Actualisé 15.04.2020 à 11:07

Le confinement de la planète, 50 ans après celui d'Apollo 13

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Confiné chez lui à Courrendlin (JU), l'ingénieur et journaliste Roland J. Keller pense à ce qu'ont vécu les astronautes en difficulté pour mieux tenir le coup.

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lematin.ch
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COMMANDES Roland J. Keller sur le pupitre du chef de mission d'Apollo 13 dans la réelle salle de contrôle de Houston, le 6 juillet 2011.

COMMANDES Roland J. Keller sur le pupitre du chef de mission d'Apollo 13 dans la réelle salle de contrôle de Houston, le 6 juillet 2011.

Barnaby Green (Sky News)
DÉCOLLAGE Lancement de la fusée Saturn V de Cap Canaveral (Floride) le 11 avril 1970 avec les trois astronautes d'Apollo 13 en son sommet.

DÉCOLLAGE Lancement de la fusée Saturn V de Cap Canaveral (Floride) le 11 avril 1970 avec les trois astronautes d'Apollo 13 en son sommet.

NASA
CONTOUR Vue de la lune à partir du module lunaire (LEM) lorsque les astronautes d'Apollon 13 ont contourné l'astre de la terre.

CONTOUR Vue de la lune à partir du module lunaire (LEM) lorsque les astronautes d'Apollon 13 ont contourné l'astre de la terre.

NASA

«C’est quand même une sacrée ironie du sort que ces événements se passent 50 ans plus tard...», relève l'ingénieur et journaliste Roland J. Keller. De quoi parle-t-il? Du coronavirus qui conduit la moitié de la population mondiale au confinement, un demi-siècle après celui... des trois astronautes d'Apollo 13!

Personne n'est mort en 1970, lors de la troisième mission du programme spatial américain ayant pour objectif de faire alunir un équipage. Mais il s'en est fallu d'un cheveu, suite à l'explosion d'un réservoir d'oxygène.

Grandes similitudes

Confiné chez lui à Courrendlin (JU), Roland J. Keller a réfléchi à ce qui relie les deux confinements. «Il y a de grandes similitudes entre Apollo 13 et le coronavirus, car les astronautes qui connaissaient la date de leur retour, soit 12 jours de mission prévue, ne savaient pas s’ils pouvaient rentrer plus vite. Comme nous, terriens, ne savons pas quand pourra-t-on sortir du coronavirus», compare Roland J.Keller.

Deuxième comparaison: «L’équipage dépendait de la fiabilité du vaisseau amputé de son module de service, comme nous dépendons d’un nouveau vaccin». Et surtout: «Apollo 13, a dû compter sur l’aspect humain du management des équipes au sol où la confiance est un maître mot. Comme nous devons être solidaires en ce moment».

Sur le volet

Avec l'astrophysicien veveysan Claude Nicollier, premier suisse dans l'espace, Roland J. Keller est le Suisse le plus remarqué à Houston, Texas. Le 6 juillet 2011, le Jurassien pénétrait au coeur du système: le Centre de contrôle des missions Apollo. «J’ai été l’un des journalistes privilégiés triés sur le volet à poser mes fesses sur le fauteuil de directeur de vol, juste avant le décollage de la dernière navette spatiale Atlantis», raconte l'ingénieur.

«Depuis, cette salle de contrôle a été rafraîchie et laissée telle quelle, accessible seulement... à travers une vitre! Tout est resté d’origine. Même les paquets de clopes, tasses de café, crayons ou les bouquins n’ont pas bougé de place», raconte Roland J. Keller, rédacteur en chef de Swiss Engineering RTS & Swiss Aerospace Year Book.

Sur son blog

Le coronavirus le retient à Courrendlin, alors que les vols habités américains sont censés reprendre le mois prochain de Cap Canaveral. Sur son blog, Roland J. Keller raconte l'aventure d'Apollo 13 sour le titre: «Allô la terre, on a un virus».

Roland J. Keller relate un confinement de cinq jours dans un module lunaire pas plus grand qu’une 2 CV. «Les astronautes d’Apollo 13 (...) n’avaient que 10% de chances de survivre. Nous ne savons pas quand l’épidémie sera totalement éradiquée, mais pouvons garder le même espoir de retour à une vie meilleure», a-t-il écrit le 13 avril.

Sa maman l'alerte

Un demi-siècle plus tôt, le 13 avril 1970, c'est Jeannine, sa maman, qui l'alerte, en regardant une émission spéciale de la TSR animée par Georges Kleinmann et Alain Schaerlig: «Roland, lève-toi, les astronautes d’Apollo 13 sont en danger dans l’espace!».

«À 14 ans, je n’ai ni smartphone ni téléphone, que la TV et… les journaux», rappelle le journaliste. Le petit Roland file alors jusqu’au kiosque de la vieille-ville de Delémont, avec sa petite sœur Janique dans sa poussette.

Par la foudre

Après le premier alunissage d’Apollo 11 et sortie de Neil Armstrong et Buzz Aldrin le 21 juillet 1969 (3h56 heure suisse), Apollo 12, a confirmé la réussite de la première mission: frappée par la foudre, la fusée Saturn V a survécu à une perte temporaire de la puissance électrique et des instruments.

La suite, c'est Apollo 13. Le problème survient 55 heures et 55 minutes après le décollage, lorsque le pilote du module de commande Jack Swigert reçoit l’ordre de Houston de brasser les réservoirs d’oxygène et d’hydrogène liquides, pour en mesurer la teneur. Le vaisseau est secoué par une explosion due à une étincelle jaillie d’un fil électrique et d’une soudure poreuse. La phrase prononcée deviendra célèbre: «Houston, nous avons eu un problème» («Houston, we’ve had a problem»).

Pacifique Sud

Pour actionner précisément l’allumage des moteurs et entrer dans l'atmosphère, les astronautes se sont servis de leur montre Omega Speedmaster. Après une odyssée de 5 jours et 22 heures et 54 minutes, la capsule a amerri le 17 avril 1970 dans le Pacifique Sud.

La leçon qu'en tire Roland J. Keller, un demi-siècle plus tard, est plus psychologique que physique: «Le confinement, c'est le métier d'un astronaute, avant, pendant et après son vol. Je peux appréhender leur environnement: à chaque lancement, j'obéis à des règles strictes: ne pas faire ci, ne pas aller là». Las! En raison du coronavirus, l'ingénieur a dû annuler son prochain voyage à Houston, prévu autour du 11 mai.

Vincent Donzé

Deux adresses

www.presstripamerica.com Le blog de Roland J. Keller

https://apolloinrealtime.org/13 Apollo 13, en temps réel

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