07.09.2020 à 14:42

CoronavirusLe débat sur le dépistage des enfants fait rage

Face à une augmentation de cas positifs chez les plus jeunes, des virologues préconisent de les tester également. Ce à quoi s’oppose catégoriquement la société des pédiatres suisses.

par
Michel Pralong
Outre le fait que le test est très désagréable pour les enfants, les pédiatres estiment qu’il est inutile.

Outre le fait que le test est très désagréable pour les enfants, les pédiatres estiment qu’il est inutile.

iStock

Il reste encore bien des interrogations sur le coronavirus, dont pas mal qui concernent les enfants. Peuvent-ils l’attraper? La réponse est oui, même si les cas avérés sont nettement moins nombreux chez les petits que chez les plus grands et chez les adolescents que chez les adultes. Peuvent-ils être malades? Oui. Mais ils sont le plus souvent asymptomatiques et les hospitalisations sont peu fréquentes. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu de cas graves et même des morts, mais proportionnellement très peu par rapport au reste de la population. Sont-ils des vecteurs du virus? C’est là que le plus grand doute subsiste. Empiriquement, il semble qu’ils transmettent très peu voire pas du tout la maladie, mais sans certitude absolue.

Des cas dans des crèches

Alors que la Suisse a recommandé au mois de juin de ne plus tester les enfants de moins de 12 ans, le taux de cas détecté n’ayant pas dépassé les 0,2%, le nombre d’enfants positifs au coronavirus a augmenté ces derniers jours. Plusieurs crèches suisses, notamment dans le canton de Genève, ont été touchées, avec des cas avérés tant chez le personnel que chez les petits. Cette tendance a également été constatée aux États-Unis, où le nombre de cas lors des trois derniers mois avait proportionnellement plus augmenté chez les enfants que chez les adultes. Cela concerne surtout les 10-19 ans, mais les 0-9 ans représentent tout de même un peu plus d’un cinquième de ces cas, selon le «New York Times». Alors oui, le coronavirus touche tout le monde et des études ont montré que les petits sont porteurs de la même charge virale que les adultes.

Face à cette situation, Isabella Eckerle, qui dirige le laboratoire de virologie du service des maladies infectieuses aux Hôpitaux universitaires de Genève, a préconisé dans une interview dimanche à la «NZZ» de tester les enfants, tout comme les adultes. «Ce n’est qu’ainsi que nous découvrirons quelles mesures permettront de maintenir le nombre d’infections à un faible niveau afin que nous puissions passer l’hiver en toute sécurité». Et éviter des fermetures d’écoles.

Dépistage «ni approprié, ni envisageable»

Lundi, Pédiatrie suisse, l’organisation professionnelle des pédiatres, s’est, dans un communiqué, «distanciée de ces opinions unilatérales», professées par «quelques experts». Pour elle, un dépistage généralisé chez les enfants n’est «ni approprié, ni envisageable». Cela surchargerait les cabinets des pédiatres, surtout avec les infections respiratoires hivernales à venir, au risque de ne plus pouvoir traiter des cas graves. De plus, une hausse des dépistages entraînerait une hausse des absences scolaires voire des fermetures de classe puisque, même si l’enfant n’est pas atteint, il doit observer une quarantaine en attendant les résultats.

La théorie face au terrain

Qui croire, les scientifiques ou les pédiatres? «D’un côté, il y a les théoriciens, de l’autre ceux qui sont sur le terrain», résume Claude Bertoncini, président du groupement des pédiatres vaudois. Pour lui, même si un membre du personnel d’une école ou d’une crèche s’avère positif au coronavirus, cela ne sert à rien de tester les enfants. Vu qu’ils sont peu touchés et de très faibles vecteurs. D’autant que, même si un enfant devait développer un syndrome inflammatoire multisystémique, comme cela s’est avéré chez quelques-uns, ce n’est pas le test du coronavirus qui va le détecter.

Nous sommes donc face à deux conceptions très différentes du coronavirus chez les enfants. Celle des pédiatres qui s’appuient sur le faible nombre de cas constatés pour éviter des tests et précautions inutiles, dommageables à l’enfant et à sa scolarité. Et celle de scientifiques qui, comme Isabelle Eckerle, estiment que les enfants n’ont pas été assez pris en compte dans les études précédentes, avec des chiffres qui ne reflètent donc pas la réalité. «Ils étaient à la maison pendant le verrouillage. Ils ne sont pas allés faire du shopping, ils ne sont pas allés travailler. Pas étonnant que ce soient les adultes qui ont transporté le pathogène dans la famille et infecté les enfants», dit-elle dans la «NZZ». Alors que, au contraire, pour Claude Bertoncini, «la réouverture des écoles en mai-juin n’a eu aucune conséquence sur la propagation du virus ni sur le taux de mortalité contrairement à ce que plusieurs «experts» prédisaient».

Les enfants ne doivent pas être des cobayes

Isabelle Eckerle veut donc davantage de suivi scientifique sur les enfants, afin de mieux comprendre leur rôle dans la chaîne du coronavirus. Tandis que, pour les pédiatres, il n’y a pas d’argument médical qui justifie que les enfants servent de cobayes, d’autant plus que les frottis sont très désagréables pour eux. Sur ce point, Isabelle Eckerle est d’accord, elle leur préférerait des tests plus rapides, mais ils doivent encore être validés. Elle préconise également les masques à l’école primaire, combinés avec d’autres mesures, comme des classes plus petites, un mélange d’enseignement direct et numérique et une bonne ventilation. Qu’au moins on teste des choses, afin de savoir quelles mesures sont utiles ou non.

Alors, l’enfant est-il vecteur ou non, faut-il prendre des mesures hyperstrictes ou pas? Ce qui est sûr, c’est que la nouvelle hausse des cas de ces dernières semaines est en grande partie le fait d’un relâchement dans les précautions les plus élémentaires et que le minimum à faire est d’au moins les respecter, que ce soit dans les classes, les crèches ou ailleurs. Après, il serait tout de même appréciable de pouvoir s’appuyer sur des données scientifiques fiables avant de prendre des mesures extrêmes d’un côté comme de l’autre.

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65 commentaires
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17

08.09.2020 à 08:09

Le reconfinement généralisé et le vaccin ne sont pas nécessaires en Europe, selon l'OMS; aucune preuve directe pour soutenir l'utilisation du port du masque généralisé, toujours selon l'OMS; les testes PCR ne font pas la différence entre COVID-19 et grippe; 90% des testes PCR COVID-19 positifs auraient dû être négatifs, New York Times. Pour faire plus simple, faites-vous un compte VK et allez sous Ima Gine.

Elfie

08.09.2020 à 06:53

De tout temps, les enfants ont été d'excellents vecteurs de toutes sortes de maladies. C'est logique: ils touchent à tout. C'est dans leur nature, ils découvrent. Et en plus les parents oublient souvent de leur apprendre un minimum d'hygiène. Par exemple, se laver les mains après être allé aux toilettes. Combien de gastro-entérites pourraient être évitées.

sandy

07.09.2020 à 18:02

Moi je ris! Les enfants attrapent le virus, sont moins malades (ok) mais vecteur un doute subsiste! Donc ce gentil Corona virus atterrit dans l'organisme d'un enfant, il le rend plus ou moins malade! Cet enfant cottoye une personne adulte et là ce super virus "ultra intelligent" se dit "ho non je suis dans le corps d'un enfant, je n'ai pas le droit de contaminer" ... 🤪