Genève: Le faux médecin de l'OMS va demander sa remise en liberté
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GenèveLe faux médecin de l'OMS va demander sa remise en liberté

En 1993, Jean-Claude Romand assassinait sa femme, ses deux enfants et ses parents en France voisine. Il craignait d'être démasqué par les siens, après une vie à mentir sur sa fausse identité de chercheur.

par
Evelyne Emeri
Jean-Claude Romand lors de son procès en juin 1996 à Bourg en Bresse (Ain).

Jean-Claude Romand lors de son procès en juin 1996 à Bourg en Bresse (Ain).

AFP

Durant 18 ans, Jean-Claude Romand (64 ans aujourd'hui) a menti à tout le monde. A sa famille, à ses parents, à ses amis. Il s'est inventé une vie qui n'a jamais existé. Il prétendait, alors qu'il était sans emploi, être un brillant médecin, éminent chercheur à l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), à Genève. Le samedi 9 janvier 1993, alors qu'il commence à être à court de liquidités escroquées dans son entourage et que son épouse commence à le soupçonner, il décide, «sous l'emprise d'une pulsion», dira-t-il lors de son procès en 1996, de faire taire à jamais ceux qui pourraient le confondre.

Quintuple assassinat

Ce jour-là, à son domicile de Prévessin-Moëns (Ain), à quelque 10 km de Genève, il assassine son épouse Florence, pharmacienne, avec un rouleau à pâtisserie dans leur chambre. Il poursuit sa folie criminelle en tuant ses deux jeunes enfants, également dans leur chambre, Caroline, 7 ans, et Antoine, 5 ans, avec une carabine 22 Long Rifle équipée d'un silencieux. Comme si de rien n'était, ce praticien raté, qui n'a jamais dépassé la deuxième année de médecine, range sa maison, vide la boîte aux lettres, se fait voir en ville achetant des journaux. Une fois rentré, les corps des siens à l'étage, il s'installe au salon et regarde la télévison.

Le lendemain, le dimanche 10 janvier 1993, il va déjeuner chez Aimé et Anne-Marie Romand, ses parents, qui vivent dans le Jura français, à Clairvaux-les-Lacs. Eux aussi, il les abat avec son 22 Long Rifle, de même que leur Labrador. Il remonte dans sa voiture et prend la direction de Paris pour retrouver son ex-maîtresse à laquelle il avait promis de lui présenter son ami imaginaire: Bernard Kouchner. En fait, ses intentions sont tout autre. Il prévoit de l'éliminer également. Il l'emmène en forêt, l'asperge de gaz lacrymogène et tente de l'étrangler. Elle le supplie. Il lui laissera la vie sauve, lui faisant jurer de ne rien dire et lui faisant croire qu'il souffre d'une maladie incurable.

L'incendie pour camoufler les meurtres

Dans la nuit de dimanche à lundi, il asperge sa maison d'essence et boute le feu après avoir avalé des barbituriques périmés, pensant effacer toutes les preuves de ses assassinats et périr dans les flammes aux côtés des dépouilles de sa propre famille. Son stratagème ne fonctionnera pas. Les éboueurs tombent nez à nez avec le logement en feu et alertent les pompiers. Jean-Claude Romand est grièvement blessé. Il est transporté aux HUG à Genève. Et sera sauvé. La Gendarmerie nationale découvrira dans sa BMW un mot de sa main: «Un banal accident et une injustice peuvent provoquer la folie. Pardon.»

La faux médecin de l'OMS sera jugé en juin 1996. Il écope de la réclusion à perpétuité. Emprisonné depuis à la Maison centrale de Saint-Maur, près de Châteauroux, dans l'Indre, il est libérable depuis 2015, année de la fin de sa période de 22 ans de sûreté. Jusqu'ici, il n'avait jamais fait de demande d'aménagement de peine. France Bleu a révélé hier soir que le condamné a déposé une demande de libération conditionnelle. Une audience d'application des peines devrait avoir lieu le 18 septembre prochain pour statuer sur sa requête. Si cette dernière est acceptée, il pourrait retrouver la liberté rapidement.

Cette affaire criminelle avait défrayé la chronique à l'époque et inspiré le livre d'Emmanuel Carrère, intitulé «L'Adversaire». L'actrice et réalisatrice Nicole Garcia l'avait adapté au cinéma en 2002. Daniel Auteuil incarnait le «médecin» mythomane.

evelyne.emeri@lematin.ch

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