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Corée du SudLe favori Moon survole la présidentielle

Le scrutin se déroule en un seul tour et Moon Jae-In a facilement devancé le conservateur Hong Joon-Pyo et le centriste Ahn Cheol-Soo.

Moon Jae-in (à droite) a voté avec son épouse Kim Jeong-suk.

Moon Jae-in (à droite) a voté avec son épouse Kim Jeong-suk.

Keystone

Moon Jae-In, ancien avocat spécialisé dans la défense des droits de l'homme, a confortablement remporté l'élection présidentielle sud-coréenne mardi, selon un sondage de sortie des urnes. Le scrutin scelle l'élan du pays vers le changement après un scandale de corruption retentissant.

Cette présidentielle anticipée, organisée sur fond de fortes tensions avec le Nord, a été convoquée pour remplacer l'ex-présidente Park Geun-Hye, au centre d'une énorme affaire de corruption qui a provoqué sa chute. Le scrutin s'est déroulé en un seul tour et l'investiture du nouveau chef de l'Etat est prévue dès mercredi.

De nombreux électeurs en ont profité pour dire leur colère face à la corruption d'une partie des élites, mais aussi la vie chère, l'augmentation du chômage et le ralentissement de la croissance.

Participation en hausse

Selon les résultats fournis par la Commission électorale nationale après dépouillement de la plupart des bulletins de vote, M. Moon, le candidat du Parti démocratique de centre gauche favorable à une forme de dialogue avec Pyongyang, a obtenu 11,4 millions de voix, soit 40,2 % des suffrages.

Le conservateur Hong Joon-Pyo, issu du parti de la présidente déchue, est arrivé loin derrière avec 25,2 %, suivi du centriste Ahn Cheol-Soo avec 21,5%. La participation a tourné autour de 77,2%, selon des chiffres préliminaires, le taux le plus élevé en 20 ans pour une élection présidentielle.

«Je serai le président de tous les Sud-Coréens», s'est exclamé M. Moon devant ses partisans sur la place Gwanghwamun à Séoul où des millions de Sud-Coréens s'étaient massés plusieurs mois durant pour exiger le départ de Park Geun-Hye. «C'est une grande victoire (...) pour créer un pays de justice (...) où les règles et le bon sens prévalent», a-t-il encore dit.

M. Moon, 64 ans, a expliqué à son équipe de campagne réunie au quartier général de son parti que son triomphe était né «des désirs désespérés d'un peuple qui veut un changement de régime».

Politique d'apaisement

M. Moon, dont les parents sont nés au nord de l'actuelle zone démilitarisée (DMZ), prône une politique d'apaisement avec la Corée du Nord. «Lorsque adviendra une réunification pacifique, la première chose que je veux faire est d'emmener ma mère de 90 ans dans sa ville natale», écrivait-il dans un livre publié en janvier.

Le futur locataire de la «Maison bleue», le siège de la présidence sud-coréenne, veut aussi réformer les «chaebols», ces conglomérats familiaux comme Samsung ou Hyundai qui contrôlent l'économie sud-coréenne et dont le scandale Park Geun-hye a mis en lumière les travers. Il veut également relancer la dépense publique pour créer des emplois, avec un objectif de 810'000 nouveaux postes dans le secteur public.

Son parti Minjoo compte 119 des 299 élus à l'Assemblée nationale. M. Moon avait été battu de justesse par Mme Park en 2012.

Arrêté à deux reprises

Etudiant en droit dans les années 1970, il a été arrêté à deux reprises lors des manifestations pour la démocratie sous la dictature de Park Chung-hee, le père de Park Geun-hye, et de son successeur, Chun Doo-hwan.

De 2003 à 2008, il a été conseiller du président Roh Moo-hyun, dont le mandat a été marqué par une tentative de rapprochement avec le Nord. Une ouverture symbolisée par l'ouverture du parc industriel intercoréen de Kaesong en 2004 et par le sommet de 2007 avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il.

C'est le suicide de son mentor en 2009, impliqué dans un scandale de corruption après la fin de son mandat, qui a conduit M. Moon à briguer une fonction élective. Il a remporté en 2012 un siège de député à Busan, mais a échoué à l'élection présidentielle la même année.

Système THAAD

En Corée du Nord, on voyait d'un bon oeil une victoire de M. Moon. Celui-ci s'est prononcé pour un report du déploiement sur le sol sud-coréen du système antimissile américain THAAD, considéré comme un acte belliqueux par Pyongyang et vivement critiqué par la Chine.

Washington a félicité M. Moon: «Nous félicitons le président-élu Moon Jae-In et nous nous associons au peuple sud-coréen dans la célébration de leur transition politique pacifique et démocratique», a indiqué la Maison Blanche, dans un bref communiqué émanant du porte-parole de l'exécutif Sean Spicer et non du président lui-même.

Lancement d'un missile

La Chine a annoncé mardi avoir testé récemment un nouveau type de missile dans une mer proche de la péninsule coréenne, une annonce qui intervient le jour de l'élection présidentielle en Corée du Sud et dans un contexte de tensions régionales.

Le lancement, effectué en mer de Bohai, visait à «améliorer les capacités opérationnelles des forces armées et répondre efficacement aux menaces sur la sécurité nationale», a précisé le ministère de la Défense dans un bref communiqué. La date du lancement n'a pas été précisée.

(ats)

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