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Stratégie énergétiqueLe Conseil fédéral estime la sortie du nucléaire réalisable

La sortie du nucléaire est réalisable avec des conséquences économiques limitées. Les coûts supplémentaires liés à la décision de ne pas construire de nouvelle centrale atomique s'élèvent à environ 30 milliards d'ici 2050.

Doris Leuthard met en oeuvre la stratégie de sortie du nucléaire décidée par le Conseil fédéral l'an dernier.

Doris Leuthard met en oeuvre la stratégie de sortie du nucléaire décidée par le Conseil fédéral l'an dernier.

Keystone

L'ambition globale est de baisser d'ici à 2050 la consommation d'énergie de 70 TWh (térawattheures) et celle d'électricité de 21 TWh. Les premières mesures devraient être mises en consultation sous forme de loi cet automne pour une entrée en vigueur espérée en 2015.

«Il faudra un engagement massif de l'économie et de la société, un changement des mentalités pour vivre l'énergie autrement»», a répété la ministre de l'énergie. La priorité numéro un est l'amélioration de l'efficience énergétique, avant tout dans les bâtiments, qui consomment 22 TWh d'électricité et absorbent près de la moitié de la consommation nationale d'énergie.

Pour inciter les propriétaires à assainir les bâtiments anciens, dont seuls 0,9% le sont, la dotation fédérale au programme bâtiments sera portée de 200 à 600 millions par an. Les normes de construction seront revues avec les cantons et les investisseurs devront attester du bilan énergétique des constructions pour bénéficier d'aides publiques.

Conventions d'objectifs

En signant des conventions sur des objectifs d'efficacité avec Berne, les entreprises pourront elles non seulement se libérer de la taxe sur le CO2 mais aussi du supplément versé pour le courant vert injecté dans le réseau.

La mobilité absorbe de son côté un bon tiers de la consommation totale d'énergie. Pour réduire la vapeur, les prescriptions concernant les émissions de CO2 des véhicules seront notamment renforcées.

Énergies renouvelables

L'autre grande priorité du gouvernement reste l'encouragement des énergies renouvelables, dont la production devrait augmenter de près de 23 TWh d'ici à 2050.

Le potentiel des installations hydroélectrique a été légèrement revu par rapport à la fin de l'année dernière. Au lieu de 10 TWh dont 6 pour des installations de pompage-turbinage et 4 pour des installations de production, la stratégie table désormais sur 7,5 pour le pompage-turbinage et 3,2 pour la production, a précisé la conseillère fédérale.

Redevances relevées

La taxe sur le CO2 devrait être relevée de 36 francs par tonne à 60 francs. Le supplément prélevé auprès des consommateurs pour le courant vert devrait lui passer progressivement de 0,45 centime par kilowattheure à 1,9 centime, ce qui devrait rapporter 1,2 milliard de francs.

Des milliers de petits projets d'alimentation du réseau en courant vert sont en attente. Le coup de pouce sera réservé aux installations produisant plus de 10 KWh, mais les petits producteurs bénéficieront d'une aide unique à l'investissement.

Une centrale à gaz

Après 2020, une nouvelle taxe énergétique pourrait remplacer le supplément au courant vert injecté et la taxe sur le CO2. D'ici là, la Suisse ne pourra sans doute pas se passer d'une centrale à gaz, même si le Conseil fédéral ne le souhaite pas.

Trois centrales nucléaires seront débranchées d'ici 2020. Les coûts supplémentaires liés à la décision de ne pas construire de nouvelle centrale atomique s'élèvent eux à quelque 30 milliards d'ici 2050.

Les mesures touchant les bâtiments et la promotion des énergies renouvelables nécessiteront des aides de 1,7 milliard par an pour chacun des domaines. Avec la taxe sur le C02 et le supplément pour le courant vert, la mise en œuvre du paquet énergétique devrait grever le budget de la Confédération de 42 à 82 millions de francs par an. Les coûts de rénovation du réseau ne sont pas inclus.

Avis contrastés

Le conseiller national Roger Nordmann (PS/VD) a évoqué «un déblocage important pour les énergies renouvelables». Le texte «laisse trop de place au gaz et aux importations de courant», estime en revanche son collègue Christian van Singer (Verts/VD).

Le vice-président de l'UDC Yvan Perrin qualifie cette stratégie de «dangereuse» et «trop dépendante» de fournisseurs extérieurs «incertains». Et le PLR a jugé le «paquet» des mesures trop «vague» et «problématique».

«Des centrales à gaz sont un moindre mal par rapport à des centrales nucléaires», a affirmé de son côté le président du PDC, Christophe Darbellay. Les associations de protection de l'environnement se disent elles «surprises positivement» par le concept d'Energie 2050.

Réaction commune

Greenpeace, Pro Natura, Association Transports et Environnement ATE, Fondation suisse de l'énergie SES et WWF Suisse ont réagi à la stratégie énergétique 2050 du Conseil fédéral.

Les associations trouvent inacceptables les mesures proposées par Berne. Selon elles, la Suisse n'a pas besoin d'une ou plusieurs centrales à gaz, mais d'une plus grande efficacité énergétique et de davantage de courant d'origine solaire.

(ats)

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