08.09.2020 à 14:38

ScienceLe coronavirus déclenche une tempête dans notre corps

Une simulation par superordinateur explique le processus qui permet au virus de faire autant de dégâts chez l’homme. Une théorie qui explique bien des symptômes de la maladie et qui pourrait aider à trouver des traitements.

par
Michel Pralong
Le virus a de nombreux effets dévastateurs sur notre organisme, dont la dilatation et la perméabilité des vaisseaux sanguins, ainsi que la formation d’un hydrogel dans les poumons.

Le virus a de nombreux effets dévastateurs sur notre organisme, dont la dilatation et la perméabilité des vaisseaux sanguins, ainsi que la formation d’un hydrogel dans les poumons.

iStockphoto

En infectant le corps humain, le coronavirus déclencherait une tempête de bradykinine. Et ce n’est pas bon du tout car cela provoque une dilatation des vaisseaux sanguins et les rend poreux. Autrement dit, ils fuient. Voilà qui expliquerait bon nombre de symptômes observés chez les malades et même pourquoi les hommes sont plus sévèrement touchés que les femmes par la Covid-19.

Des scientifiques américains ont découvert cela grâce à Summit, le deuxième super-ordinateur le plus rapide au monde. Composée de 4608 serveurs, ce qui lui donne une puissance de calcul de 200 péta flops, cette machine conçue par IBM a été mise au service du laboratoire national d’Oak Ridge, dans le Tennessee. Summit a ainsi analysé 2,5 milliards de combinaisons génétiques pour comprendre comment le coronavirus nous attaquait. Les résultats ont été publiés dans en juillet eLife et ont été vérifiés par des pairs.

Un cambrioleur qui ouvre portes et fenêtres

On savait déjà, notamment grâce à une étude genevoise, que le virus entre principalement dans le corps humain par les narines. Il pénètre dans les cellules en s’accrochant à une enzyme, ACE2, qu’il utilise comme cheval de Troie. Enzyme qui est très présente dans le nez. Puis il s’attaque à d’autres endroits du corps où l’ACE2 se trouve. Mais les scientifiques américains ont découvert que le coronavirus ne se contente pas de faire cela: il est capable de pousser le corps humain à produire davantage d’ACE2, même dans des organes où elle est peu exprimée normalement, dont notamment… les poumons. Autrement dit, comme le résume le site Elemental, le coronavirus agit comme un cambrioleur qui entre par une fenêtre déverrouillée et qui, une fois à l’intérieur, va ouvrir d’autres portes et fenêtres pour que des complices puissent entrer à leur tour.

Ce processus augmente en outre la quantité d’une molécule appelée bradykinine, à un degré tel que les scientifiques parlent carrément d’une «tempête de bradykinine». Or, cette hormone a pour effet de dilater les vaisseaux sanguins et de les rendre plus perméables. Ce qui entraîne un gonflement et une inflammation des tissus environnants. Alors que la Covid-19 est souvent décrite comme une maladie respiratoire, parce que les poumons sont durement touchés, elle pourrait en fait être davantage une maladie vasculaire.

De l’hydrogel dans les poumons

Mais cette nouvelle recherche explique aussi pourquoi les poumons peuvent être sévèrement atteints. L’attaque du coronavirus augmente en effet également la production d’acide hyaluronique. Celui-ci, combiné à la fuite de liquide causé par la bradykinine, crée une substance semblable à un gel dans les poumons, les empêchant de fonctionner chez les patients les plus gravement atteints. Cela expliquerait pourquoi les respirateurs se sont montrés moins efficaces que prévu: «Quelle que soit la quantité d’oxygène que vous injectez, cela n’a pas d’effet, car les alvéoles des poumons sont remplies de cet hydrogel», explique Daniel Jacobson, l’auteur principal de cette étude.

L’hypothèse de la tempête de bradykinine expliquerait encore bien d’autres symptômes constatés lors de cette pandémie. Son effet sur les vaisseaux sanguins pourrait créer une pression artérielle basse et une arythmie cardiaque, d’où les problèmes cardiaques observés chez certains patients, même ceux qui n’en avaient jamais connu aucun avant.

