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PollutionLe coup de gueule de Brélaz

Suite à notre enquête, le conseiller national interpelle le Conseil fédéral sur l’usage du glyphosate par les CFF. Il estime que l’entreprise doit mettre fin à cette pollution sur les voies et autour…

par
Eric Felley
Keystone

Après les révélations du «Matin» sur l’utilisation d’herbicides contenant du glyphosate sur les voies CFF, le conseiller national Daniel Brélaz (Les Verts/VD) a déposé, hier, une interpellation à Berne. «Je ne savais pas que les CFF utilisaient encore ce produit», déplore-t-il. L’écologiste demande au Conseil fédéral de lui communiquer le nom précis du produit utilisé et lui demande «dans quel délai il prévoit d’interdire cette pratique».

L’utilisation de cet herbicide sur les routes, les chemins et autres places publiques est interdite depuis trente ans en Suisse. Depuis 2001, un tel usage est également prohibé chez les privés, mais les CFF disposent d’un régime d’exception, qualifié par le Vaudois de «droit exceptionnel de polluer».

«Sur des voies secondaires»

En 2016, 3,2 tonnes de glyphosate ont été utilisées pour désherber les voies: «En soi, sur l’ensemble du pays, ce n’est pas une quantité extraordinaire, observe Daniel Brélaz. Mais il faut voir comment et dans quels endroits ce produit est utilisé. Il faudrait connaître le détail.» Pour lui, il est clair que ce n’est pas sur les grands axes: «Là où passent dix trains à l’heure, il n’y a pas grand-chose qui pousse. C’est plutôt sur des voies secondaires, utilisées de manière sporadique, des voies industrielles. Là, on peut craindre des concentrations fortes du produit.»

Depuis que l’Organisation mondiale de la santé a décidé en mars 2015 de classer le glyphosate comme «potentiellement cancérogène», la polémique est vive. En Suisse, il est utilisé en grande quantité dans l’agriculture, notamment avec le Roundup de Monsanto. Depuis deux ans, plusieurs motions ont fait chou blanc pour l’interdire en Suisse. Toutes venaient des Verts ou des socialistes.

Le Conseil fédéral estime que les études contradictoires disponibles ne permettent pas de trancher. Il fait remarquer aussi qu’en juin 2016 la Commission européenne a prolongé de 18 mois l’autorisation de vente du glyphosate. Ce n’est qu’un sursis. En février dernier, 38 ONG de 15 pays différents ont lancé une initiative citoyenne visant à récolter un million de signatures d’ici à fin 2018 pour exiger l’interdiction du glyphosate. C’est dire si la motivation est grande pour le voir disparaître.

Daniel Brélaz estime qu’en Suisse le principe de précaution devrait prévaloir: «Après le DDT et l’amiante, pour lesquels il a fallu des dizaines d’années avant que leur dangerosité soit reconnue, le glyphosate pourrait bien être le prochain sur la liste.»

Quant aux CFF, il estime qu’ils peuvent très bien s’en sortir sans utiliser de glyphosate: «Tous ceux à qui on interdit l’usage d’herbicide ont certainement des méthodes pour résoudre leur problème. Le Conseil fédéral pourrait en informer les CFF, car leur droit de polluer n’est plus justifiable. Ils ne peuvent pas se justifier en disant qu’ils ont toujours fait comme ça.»

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