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PortraitLe départ d'un libéral, flegmatique et loyal

Sa nature introvertie n'a pas toujours joué en sa faveur. Mais à Berne, Johann Schneider-Ammann a toujours été apprécié pour sa loyauté et sa gentillesse. Ces derniers temps toutefois, il était préoccupé par une dérive.

par
Eric Felley
Johann Schneider-Ammann se sent plus à l'aise dans le contact avec la population qu'avec le monde politique. Ici en juillet dernier à Charmey lors de la sortie du Conseil fédéral.

Johann Schneider-Ammann se sent plus à l'aise dans le contact avec la population qu'avec le monde politique. Ici en juillet dernier à Charmey lors de la sortie du Conseil fédéral.

Keystone

Ce mardi matin, Johann Schneider-Ammann siégeait au Conseil des Etats. Il suivait un long plaidoyer de l'écologiste genevois Robert Cramer qui évoquait la survie des orangs-outans menacés par les plantations d'huile de palme en Malaisie. Pendant ce temps, tout le monde avait l’œil sur son portable pour ne pas manquer l'annonce de sa démission au Conseil national. Bizarre atmosphère...

Sans doute que le Bernois a toujours préféré les chevaux aux grands singes. Il s'était fait offrir en 2012 un hongre des Franches-Montagnes, qu'il avait pris sous son aile avec sa femme Katharina. Ensemble, ils formaient déjà une petite entreprise, elle pratiquant le métier de vétérinaire. Lui aussi d'ailleurs avait voulu se lancer dans cette voie, comme son père. Mais finalement il avait choisi de devenir ingénieur.

Le soupir contagieux

Durant ces huit années au Gouvernement, Johann Schneider-Ammann a eu le soupir contagieux. Tout le contraire d'un communicateur au verbe haut, il a promené sa silhouette de bon père bernois et placide. Son naturel introverti n'a pas toujours joué en sa faveur. Personne n'a oublié son discours télévisé sur les bienfaits du rire pour la santé, qui restera comme son grand moment de gloire involontaire.

Au jour de l'annonce de son départ, Johann Schneider-Amman ne recueille cependant que des louanges. C'est normal et en même temps justifié. La principale qualité qu'on lui attribue est la loyauté. Le Bernois est un homme de parole. Il n'aime pas être pris en défaut sur ce point, d'où son amertume lorsque les syndicats ont décidé de quitter les négociations sur l'accord-cadre avec l'UE, ou lorsque les agriculteurs l'accusent de les trahir.

Il s'en va préoccupé

Vendredi dernier, lors de sa visite au Comptoir suisse à Lausanne, il a déclaré de manière presque prémonitoire: «Mon expérience personnelle de ces derniers mois m’a fait découvrir une dérive qui me préoccupe. De plus en plus de représentants de partis, syndicats ou groupes d’intérêts préfèrent désormais un succès tactique à court terme. J’en suis convaincu : cela va au détriment de l’intérêt du pays tout entier.»

Tout le monde s'accorde aussi sur sa gentillesse et sa simplicité. Jamais, il n'a cédé à l'arrogance pour imposer ses vues, ni perdu son flegme face aux attaques. La volonté qu'il a mise dans ses démarches commerciales à l'internationale contredit son apparente mollesse et suscite aussi une part d'admiration. Son récent voyage en Chine au début septembre atteste encore de son souci d'aller jusqu'au bout du contrat que lui a confié le Parlement. Probablement qu'il aurait poursuivi jusqu'en 2019. Le fait est que tout le monde le trouve fatigué ou peut-être atteint dans sa santé.

Mais, face aux divers épisodes d'endormissement qu'on lui a comptés ces derniers temps, il a précisé qu'il fermait les yeux pour mieux se concentrer et que, en voyage, souvent les journalistes allaient dormir avant lui... Un petite pique pour ceux qui ne l'ont pas épargné durant toutes ces années.

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