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Moyen-OrientLe drapeau de l'EI, symbole et «coup» marketing

La bannière noire des combattants du groupe Etat islamique (EI), marquée du sceau du prophète, s'est imposée comme le symbole du djihad mondial.

Un combattant de l'EI brandit un drapeau du groupe après la capture d'un avion de l'armée syrienne, en 2014.

Un combattant de l'EI brandit un drapeau du groupe après la capture d'un avion de l'armée syrienne, en 2014.

Keystone

Il frappe l'oeil comme un logo et l'esprit tel un pavillon pirate. Avec les vidéos ultra-violentes et les lancinants nasheeds (chants islamiques), le drapeau noir, aussi appelé «le drapeau de l'aigle», est l'une des marques de fabrique de l'EI, qui a sans doute contribué à supplanter Al-Qaïda dans l'imaginaire djihadiste.

Il joue aujourd'hui un rôle majeur dans la propagande médiatique du groupe, comme sur le champ de bataille, et se pose comme l'un des attributs du califat que l'EI entend instaurer.

Apparition en Irak

Le drapeau noir de l'EI aurait fait son apparition en janvier 2007 en Irak, avec sa diffusion sur internet par al-Fajr (organe de propagande d'Al-Qaïda), au nom de l'«Etat islamique d'Irak». Selon le communiqué de l'époque, l'objectif était «de rassembler les croyants sous une unique bannière pour les unifier».

Parmi d'autres bannières islamistes, celle-ci a peu à peu essaimé sur différents théâtres où ont prospéré les djihadistes: Libye, Somalie, Yémen, Syrie...

Pas de mention dans le Coran

Seuls les hadiths (qui relatent paroles, faits et gestes attribués au prophète), et non le Coran, font mention d'un étendard du prophète, de couleur blanche, noire ou jaune. La bannière noire est citée dans plusieurs prophéties évoquant la fin des temps et le retour du Mahdi (envoyé d'Allah).

Un hadith est plus souvent rappelé: «Du Khorassan (Afghanistan) émergeront les bannières noires que nul ne pourra refouler». D'autres mentionnent «le raya noir du prophète» et son «liwa blanc», explique un archéologue syrien réfugié en France. Le raya était un étendard utilisé en temps de guerre pour rallier les soldats. Le liwa était un tissu attaché au bout de la lance du chef de l'armée.

Selon les hadiths, le prophète a ainsi combattu à différents moments en brandissant des étoffes noires ou blanches. Ce qui explique pourquoi salafistes et djihadistes utilisent aujourd'hui ces deux couleurs (les talibans afghans arborent une bannière blanche).

La bannière noire «était l'étendard du Prophète sur le champ de bataille et il était également arboré par nombre de ses compagnons, dont son neveu, Ali ibn Abu Talib», précise Asiem El Difraoui, auteur du livre «Al-Qaïda par l'image».

Symbole de la révolte

«Ce drapeau a retrouvé un rôle prééminent durant le VIIIe siècle, alors qu'il était employé par le chef de la révolution des Abbassides Abou Muslim qui dirigea une révolte contre le clan et le califat des Omeyyades», selon M. Difraoui. «Depuis cette époque, l'image du drapeau noir a été utilisée en tant que symbole de la révolte religieuse et du combat, c'est-à-dire le djihad».

L'étendard noir est «porteur d'une dimension presque mythique», comme «signe de guerre», «annonciateur de la fin des temps, de l'apocalypse», «du combat final entre les croyants et les forces du Mal», toujours selon ce même spécialiste.

«La couleur noire est évidemment l'emblème de la révolte (...), le symbolisme est assez clair», confirme l'islamologue français Constant Hames. «Il y a aussi une référence aux premiers temps de l'islam, époque à laquelle s'identifient particulièrement djihadistes et salafistes», remarque cet expert.

La «bannière de l'aigle» fait parfois débat sur sa conformité aux canons islamiques. Certains dénoncent une juxtaposition peu orthodoxe, qui atteindrait à l'unicité du Divin, les plus virulents fustigent une bannière «torchon» brandie par des «faussaires» et des «ânes».

Un «coup» marketing

Au-delà de ce débat religieux, c'est la force de cet étendard, vraie réussite marketing, qui frappe désormais. «L'EI a réussi à kidnapper, à s'approprier une symbolique qui appartient à l'islam en général», constate M. Difraoui.

«C'est un détournement total. Et c'est ça le plus grave», déplore-t-il. «Ils ont créé un logo d'une force dingue, et l'ont complètement banalisé», au détriment de l'immense majorité des musulmans de la planète.

(ats)

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