Le cerveau n’est plus protégé

Pareil pour les troubles neurologiques: étourdissements, convulsions, délires et accidents vasculaires cérébraux figurent parmi les symptômes liés à cette maladie. Or la bradykinine peut causer la rupture d’une barrière entre le cerveau et le système circulatoire. Alors qu’elle ne laisse entrer normalement que les nutriments nécessaires et empêche les toxines de pénétrer dans le cerveau, là elle devient perméable, entraînant des inflammations et lésions cérébrales.

En fait, selon les chercheurs, cela explique également pourquoi certains symptômes du coronavirus sont semblables à ceux que peuvent connaître des patients souffrant d’hypertension lorsqu’ils prennent certains médicaments. Car ceux-ci augmentent également le taux de bradykinine, provoquant fatigue et toux sèche… comme le coronavirus.

Les femmes sont mieux armées

Quant à la différence de mortalité suivant le sexe, le mécanisme décrit dans cette étude l’expliquerait également. Une protéine contribue à limiter les ravages causés par le coronavirus, protéine qui se trouve sur le chromosome X. Les femmes étant XX et les hommes XY, elles ont donc deux fois plus de cette protéine et seraient donc mieux protégées.

Bernard Rossier, professeur honoraire au département de Pharmacologie et Toxicologie à l’Université de Lausanne, se dit impressionné par les résultats de cette étude. Il avait lui-même écrit un article sur la stratégie «diabolique» du virus dans la «Revue médicale suisse» après avoir pris connaissance d’une précédente analyse génétique par superordinateur (in silico). «Ma réserve, dit-il, est que cette nouvelle simulation décrit ce qui se passe chez des patients gravement atteints, on ignore ce qui se produit aux stades précédents. Reste que le processus qu’elle décrit est assez effrayant». Mais, pour le professeur comme pour les auteurs de l’étude, celle-ci ne permet pas que de mieux comprendre l’action du coronavirus. «Elle ouvre également des hypothèses de travail très intéressantes, nous dit Bernard Rossier, car elle donne carrément une liste de médicaments, déjà homologués, qui sont susceptibles de diminuer les effets du virus». Sont cités notamment le danazol, le stanozolol ou même… la vitamine D. Reste à effectuer sur cette base des essais cliniques, sur l’homme et/ou l’animal, qui devraient aider à mieux combattre le virus.

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77 commentaires
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Phil

09.09.2020 à 10:32

En Suisse (8,57 million d'habitants) il y a eu 42'208 gens contaminés (0,496 % de la population) pour 1'725 décès (4,086902957 % des contaminés - 0,020 % de la population totale). En Suède (10,31 million d'habitants) il y a eu 84'521 gens contaminés (0,819 % de la population totale) pour 5'813 décès (6.87758072 % des contaminés - 0,056 % de la population totale). Au Japon (126,17 million d'habitants) il y a eu 71'865 gens contaminés (0.057 % de la population totale) pour 1'363 décès (1,896611702 % de décès - 0,057 de la population totale). La Suisse à adopté le confinement volontaire, en Suède la vie à continué normalement tout comme au Japon... et il n'y a pas eu d'hécatombe dans ces deux pays !? La route a tué 1,35 million de personnes en 2018, chaque année 2,8 millions de personnes meurent des conséquences du surpoids ou de l'obésité, le tabagisme tue près de 7 millions de personnes par an, depuis le 21 janvier le coronavirus à tué 880'955 personnes (source Google 01.09.2020

jcti

09.09.2020 à 08:13

Article très intéressant et effrayant qui devrait inciter ceux qui sont contre les mesures de protection à changer d'avis et de mode de vie, sous peine de grosses complications.

Phil

09.09.2020 à 04:47

Pour le moment, la tempête qui fait le plus de dégâts, c'est celle qui tourbillonne dans le cerveau dérangé de Donald Trump...Et ce n'est pas fini !