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TennisLe conte de fées de Marcus Willis

Professeur de tennis à mi-temps, le Britannique est sur un nuage à Wimbledon où il défiera Roger Federer mercredi au deuxième tour.

Marcus Willis.

Marcus Willis.

Reuters

Seulement 772e au classement mondial, Marcus Willis a réussi l'exploit de battre au premier tour un joueur qui le devance de 718 places : le Lituanien Ricardas Berankis (ATP 54). Et ce avec panache et en trois sets, lui qui n'avait jamais gagné un match sur le circuit principal.

«C'est surréaliste», a réagi ce grand gaillard (1m91) gaucher pas épargné par les blessures et qui se demandait, il n'y a pas si longtemps, s'il n'allait pas raccrocher pour donner des cours à plein temps à Philadelphie.

Mais sa rencontre avec sa petite amie Jennifer l'en a dissuadé : «Elle m'a dit que j'étais un idiot et que je devais continuer». La jolie blonde, dentiste dans la vie, n'aurait pas dû assister à ses exploits lundi sur le court 17.

Mais un heureux incident dans son cabinet lui a permis de se libérer. «Cela va sembler bizarre mais son matériel est tombé en panne. Elle a été obligée d'annuler ses consultations de l'après-midi. J'étais heureux qu'elle puisse assister à cela», explique Willis qui, lui, n'aurait pas dû jouer Wimbledon.

Sa place, il la doit au forfait de dernière minute de son compatriote Scott Clayton lors des qualifications où il a remporté trois matches pour se hisser dans le grand tableau.

Surréaliste

Une succession d'événements incroyables pour Willis, dont la trajectoire n'est pas sans rappeler le scénario de la comédie romantique «Wimbledon» («La plus belle victoire», en français) sortie dans les salles obscures en 2004.

Comme le protagoniste du film, il s'est révélé dans le «temple du tennis» où il a déjà gagné 50'000 livres (65'000 francs), ce qui représente plus des deux tiers de ses gains en carrière - simple et double confondus - avant le tournoi.

Car d'habitude ce puissant et inconstant serveur (14 aces et 11 doubles fautes lundi), qui a perdu une dizaine de kilos en quelques mois (90 kg aujourd'hui), joue presque pour du beurre.

Cette année, il n'avait gagné jusque-là que 350 francs lors du tournoi Future (3e division) d'Hammamet en Tunisie, pour un bénéfice final d'à peine 65 francs ! A côté, les gains de Federer (830'000 francs), qui n'a pourtant gagné aucun tournoi en 2016 et a été blessé pendant plusieurs semaines, donnent le vertige.

Pour vivre, Willis dispense des cours aux joueurs du dimanche et aux enfants pour 30 livres de l'heure à Warwick, la ville où il réside, dans les Midlands de l'ouest, non loin de Coventry. Il dispute aussi les Championnats d'Allemagne et de France par équipes. Il y a quelques semaines, il jouait pour le petit club de Capdenac-Gare (4500 habitants), dans le sud de la France, dans l'anonymat le plus total.

Mercredi, ce sera contre Federer, le chouchou de Wimbledon, devant des milliers de personnes. «C'est une légende du tennis, un joueur fantastique. J'ai énormément de respect pour lui. Mais je dois essayer de le battre», souligne Willis qui a eu droit aux félicitations de son idole, le Croate Goran Ivanisevic, lauréat du tournoi en 2001. «Il m'a serré la main. C'était surréaliste.» Un terme qui colle décidément bien au parcours de l'étonnant joueur britannique.

(si)

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