«And The winner is…» - Le Conseil fédéral choisit les avions américains et met un vent à l’Europe

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«And The winner is…»Le Conseil fédéral choisit les avions américains et met un vent à l’Europe

Le gouvernement veut acheter 36 jets à Lockheed Martin pour un peu plus de 5 milliards. Les opposants mettent leur menace à exécution et lancent une initiative populaire.

par
Yannick Weber
Julien Baumann
Nous avons demandé aux Romands si, selon eux, la Suisse avait raison d’acheter des avions de combat. 

Le quasi-lapsus de Viola Amherd pendant sa courte prise de parole en conférence de presse mercredi se laisserait volontiers interpréter comme indiquant que le choix n’a pas été facile à faire entre collègues du Conseil fédéral. Elle a annoncé que le gouvernement avait choisi «le F/A… non, le F-35A»… (et non le F/A-18 de Boeing qui était aussi en compétition) et qu’il allait proposer d’en acheter 36 unités.

La décision aura des implications politiques en Suisse (lire plus bas) mais aussi à l’étranger. La France et l’Europe courtisaient la Suisse pour qu’elle se tourne vers leurs avions. Un internaute français a commenté le choix suisse sur Twitter peu après l’annonce et a formulé les choses de manière pour le moins prosaïque: «La France deux fois niquée par la Suisse en quelques jours», référence faite à la défaite française en foot.

Le Parlement devra approuver l’achat… et peut-être le peuple aussi.

Le Parlement devra approuver l’achat… et peut-être le peuple aussi.

LMD

C’est qui le plus cher?

«La décision s’est fondée sur une évaluation technique approfondie», a dit la ministre, balayant les arguments politiques. L’avion américain a battu le F/A-18 de Boeing, le Rafale de Dassault et l’Eurofighter d’Airbus en obtenant «la meilleure note avec une nette avance par rapport à ses trois autres concurrents».

En plus de ses caractéristiques techniques, ce sont des arguments financiers qui ont convaincu le Conseil fédéral. «Le F-35A a obtenu de loin le meilleur résultat en termes de coûts. Il est le plus avantageux sur le plan de l’acquisition et de l’exploitation» dit-il. L’assertion est fortement contestée par les opposants à l’achat de l’avion (lire plus bas). «Non, nous n’avons pas acheté une Ferrari», a contesté Viola Amherd.

Pour dans trente ans?

«Il y a des conflits armés aux portes de l’Europe et personne ne sait ce qui va se passer, personne ne sait comment la situation va évoluer pendant ces trente prochaines années», a affirmé Thomas Süssli, chef de l’armée, aux côtés de Viola Amherd.

L’achat des 36 avions est complété par celui d’un système de défense sol-air. C’est le système Patriot qui a été choisi. «Les coûts globaux du Patriot s’élèvent à environ 3,6 milliards de francs sur 30 ans, coûts d’exploitation compris. Le système est ainsi nettement plus avantageux que l’autre candidat», note le gouvernement.

Défiance, confiance ou méfiance

Le meilleur marché? Que nenni, pour le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA). L’organisation a indiqué que ses avertissements seraient concrétisés: une initiative populaire est lancée pour contrer l’achat.

Le groupe rappelle que 49,9% des votants avaient rejeté l’achat d’avions de combat, quels qu’ils soient. «Il est inacceptable que le Conseil fédéral n'ait pas fait de compromis avec les 49,9% de la population votante. Nous n'avons pas besoin d'un F-35 hors de prix». Le PS et les Vert-e-s s’associent au GSsA.

«Du point de vue de l’UDC, il faut se procurer les avions les plus adaptés à l’accomplissement des missions de l’armée. Le choix du modèle doit donc être fait par le groupe d’experts de l’armée et, en fin de compte, par le Conseil fédéral», a réagi le parti peu après l’annonce.

Du côté des Vert’libéraux, on annonce que la décision du Conseil fédéral «sera examinée de manière critique».

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