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LAÏCITÉLe débat sur la circoncision pose la question de la religion à l'hôpital

Le problème de l'intégrité corporelle n'est pas le seul problème que provoque la pratique de la circoncision religieuse par des médecins.

par
Michel Audétat
Jacques de Haller, président de la FMH: il estime que le médecin ne se met pas au service d’une religion lorsqu’il pratique une circoncision rituelle.

Jacques de Haller, président de la FMH: il estime que le médecin ne se met pas au service d’une religion lorsqu’il pratique une circoncision rituelle.

Laurent Crottet / Le Matin

La question de l’intégrité corporelle des enfants n’est pas le seul problème épineux que pose la pratique de la circoncision religieuse par des médecins. Avant de traiter ces derniers en criminels, comme l’a fait le tribunal de grande instance de Cologne, il faudrait d’abord éclaircir une question préalable qui n’intéresse pas que le corps médical: jusqu’à quel point l’institution hospitalière doit-elle satisfaire des requêtes de nature religieuse comme la circoncision rituelle? Juriste, longtemps responsable du droit arabe et musulman à l’Institut suisse de droit comparé et auteur de «Circoncision: le complot du silence» (L’Harmattan, 2003), Sami Aldeeb estime que l’ablation du prépuce à des fins rituelles est fondamentalement contraire à la déontologie médicale: «La seule question à laquelle le médecin doit répondre est celle de savoir si le soin du patient justifie une telle opération. Sans raison médicale, on ne devrait pas avoir le droit de retirer un organe à une personne bien portante.» Aux yeux de Sami Aldeeb, la circoncision constitue une pratique «primitive et barbare» dont il souhaite l’abolition en toutes circonstances. Laissons de côté le débat souvent passionnel sur les méfaits ou les vertus de la circoncision. Demandons-nous plutôt si le médecin est encore dans son rôle lorsqu’il procède à l’ablation d’un prépuce pour qu’un enfant juif ou musulman soit inclus au sein de sa communauté religieuse. Derrière le praticien en blouse blanche, faut-il voir l’officiant requis par un rite initiatique?

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