Actualisé 20.03.2020 à 05:32

Le coronavirus n'a pas été créé en laboratoire

Science

Des chercheurs ont réussi à déterminer que le nouveau virus est bien d'origine naturelle. Tant pis pour les complotistes.

par
Michel Pralong
Le coronavirus est venu d'un animal. Soit tel quel, soit en mutant ensuite dans le corps humain.

Le coronavirus est venu d'un animal. Soit tel quel, soit en mutant ensuite dans le corps humain.

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Donald Trump le qualifie de virus chinois, tandis que les autorités chinoises laissent entendre qu'il serait un cadeau empoisonné des Américains. Des chercheurs américains, écossais et australiens ont voulu en avoir le cœur net. Leur résultat, publié dans «Nature» est clair: le coronavirus est d'origine naturelle.

Les scientifiques se sont basés sur les connaissances actuelles sur le SRAS-CoV-2, mais aussi sur ce que l'on sait des précédentes épidémies. Car ce nouveau coronavirus est le septième à infecter les humains et le troisième à lui causer des maladies graves. Le premier était le SRAS-CoV, en 2003 et le deuxième le MERS-CoV, en 2012. Le premier venait des civettes, le deuxième des dromadaires.

Trop efficace pour être artificiel

En étudiant le nouveau coronavirus, les chercheurs ont découvert qu'il avait une affinité élevée avec l'enzyme ACE2 des hommes (mais aussi avec celle des chats et des furets). Cela veut dire que le coronavirus attaque très facilement cette enzyme pour infecter les cellules pulmonaires. Il est même tellement efficace que cela constitue, selon les scientifiques, la preuve qu'il est d'origine naturelle. Parce qu'on arrive rarement à produire artificiellement quelque chose de plus efficace que la nature et surtout parce que celle-ci, pour parvenir à des résultats si bons, le fait par ce qu'on appelle justement la sélection naturelle. Il n'y a rien de mieux.

Trop différent des précédents

Autre élément de preuve: si quelqu'un avait voulu créer par génie génétique un nouveau coronavirus, il se serait servi comme structure de base d'un autre virus connu. Or s'il ressemble en partie aux coronavirus précédents, le SRAS-CoV-2 en reste toutefois assez éloigné. En fait, il est beaucoup plus proche des virus apparentés que l'on a découvert chez la chauve-souris ou le pangolin. Il n'a donc ni été créé en laboratoire ni, très vraisemblablement, n'est la mutation d'un autre virus échappé accidentellement d'un labo.

S'il est donc sûr que le nouveau coronavirus trouve son origine dans la nature, encore faut-il savoir d'où. Cela sera très utile pour empêcher de futures épidémies ou pour trouver des traitements. Deux hypothèses sont possibles, en sachant que le SRAS-CoV-2 humain est le résultat d'une adaptation naturelle qui en a fait un virus redoutablement efficace.

Le scénario de la chauve-souris

Première hypothèse: cette évolution s'est faite chez un animal puis le coronavirus a sauté tout prêt chez l'homme. C'est ce qui s'est produit avec le SRAS-CoV et le MERS. Si c'est le cas, le virus pourrait bien nous être venu de la chauve-souris, dont le coronavirus est très semblable au nôtre. Reste qu'aucun cas de morsure n'est recensé parmi les premiers porteurs humains de coronavirus. Mais si cela s'est produit comme cela, le virus étant déjà opérationnel, l'épidémie s'est alors très vite propagée après la première contamination.

Le scénario du pangolin

Deuxième hypothèse, l'homme a attrapé un virus non pathogène (qui ne cause pas de maladie) d'un animal et ce virus a ensuite évolué chez l'homme. Dans ce cas, cela pourrait provenir du pangolin au vu du coronavirus trouvé chez cet animal. Soit directement, soit indirectement par un hôte intermédiaire du type furet ou civette. À ce moment-là, le coronavirus aurait alors circulé et évolué d'individu en individu, comme ce fut le cas lors de grippes aviaires, avant de devenir pathogène et de déclencher une épidémie. Cela aurait donc pris plus de temps.

Trouver la bonne origine est important car, si le virus est arrivé chez l'homme «tout fait» à partir d'un animal, cela peut très bien se reproduire n'importe quand. De futures nouvelles épidémies sont donc à craindre. En revanche, la probabilité qu'un virus non pathogène transmis par un animal à l'homme connaisse à nouveau de telles mutations dans le corps humain est beaucoup plus faible.

Complotistes suisses

Les résultats de cette étude sont d'autant plus importants que la thèse comme quoi le coronavirus est une arme biologique continuent à circuler. «Le Monde» a notamment trouvé un faux journal télé créé de toutes pièces par un site conspirationniste suisse. On y voit notamment un document, que plusieurs lecteurs ont également envoyé au matin,ch, qui semblerait montrer que des personnes ont déposé un brevet sur le SRAS-Cov-2. Or il ne s'agit évidemment pas d'un brevet pour revendiquer la création du virus mais pour protéger les découvertes scientifiques faites sur les coronavirus existants. Il faut, comme pour les épidémies, éviter au maximum la propagation des fausses nouvelles.

Michel Pralong

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