28.08.2015 à 15:10

«Mediterranea»Le drame des migrants porté sur grand écran

Avec «Mediterranea», le réalisateur américano-italien Jonas Carpignano veut donner un visage au drame des migrants en Europe.

L'histoire d'un homme, «plus forte que les statistiques»: dans «Mediterranea», le réalisateur Jonas Carpignano raconte le parcours d'un des migrants.

Le film, en salles mercredi, est emblématique de l'odyssée que vivent actuellement des dizaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants qui tentent de rejoindre l'Europe.

Ayivah (Koudous Seihon), qui a quitté le Burkina Faso en quête d'une vie meilleure, gagne l'Algérie puis la Libye avec son ami Abas (Alassane Sy). Après avoir affronté de multiples dangers, traversé le désert à pied ou sur le toit de camions bondés, et pris la mer sur une embarcation de fortune, ils finissent par atteindre le Sud de l'Italie.

Commence alors un deuxième parcours du combattant pour ces survivants clandestins, sans logement ni travail: ramassage d'oranges dans des champs de Calabre, débrouille, humiliations, exploitation, errance, hostilité de la communauté locale, agressions et violences racistes...

300'000 migrants depuis janvier

A travers ce récit, inspiré de l'histoire vraie de Koudous Seihon, l'acteur principal du film, Jonas Carpignano, 31 ans, dit avoir voulu raconter «l'expérience d'une personne, plutôt que de raconter de grandes histoires qui ne parlent de personne en particulier».

«Je pense que c'est plus fort que les statistiques et les histoires qui font la Une de l'actualité, qui peuvent être très impersonnelles», a expliqué le réalisateur installé dans le sud de l'Italie, un pays en première ligne dans la crise actuelle.

Les pays de l'Union européenne sont confrontés à la plus grave crise migratoire depuis la Seconde guerre mondiale.

Plus de 300'000 migrants ont traversé la Méditerranée pour rallier l'Europe depuis janvier, environ 200'000 ayant atteint la Grèce et 110'000 l'Italie, selon des chiffres communiqués vendredi le Haut-commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR). Plus de 2500 ont péri lors de cette traversée.

«J'espère que les gens pourront se sentir concernés, se demander ce qu'ils feraient dans cette situation, s'ils mouraient de froid, s'ils vivaient dans une cabane et s'ils avaient besoin de vêtements», ajoute-t-il.

Enfance dans le Bronx et à Rome

Présenté cette année à Cannes à la Semaine de la critique, section parallèle du festival, ce premier long métrage de Jonas Carpignano suit au plus près le quotidien de ces hommes qui «pensent qu'ils auront plus d'opportunités en Europe». Il donne à ressentir leur peur, leurs désillusions et la dureté de leur vie.

Le réalisateur, dont la mère est Afro-Américaine et le père Italien, a grandi entre le Bronx et Rome. Il se sent «personnellement concerné par la question du racisme en Italie».

Il a décidé de s'attaquer à ce sujet après les émeutes qui ont eu lieu en 2010 à Rosarno, en Calabre, où des Africains employés comme ouvriers agricoles s'étaient révoltés après l'agression de deux d'entre eux par de jeunes Italiens.

C'est en se rendant sur les lieux que Jonas Carpignano a rencontré Koudous Seihon, qui avait participé aux émeutes et allait devenir son acteur principal et son ami.

«... On ne suit pas ceux qui ont survécu»

Leur rencontre a d'abord débouché sur un court métrage, «A Chjàna», qui s'intéressait aux événements qui ont mené à la révolte. Puis est venue l'idée de «Mediterranea».

«Je suis entré dans le film par une question différente: +pourquoi ce désir de rester à cet endroit où il est difficile de vivre?», souligne le cinéaste.

Pour Jonas Carpignano, «il faut se concentrer sur ce qui arrive aux gens après les tragédies». «Tous les jours, on parle des morts (...), on égrène les chiffres» de migrants qui se sont noyés, dit-il. «Mais on ne suit jamais ce qui arrive à ceux qui ont survécu».

«Quelles que soient les solutions, je pense qu'on les trouvera une fois que l'on abordera le problème d'un point de vue humain (...) en se concentrant sur les individus plutôt que sur les chiffres».

(AFP)

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