Ski alpin – Le départ du pied du Cervin
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Ski alpinLe départ du pied du Cervin

Le Cervin accueillera ses propres manches de Coupe du monde. Le départ de la descente est fixé à 3899 m d’altitude et tombe à point nommé.

par
Rebecca Garcia
Dans le meilleur des cas, la piste devrait être opérationnelle en 2022.

Dans le meilleur des cas, la piste devrait être opérationnelle en 2022.

© Pascal Gertschen

Et si les nouvelles courses de vitesse du Cervin donnaient un nouveau sens à la préparation estivale? La Fédération internationale de ski (FIS) a annoncé début octobre la tenue d’une nouvelle descente. Le projet devrait aboutir au mieux en 2022, puisqu’il dépend de la construction d’un nouveau télésiège entre Testa Grigia et le petit Cervin. L’idée circulait depuis quelque temps. «C’est quelque chose de complexe à organiser», explique Walter Reusser, directeur ski alpin de Swiss-Ski. Et pour cause, plusieurs fédérations et destinations ont dû se coordonner pour créer l’événement.

Une question de calendrier

Ces épreuves de vitesse visent à combler des lacunes du calendrier. Les skieurs n’ont pas de compétition d’envergure entre Sölden (fin octobre) et les courses suivantes, qui se déroulent mi-novembre. «Nous avons remarqué deux week-ends totalement libres après Sölden, ce qui est idéal pour une course à Zermatt», explique encore le patron de Swiss-Ski.

Cette année, les grands rendez-vous mènent les skieurs en Suède en octobre, puis la prochaine grosse échéance arrive à la mi-décembre. «Cela raccourcirait l’attente entre l’ouverture de la Coupe du monde à Sölden et les premières courses de vitesse, tout en offrant aux spécialistes de vitesse de toute la planète d’excellentes conditions d’entraînement au cœur des Alpes avant les premières compétitions», affirme Urs Lehmann, président de Swiss-Ski.

Une haute altitude du moindre danger?

Les skieurs partiront de Gobba di Rollin (3899 m d’altitude) pour terminer en terres italiennes, à Laghi Cime Banche (2814 m). Une altitude conséquente, plus haute encore que celle du départ de Sölden, en Autriche. Dominik Paris s’était inquiété de la longueur du tracé et du point de départ dans les colonnes du «Blick».

«Pour le corps, il n’y a pas tant de différences entre Sölden et le Cervin», estime Grégoire Millet. Ce professeur associé à l’Institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne connaît bien la préparation des athlètes. Tous s’entraînent régulièrement sur des glaciers en été, et sont donc des habitués des hautes altitudes. «Il y aura forcément des stratégies de pré-acclimatation.» Les sportifs travaillent pour cela en amont, à l’aide de masques, d’entraînements sur des glaciers ou encore dans des chambres d’hypoxie.

Didier Defago, ici en 2016, est celui qui a conçu la piste.

Didier Defago, ici en 2016, est celui qui a conçu la piste.

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Les chambres d’hypoxie

6. C’est le nombre de chambres d’hypoxie en Suisse romande, selon Grégoire Millet. Pour résumer: elles simulent le manque d’oxygène ressenti à une altitude donnée. Le site de Motion Lab précise que: «un entraînement dans cette chambre où l’air est aussi rare en oxygène qu’au sommet du Mont-Blanc ou de l’Everest stimule les adaptations respiratoires, métaboliques et augmente le taux de globules rouges dans le sang. Plus on a de globules rouges, plus on peut transporter de l’oxygène aux organes qui en ont besoin et plus on est performant en sport par exemple.»

L’Université de Lausanne y consacre des recherches, chapeautées par Grégoire Millet. «Nous voyons que ces méthodes sont de plus en plus utilisées. Nous avons par exemple l’équipe de rugby du Pays de Galles qui vient y faire sa préparation, ce qui montre la diversité d’usage.»

Année de pandémie oblige, programmer des entraînements a parfois été compliqué pour les skieurs étrangers. Même s’il reste un peu de temps pour que la situation se stabilise d’ici le lancement des nouvelles courses, les Suisses peuvent se réjouir d’avoir des glaciers à la maison.

Quelques skieurs grimaçaient un peu en parlant de leur préparation estivale à Saas-Fee. Ils parlent d’une neige très différente des compétitions habituelles et d’un grand vide jusqu’au début de saison. Début octobre, chacun suit de près les prévisions météorologiques pour aller chercher l’or blanc où qu’il tombe. «Le départ en Suisse et l’arrivée en Italie, la vue du Matterhorn, le panorama, les alentours… je pense qu’il y a tout pour avoir un beau spectacle», conclut Walter Reusser.

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