Rénovation: Le fameux deux-mâts «La Neptune» remis à neuf
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RénovationLe fameux deux-mâts «La Neptune» remis à neuf

Les mâts de la barque historique «La Neptune» ont pourri de façon prématurée. Les nouveaux, en bois ultrarésistant, vont être installés ce matin.

par
Valérie Duby
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«La Neptune» est l'une des dernières barques à voiles latines (avec «La Vaudoise») à naviguer encore sur le Léman.

«La Neptune» est l'une des dernières barques à voiles latines (avec «La Vaudoise») à naviguer encore sur le Léman.

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Les nouveaux mâts sont fièrement présentés par Thomas Buchi(de Charpente Concept) à dr., René Montavon (maître charpentier) et Luc Deley (de la Fondation Neptune).

Les nouveaux mâts sont fièrement présentés par Thomas Buchi(de Charpente Concept) à dr., René Montavon (maître charpentier) et Luc Deley (de la Fondation Neptune).

Christian Bonzon
2004 - L'année de son 100e anniversaire, «La Neptune» subit une importante restauration sous la houlette d'un charpentier de marine venu de Brest.

2004 - L'année de son 100e anniversaire, «La Neptune» subit une importante restauration sous la houlette d'un charpentier de marine venu de Brest.

OLIVIER VOGELSANG

Elle est handicapée, «La Neptune», depuis qu’on lui a enlevé ses deux mâts – pourris – en octobre dernier. Mais, ce matin, la barque classée au patrimoine historique, va les retrouver aujourd’hui. Des «tout beaux, tout neufs»!

«La durée de vie d’un mât est, normalement, de quinze ans, explique Luc Delley, président du comité d’exploitation de la Fondation Neptune. Mais là, il y a visiblement eu un problème car ils dataient de trois ou quatre ans.» «On ne s’explique pas vraiment pourquoi, mais très vite nous avons constaté des signes de pourriture en bas du mât. On ne pouvait pas laisser aller pour des raisons de sécurité», poursuit Luc Delley. «Au séchage des arbres, le retrait tangentiel du bois a provoqué de fortes fentes longitudinales; non seulement la pérennité des mâts était mise en cause par les infiltrations d’eau, mais encore ces mêmes infiltrations descendaient jusqu’au pied du mât en provoquant des dégâts. L’état de pourriture était très avancé», explique Thomas Büchi de Charpente Concept, l’ingénieur bois bien connu qui, pour l’occasion, s’est transformé en ingénieur naval avec son collègue René Montavon.

Une belle histoire

L’histoire de la majestueuse «Neptune», de la famille des grandes barques à voiles latines, remonte au début du XXe siècle. Construit en 1904, le bateau traverse les siècles avec majesté. Originellement dédié au transport de matériaux de construction sur le Léman (des blocs de pierre de Meillerie qui ont permis de construire les quais de Genève), il effectue son dernier chargement de cailloux en 1968. «Les transports en poids lourds ont pris le relais», constate Luc Delley. L’État rachète «La Neptune» en 1971, son entretien est confié à un organisme privé, la Fondation Neptune, et alors que des discussions ont lieu au niveau politique pour savoir ce qu’elle va devenir, la barque coule dans la rade de Genève au mois de novembre 1972, victime d’une entrée d’eau. Seul un mât émergeait encore… La barque historique sera entièrement rénovée pendant près de deux ans, nécessitant plus de 120 m3 de bois. Remise à l’eau en 1975, elle effectue sa première sortie officielle sans marchandises en mai 1976, à l’occasion du 450e anniversaire du Traité de combourgeoisie entre Genève, Fribourg et Berne. Ses ambitions ont changé: elle est désormais utilisée pour des anniversaires, des soirées, des cocktails, etc. «On navigue finalement assez peu, mais on entretient beaucoup», sourit Luc Delley.

Opération d’envergure

Ce matin à 7 h, un convoi spécial partira depuis le chemin de Sapay, au Grand-Lancy (GE), jusqu’aux Pierres du Niton. Là, une grue sera installée et on rendra à «La Neptune» ses deux mâts bleus, d’une longueur de 18,59 m chacun, l’équivalent d’un immeuble de six étages. Leur poids? Environ 2 tonnes pièce, en comptant les câbles et les poulies. Le changement des mâts a coûté 18 000 francs.

Les anciens mâts provenaient de la forêt du Risoux, dans le Jura – du sapin blanc choisi hors période de sève et au moment de la «vieille lune», comme disaient les anciens, soit en lune décroissante. Les nouveaux mâts ont été exécutés aux ateliers Ducret, à Orges (VD), avec du bois lamellé-collé suisse (du mélèze) de très haute résistance. «Les planches ont toutes été triées par ultrason afin de tester leur résistance, explique Thomas Buchi. Il ne faut pas oublier que cela peut méchamment «chasser» sur le lac, avec des vents pouvant atteindre jusqu’à 150-160 km/h!» Luc Delley confirme qu’il peut y avoir de grosses tempêtes sur le Léman et que les conditions de navigation peuvent se montrer «très compliquées».

La prochaine étape de la rénovation de «La Neptune»? Ce sera pour l’an prochain avec le pont, qui date de trente ans. «Et trente ans, c’est exactement la durée de vie d’un pont», constate Luc Delley. «La Neptune» et ses nouveaux mâts prendront le large après Pâques.

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