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Affaire Giroud (GE/VS)«Le contexte explique pourquoi Giroud a été tenté»

L’avocat de l’encaveur valaisan a assuré que son client, fragilisé, avait songé à pirater les PC de deux journalistes, mais qu’il n’avait jamais donné son feu vert.

par
Jérôme Faas
Dominique Giroud dans son entreprise viticole à Sion en août 2013.

Dominique Giroud dans son entreprise viticole à Sion en août 2013.

LMS

«Je n’ai jamais donné l’ordre de faire ce hacking. J’ai du respect pour la justice et les institutions. J’ai cinq enfants qui m’attendent chez moi, ma femme est décédée à cause de ce stress. Je veux juste rentrer chez moi et travailler, la seule chose que je sais faire.» Ainsi s’est exprimé l’encaveur valaisan Dominique Giroud, ce jeudi, devant le Tribunal de police de Genève, peinant à contenir ses larmes, au terme du procès dont le verdict sera rendu vendredi et où il est accusé d’avoir fait pirater les ordinateurs de deux journalistes (lire l’encadré).

C’est cette image de paysan dépassé par les événements que son avocat, Me Yannis Sakkas, s’est attaché à dépeindre lors de sa plaidoirie durant laquelle il a demandé l’acquittement. «Quand il parle, on sent la terre, il ne sait pas s’exprimer.» Il a ainsi insisté sur l’environnement étrange et le contexte extraordinaire dans lequel s’est retrouvé plongé cet homme qui, «jusqu’en 2013, n’était qu’un vigneron-encaveur inconnu du grand public»­­­­­­­­­­­­­­.

Déferlante médiatique

L’avocat a longuement décrit «la déferlante» qui s’est abattue sur son client quand ses déboires fiscaux (ndlr: il a été condamné pour ceux-ci en 2015, 2017 et 2020) ont été médiatisés. «Il y a eu 5000, 6000 articles. Il faut comprendre la tempête qu’il a vécue. C’est extrêmement violent, unique.» Puis, il a été accusé d’avoir falsifié son vin (ndlr: faits pour lesquels il a été acquitté). «C’est une nouvelle déferlante, et le risque de faillite, le travail de toute une vie qui peut s’écrouler.»

Alors que son univers vacille se sont alors mis à graviter autour de lui «un détective privé, un ex-espion du SRC et un journaliste aux méthodes troubles», Yves Steiner, celui-là même qui sera victime d’une des deux tentatives de hacking, a décrit Me Sakkas. Montaient aux oreilles de cet homme simple et déboussolé des histoires d’intrigues et de complots. L’affaire qui lui vaut aujourd’hui d’être jugé devant le Tribunal de police a pris naissance «dans ce contexte général. Il ne justifie aucune infraction pénale, mais permet de comprendre pourquoi mon client a été tenté» par l’idée de pirater les ordinateurs des journalistes.

«C’était trop cher»

«Mon client a reconnu dès le départ qu’on lui a proposé la solution du hacking, qu’il a été tenté, que des prix ont été discutés.» Mais il a aussi dit avoir, dans un second temps, renoncé. Pourquoi? Notamment «parce que c’était trop cher.» Et de constater que les écoutes téléphoniques n’ont jamais attesté qu’un feu vert avait été donné par l’encaveur, alors que les discussions entre les différents protagonistes font état de son refus des prix proposés. «Il y a unanimité quant au fait qu’il n’a jamais donné son accord.»

L’hypothèse du «traquenard»

Pourquoi, dans ces conditions, le hacking s’est-il quand même produit? Et à qui pouvait-il profiter, s’interroge Me Sakkas? «Ce peut être un traquenard, une hypothèse énoncée par la journaliste Marie Parvex (qui a aussi été visée par le piratage) elle-même dans la procédure. On voulait faire tomber Dominique Giroud. Peut-être l’informaticien est-il parti tout seul, par excès de zèle. C’est possible. Je ne sais pas.»

Mercredi, le Ministère public avait requis 10 mois de prison, dont 6 ferme, à l’encontre de Dominique Giroud. Le verdict sera rendu vendredi.

Deux logiciels malveillants

Dominique Giroud est accusé d’instigation à soustraction de données. Le Ministère public lui reproche d’avoir commandité, en 2014, le piratage des ordinateurs de deux journalistes de la RTS et du «Temps», Yves Steiner et Marie Parvex. Leurs articles lui déplaisaient et il désirait débusquer leurs sources. A cette fin, le 28 février et le 4 mars 2014, des mails contenant en pièce jointe un logiciel malveillant capable de siphonner leurs données leur ont été envoyés. Des coups de fil leur ont été lancés pour les inciter à les ouvrir. Le stratagème a échoué: aucun des deux rédacteurs n’a ouvert le courriel vicié.

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