Espagne: Le coronavirus pourrait faire une autre victime: la corrida
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EspagneLe coronavirus pourrait faire une autre victime: la corrida

Arrêtée en raison du confinement, la tauromachie risque de ne pas reprendre, redoutent ses partisans, qui manifestent leur soutien.

par
lematin.ch
Une manifestation a eu lieu dimanche à Madrid pour soutenir la corrida, «qui fait partie de la culture espagnole».

Une manifestation a eu lieu dimanche à Madrid pour soutenir la corrida, «qui fait partie de la culture espagnole».

NurPhoto, AFP

Les banderilles se plantent les unes après les autres contre la corrida en Espagne. Déjà interdite depuis 2010 en Catalogne par le Parlement régional, cette pratique est de moins en moins populaire dans le pays, selon un récent sondage publié par «El Español». 56,4% des électeurs y seraient opposés contre 24,7% qui sont pour et 18,9% indifférents. Le nombre de fêtes incluant des corridas ou courses de taureaux a d'ailleurs nettement diminué, passant de 2684 en 2009 contre 1424 10 ans plus tard, en 2019, selon le «New York Times».

Taureaux amenés à l'abattoir

Et après les défenseurs des animaux, la tauromachie a été attaquée par un nouvel ennemi cette année: le coronavirus. Le confinement a provoqué l'annulation des corridas et des courses de taureaux, même la plus célèbre qui a lieu à Pampelune. Ce qui a placé les éleveurs de ces animaux dans un situation extrêmement difficile. Beaucoup ont dû se résoudre à envoyer des taureaux à l'abattoir. Si l'animal meurt dans les deux cas (quoiqu'en certaines occasions, le public d'une corrida puisse gracier un taureau valeureux), l'éleveur, lui, ne trouve pas son compte avec la boucherie. Il ne touche que 400 euros par bête, alors que l'élevage d'un taureau coûte entre 4000 et 5000 euros. Tandis qu'en le vendant pour une corrida, cela permet au minimum de rembourser l'investissement, voire de faire un joli bénéfice, le festival de Pampelune pouvant offrir jusqu'à 15 000 euros par tête.

Pas le soutien de la gauche

Du coup, l'Union des éleveurs a demandé des aides directes. Le problème c'est que si, à l'époque, le gouvernement conservateur soutenait la tauromachie, déclarant qu'elle faisait partie du patrimoine culturel espagnol, la gauche, au pouvoir depuis 2018, n'est pas tout à fait du même avis. Pourtant, le le ministre espagnol de la Culture, José Manuel Rodríguez Uribes, a rencontré mercredi dernier des représentants taurins et leur aurait promis d'exclure les corridas d'une future loi protégeant les animaux des mauvais traitements. Mais d'autres voix se font entendre au sein de la coalition au pouvoir pour dire qu'il ne faut pas sauver la tauromachie et profiter de la crise pour supprimer «une institution qui appartient au passé». D'autres demandent au gouvernement d'aider les éleveurs, pas pour qu'ils puissent continuer ce métier, mais pour se reconvertir.

Redoutant ces attaques, les éleveurs et leurs partisans ont encore manifesté ce week-end à Madrid, scandant des slogans rappelant que la corrida fait partie de la culture espagnole. Le combat n'est pas terminé.

Michel Pralong

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