Enquête: Le couple de Soulalex (VS) ne s'est pas donné la mort
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EnquêteLe couple de Soulalex (VS) ne s'est pas donné la mort

L'autopsie a permis d'établir que le couple était mort de cause naturelle, écartant la thèse du suicide.

par
Benjamin Pillard
Les époux sont tous deux décédés de mort naturelle le 6 juin dernier, à quelques heures d'intervalle, dans leur maison qui était verrouillée de l'intérieur…

Les époux sont tous deux décédés de mort naturelle le 6 juin dernier, à quelques heures d'intervalle, dans leur maison qui était verrouillée de l'intérieur…

Laurent de Senarclens

Les autopsies et analyses toxicologiques ont fini par parler dans l'affaire des époux retrouvés morts il y a sept mois presque jour pour jour dans leur maison de Soulalex, un hameau reculé des hauts d'Orsières (VS). Les corps d'Eva* (83 ans) et Markus* (61 ans) ne présentaient aucun impact de balle, et leur logement avait été verrouillé de l'intérieur. Si bien que la police judiciaire a pu rapidement exclure toute intervention d'un tiers.

Pas d'empoisonnement

Dans le village, l'hypothèse privilégiée était celle d'un double suicide par empoisonnement; l'épouse étant gravement atteinte dans sa santé, et son mari profondément dépressif, «vivant beaucoup pour son épouse malade» (notre édition du 11 juin).

Un ouvrier confiait au «Matin» que le sexagénaire lui aurait même fait part de son souhait d'être enterré dans son jardin, et ce deux semaines avant sa mort…

Contre toute attente, la médecine légale a permis d'établir qu'il s'agit bien de deux morts naturelles, révèle le procureur du Bas-Valais, Grégoire Comtesse, chargé de l'enquête pénale. Eva s'en est allée dans la nuit du dimanche 5 au lundi 6 juin, et Markus entre le matin et le début d'après-midi de ce même lundi. Le décès de l'octogénaire serait en lien avec son diabète, et/ou de son âge avancé. Quant à l'homme, les rapports font état d'un trouble cardiaque pouvant avoir été provoqué par une crise d'épilepsie. Ou par le syndrome dit de Philémon et Baucis, inspiré par le mythe grec éponyme: celui d'un couple âgé s'aimant jusqu'à la mort et au-delà, changé en arbres aux feuillages entremêlés. «Il s'agit de deux décès rapprochés dans le temps, survenant pour des raisons parfois inexpliquées», remarque le représentant du Parquet. «On peut imaginer que ce monsieur n'ait pas supporté le décès de sa femme (ndlr: après quelque 40 ans de vie commune)

Un placement imminent en EMS

Commerçant d'origine argovienne, actif pendant plusieurs années dans l'électroménager sur la Riviera vaudoise, l'Alémanique avait officié à la fin de sa vie comme aide-infirmier dans un home de Bagnes (VS), jusqu'à ce que sa dépression ne le contraigne à quitter le monde du travail.

Un villageois proche de ce couple sans enfants nous confiait que Markus lui parlait «tous les jours» d'Eva, qui aurait été «comme une mère» pour ce passionné de religions et pianiste à ses heures.

Dans cette histoire d'amour, on ne saura finalement jamais si la perspective d'un placement imminent des époux en EMS – voulu par les services sociaux – aura accéléré cette union des feuillages…

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