, qui anime l’association «Unis pour Tiphaine». Avec une cagnotte en ligne parrainée par la célèbre comédienne française Fanny Ardant, il espère récolter 60’000 euros pour le financement des frais d’enquête.

«Puzzle» incomplet

«Les enquêteurs japonais ont objectivement cherché à faire de cette affaire une non-affaire», assure Me Vey, déplorant que l’hypothèse criminelle n’ait «jamais été véritablement explorée. Aujourd’hui, il est impossible de trancher définitivement en faveur d’une thèse plutôt qu’une autre car les recherches ont été effectuées de manière très éparpillées, (…) Nous sommes face à un puzzle dans lequel il y a beaucoup trop de pièces manquantes», estime l’avocat. Il pointe «des auditions de témoins inexistantes ou incomplètes, des pièces manquantes ou non traduites».

«Surtout des données téléphoniques sont absentes sans que l’on comprenne pourquoi elles n’ont pas été collectées, alors qu’elles permettraient de géolocaliser les téléphones de Tiphaine et des protagonistes sur la zone», déplore-t-il. Pour tenter de lever «ces zones d’ombre», une nouvelle commission rogatoire internationale va être adressée au Japon pour qu’il réalise de nouvelles investigations. L’avocat en a fait la demande à la juge d’instruction de Poitiers le 31 mars. En parallèle, l’avocat a recruté un enquêteur aguerri pour creuser «un climat criminogène» à Nikko, une mission confiée à l’ex-gendarme reconverti dans le privé.

«Plusieurs découvertes macabres» et d’autres éléments troublants comme un panneau mettant en garde contre la présence d’agresseurs sexuels, près d’un temple repéré par Tiphaine, «semblent contredire la réputation particulièrement sûre de Nikko», relève l’avocat. Ses proches se donnent un an. «Et si tout est fait, à un moment, il faudra savoir s’arrêter», une pensée «terrible» pour Damien.

(AFP)

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