Métaux - Le coup d’État en Guinée booste le cours de l’aluminium
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MétauxLe coup d’État en Guinée booste le cours de l’aluminium

La Guinée est un grand producteur de bauxite, le principal minerai d’aluminium. Le récent putsch à Conakry inquiète les investisseurs.

Avec près de 2590 francs la tonne, l’aluminium a atteint son plus haut cours en treize ans.

Avec près de 2590 francs la tonne, l’aluminium a atteint son plus haut cours en treize ans.

AFP

La prise de pouvoir par des putschistes en Guinée a suscité des inquiétudes pour sa stratégique industrie minière, et en particulier pour l’accès à ses énormes réserves en bauxite, le principal minerai nécessaire à la production d’aluminium.

En plus, mercredi, le cours de ce métal a atteint un nouveau sommet en treize ans, à 2810 dollars (2590 francs) la tonne. Il avait déjà pris plus de 40% depuis janvier, commençant à grimper bien avant l’annonce du coup d’État guinéen: ce dernier n’est qu’un élément de plus venant s’ajouter à la longue liste des raisons pour lesquelles l’aluminium flambe.

Manque d’électricité

Comme de nombreuses matières premières, le cours de l’aluminium s’est envolé à la faveur de la reprise économique suivant la pandémie de Covid-19. Outre cette demande accrue, la hausse du coût de l’électricité en Chine et la demande des autorités de limiter l’utilisation d’énergie ont eu pour conséquence de faire baisser la production de plusieurs fonderies dans la province du Xinjiang, ce métal consommant de grandes quantités d’énergie. «Selon les agences d’information chinoises, les fourneaux qui devaient reprendre leur activité ne vont pas pouvoir le faire, par manque d’électricité», commente Al Munro, courtier chez Marex Spectron.

La crise politique en Guinée, avec le coup d’État, ne devrait pas peser lourdement sur la chaîne de production, anticipe le consultant en matières premières CRU, qui met en avant les stocks dont dispose aujourd’hui Pékin: «Nous estimons les réserves chinoises au-dessus de 50 millions de tonnes, soit environ six mois de consommation de bauxite importée.»

Un quart des réserves mondiales

Le secteur minier (or, bauxite, diamants) est stratégique en Guinée: ces activités représentaient environ 15% du PIB, l’an dernier, et autour de 80% des exportations du pays, selon le Macro Poverty Outlook de la Banque mondiale.

Ce petit pays d’Afrique de l’Ouest (13 millions d’habitants) possède en particulier les plus larges réserves de bauxite au monde, avec 7,4 milliards de tonnes estimées, selon un rapport de l’US Geological Survey portant sur 2020. C’est environ 25% des réserves mondiales. Extraite du sol, la bauxite est une roche rouge ou grise, transformée en alumine avant de devenir l’aluminium. Le métal est ensuite utilisé dans des industries variées: transports, automobile, bâtiment, alimentaire

Les opérateurs locaux et étrangers ont produit, l’année dernière, 82 millions de tonnes de bauxite en Guinée. Seule l’Australie a fait mieux. En dehors de perturbations de court terme, les observateurs se montrent relativement confiants. «Le scénario le plus probable est que les mineurs soient autorisés à continuer à opérer», commente Eric Humphery-Smith, analyste Afrique pour la société de conseil en risques Verisk Maplecroft.

Faible risque d’expropriation

Le chef des putschistes guinéens, le lieutenant-colonel Doumbouya, a tenté, lundi, de rassurer les partenaires et investisseurs étrangers, en demandant aux compagnies minières de continuer à travailler et en affirmant que «les frontières maritimes resteraient ouvertes pour les activités d’exportation».

«Je n’anticipe pas de perturbation majeure pour la production et les exportations si la sécurité peut être garantie», prolonge Daniel Briesemann, analyste pour Commerzbank. Toutefois, il existe un faible risque qu’un prochain gouvernement guinéen impose une renégociation des contrats ou une expropriation à des opérateurs étrangers dans le pays, estime Eric Humphery-Smith.

Le géant russe de l’aluminium Rusal, qui produit la moitié de sa bauxite en Guinée, soit 7,3 millions de tonnes, selon le journal «Kommersant», s’est dit prêt, lundi, à évacuer son personnel du pays en cas d'«escalade» de la situation. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a toutefois affirmé, mardi, s’attendre à ce que «les intérêts de nos hommes d’affaires, de nos sociétés ne soient pas affectés, que leurs intérêts soient garantis».

(AFP)

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