Actualisé 11.01.2020 à 20:08

Réforme des retraitesLe «compromis» de Matignon rejeté par des syndicats

Edouard Philippe fait un geste pour apaiser les tensions qui paralysent le pays, en retirant provisoirement l'âge-pivot. Une partie des syndicats refuse ce compromis.

Après cinq semaines de protestations contre son projet de réforme des retraites, le gouvernement français a fait un pas vers un compromis. Il est revenu sur l'une des mesures les plus contestées, mais une partie des syndicats lui a opposé une fin de non-recevoir.

Les syndicats à la pointe de la protestation, qui ont dénoncé une «manoeuvre» du gouvernement, ont par ailleurs appelé à une nouvelle journée de grèves et de manifestations le 16 janvier.

Dans un courrier envoyé aux partenaires sociaux, le Premier ministre Edouard Philippe s'est dit «disposé à retirer», sous conditions, la mesure incitant les Français à travailler jusqu'à 64 ans, unanimement rejetée par les syndicats.

«Je suis disposé à retirer du projet de loi la mesure» prévoyant «un âge d'équilibre de 64 ans en 2027», a-t-il écrit, alors que les manifestants battaient de nouveau le pavé dans la plupart des grandes villes de France (500'000 manifestants selon la CGT, 149'000 selon le ministère de l'Intérieur).

Edouard Philippe a précisé toutefois que syndicats et patronat devraient se mettre d'accord sur les mesures à mettre en oeuvre pour assurer l'équilibre financier du système des retraites en 2027, faute de quoi cette mesure pourrait être réinstaurée.

«Compromis constructif»

Dans la soirée, le président Emmanuel Macron a qualifié la proposition de son Premier ministre de «compromis constructif et de responsabilité».

Cet «âge pivot» de 64 ans était la mesure la plus contestée du projet de réforme des retraites. Il visait à inciter progressivement les Français à partir à la retraite à 64 ans, sous peine de se voir infliger un malus, sans changer l'âge légal de départ actuellement fixé à 62 ans.

Elle représentait une ligne rouge pour tous les syndicats et notamment le premier d'entre eux, la CFDT, pourtant favorable au principe général de la réforme voulue par le gouvernement d'un régime universel par points.

Ce syndicat réformiste a immédiatement «salué» dans un communiqué «le retrait de l'âge pivot du projet de loi sur les retraites», qui marque à ses yeux «la volonté de compromis du gouvernement». La CFDT «va poursuivre les discussions dans le cadre proposé pour répondre aux interrogations qui demeurent sur le futur régime universel», écrit-elle.

Le syndicat UNSA a lui aussi bien accueilli la nouvelle. «Le retrait de l'âge pivot est une bonne chose qui permet de discuter sereinement de l'équilibre», a commenté son secrétaire général, Laurent Escure. «Cela va permettre d'avancer sur le reste de la réforme, pour obtenir des compensations, des garanties, des avancées», a-t-il déclaré à l'AFP.

Appel à de nouvelles grèves

Mais de son côté, l'intersyndicale formée de quatre syndicats dont la CGT et FO, et trois organisations de jeunesse ont appelé en soirée à une nouvelle journée de grèves et de manifestations le 16 janvier, la 6e depuis le début du mouvement le 5 décembre.

«Le débat sur l'âge pivot n'est que de l'enfumage dans le but d'obtenir l'adhésion de certains syndicats», a réagi dans un communiqué la CGT, fer de lance du mouvement de grève et qui réclame le retrait pur et simple du projet de réforme.

Pour le syndicat Solidaire, qui dénonce également une «manoeuvre», «le gouvernement fait mine de donner la main aux partenaires sociaux jusqu'en avril», avec la conférence de financement qui doit élaborer des propositions alternatives, «mais il la garde en dernière analyse».

Conférence de financement

Patronat et syndicats doivent désormais s'engager dans une conférence sur l'équilibre et le financement des retraites, qui devra remettre ses conclusions «d'ici la fin du mois d'avril», a réclamé le Premier ministre.

S'ils ne parviennent pas à cette date à trouver les mesures permettant d'assurer l'équilibre du système, le gouvernement reprendra la main, a-t-il averti.

Au 38e jour de mobilisation contre le projet de réforme, des milliers de manifestants (150'000 selon la CGT, 21'000 selon la police et 23'000 selon le comptage du cabinet indépendant Occurence) - ont défilé samedi dans la capitale.

Devant le cortège syndical bon enfant, plusieurs centaines de manifestants, dont certains masqués ou cagoulés, ont brisé des vitrines, saccagé une banque, incendié du mobilier urbain et jeté des projectiles en direction des forces de l'ordre, qui ont répliqué par des tirs de gaz lacrymogène.

D'autres manifestations avaient lieu partout en France. Au moins 2000 personnes ont notamment manifesté à Rennes (ouest), avec des pancartes proclamant: «Je ne ferai pas les poubelles pour manger à la retraite» ou «Soignante, je veux des lendemains qui chantent».

(AFP)

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