Hommage: Le dessinateur de presse André Paul s'est effacé à 98 ans

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HommageLe dessinateur de presse André Paul s'est effacé à 98 ans

Il a croqué les Vaudois comme personne et illuminé les pages de la «Tribune» devenue «Matin». Il est décédé vendredi dernier.

par
Michel Pralong
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André Paul à l'inauguration de la Maison du dessin de presse à Morges, en 2009.

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Gérald Bosshard
En juillet 1968, le temps était visiblement à la pluie.

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André Paul Tribune Le Matin
Le conseiller fédéral Nelo Celio veut imposer un régime minceur à la Suisse.

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André Paul Tribune Le Matin

«Notre papa a posé définitivement ses crayons et sa plume ce matin du 9 novembre à 7 h 30. Il a tiré sa révérence avec bravoure et élégance, comme toujours.» Ces mots sont ceux des filles d'André Paul, Agnès Brun et Geneviève Perret, que la Maison du dessin de presse à Morges a publié sur son site. Pascal Pellegrino, son directeur, salue le «papa des dessinateurs de presse romands». Et ici, au «Matin», nous avons également une pensée pour cet artiste à l'humour toujours fin, qui durant des années, faisait livrer au journal, par taxi, ses dessins d'une incroyable pertinence. Quel que soit le sujet qu'on lui commandait: une sélection d'extraits de discours de politiciens pour le premier août? Il dessine un homme, façon notable vaudois, debout au pupitre, un feu d'artifice coloré sortant de sa bouche. André Paul, c'était la classe drapée dans la gentillesse.

Un Vaudois neuchâtelois

Le 27 décembre prochain, il aurait fêté ses 99 ans. Celui qui a si bien croqué les Vaudois et Vaudoises, que ce soit dans leur costume traditionnel, dans les vignes et carnotzets ou en queue de pie pour les politiciens du Château, ne l'était même pas, Vaudois. C'est au Locle (NE) que naît Paul-André Perret (son vrai nom) en 1919. Après l'école d'art industriel à Bienne, il monte à Paris suivre l'Ecole supérieure des Arts décoratifs. Dessinateur publicitaire après la guerre, il ne s'établira à Lausanne qu'en 1949.

Ses premiers dessins de presse paraissent dans« L'Illustré». Puis, de 1952 à 1959, il travaille pour le journal que le chansonnier Jack Rollan a lancé: «Le bon jour de Jack Rollan». Puis c'est l'entrée à la «Tribune de Lausanne», qui deviendra «Le Matin», où jusque bien après l'âge de la retraite, il livrera sans rechigner tout dessin qu'on lui commandait. Jusqu'à ce qu'un rédacteur en chef le trouve ringard et vieillot. Alors que ses dessins débordaient toujours d'une énergie que bien des jeunes lui enviaient.

Un petit coquin

Illustrateur de romans de San Antonio, sollicité par de nombreuses organisations, entreprises ou associations d'étudiants, André Paul aura distillé son talent pendant des décennies. Et quelques-uns parmi ses proches ont également découvert ses dessins coquins, qu'il réalisait pour le plaisir. Car il aimait et réussissait très bien à croquer les femmes, toujours légères et sensuelles.

En 2019, la Maison du dessin de presse de Morges fêtera son dixième anniversaire et avait déjà prévu de consacrer son expo maîtresse à André Paul sous le titre «Dessins de pressoir». Ce dernier était enchanté et prêt à reprendre ses crayons pour l'occasion. Mais c'est la mort qui a été trop pressée.

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