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EditorialLe débat sur les migrations est miné par une peur contagieuse

De justesse, le Parlement a refusé de refuser le Pacte de l'ONU sur les migrations. Mais ce n'est que partie remise dans un combat d'usure qui pourrait finir devant le peuple.

par
Eric Felley
La politique fédérale dans le dossier migratoire s'est durcie. Pas question de donner un pavillon helvéitque à l'Aquarius. Pas question non plus de signer le Pacte de l'ONU sur les migrations sans une décision du Parlement.

La politique fédérale dans le dossier migratoire s'est durcie. Pas question de donner un pavillon helvéitque à l'Aquarius. Pas question non plus de signer le Pacte de l'ONU sur les migrations sans une décision du Parlement.

Keystone

Au Parlement, il est rare d'avoir deux rapporteurs du même camp sur le même sujet. Dans la discussion sur le Pacte de l'ONU sur les migrations, ce sont Jean-Luc Addor (UDC/VS) et Andreas Glarner (UDC/AG) qui ont tenu ce rôle. Tous deux sont parmi les plus virulents «migraphobes» que l'on peut trouver à Berne. C'est un signe que ce débat était le leur. Après sa défaite sur l’auto-détermination, l’UDC a fait de ce pacte son cheval de bataille, à l'instar de beaucoup de partis nationalistes dans d'autres pays.

En Suisse, ce qui est frappant est de voir une grande majorité du PLR – et dans une moindre mesure le PDC – s'aligner sur l'UDC dans sa perception de la migration. Le centre-droit a été contaminé par la peur. Jusqu'ici, il semblait privilégier une approche plus rationnelle et multilatérale, celle que défendait Didier Burkhalter. Quelques-uns se risquent encore à soutenir une ligne humaniste en matière de migrations, du moins ont-ils voté pour laisser un sursis au projet, tels Laurent Wehrli, Fathi Derder et Benoît Genecand chez les PLR romands. Les autres sont soit convaincus que c'est un mauvais pacte, soit qu'il ne faut pas laisser le champ à libre à l'UDC sur ce terrain.

Un cri de ralliement

Finalement, le Parlement se donne le droit de décider. Il va donc reprendre la discussion pour dire oui ou non. On pressent qu'à la fin, il sera difficile de trouver une majorité pour le signer, tant la peur est contagieuse. La lutte contre le pacte est devenu le cri de ralliement international des mouvements identitaires. En cas de oui du Parlement, l'UDC ne manquera pas d'en appeler au peuple dans l'espoir d'une victoire facile qui lui fera oublier la défaite du 26 novembre.

Cela dit, au-delà de cet enjeu très ponctuel, la problématique des migrations ne fait que commencer. Nous ne sommes qu’au début de phénomènes qui marqueront ce siècle à cause des changements climatiques, de l'épuisement des ressources et surtout des inégalités économiques. C’est bien le rôle de l’ONU de tenter de trouver une réponse mondiale à cette problématique qui se prolongera sur des générations. Les problèmes qui y sont liés sont sans doute les plus difficiles à résoudre au plan humain dans une migration qui va toujours dans le même sens: de la pauvreté vers la richesse.

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