Football: Le FC Bâle a perdu la boule
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FootballLe FC Bâle a perdu la boule

L’ex-ogre a commencé 2020 dans la tourmente avec deux défaites. Allô docteur? Carlos Varela se penche au chevet du malade.

Silvan Widmer et les Bâlois sont tombés de haut contre Saint-Gall.

Silvan Widmer et les Bâlois sont tombés de haut contre Saint-Gall.

Keystone

Il fut un temps où le voyage au Park Saint-Jacques donnait des frissons aux adversaires, qui se demandaient à quelle sauce ils allaient être mangés. Dimanche dernier, les jeunes Saint-Gallois sont pourtant allés marcher sur la tête des Bâlois durant 90 minutes pour repartir avec un succès mérité qui dit autant la pleine santé des Brodeurs, nouveaux leaders, que le désarroi des Rhénans. Deux matches en 2020 pour la reprise, deux défaites (la première à YB), deux fois sans appel, le néant ou presque dans le jeu, l’implication et le résultat.

Le FC Bâle était un ogre depuis le début des années 2000, il devient un colosse aux pieds d’argile. Forcément, le séisme est grand pour les supporters et pour l’institution bâloise elle-même. Le FCB est toujours troisième de Super League, même s’il est désormais talonné par Servette; bien des clubs de Super League rêveraient de cette assise structurelle et de ce classement; mais pour qui avait l’habitude d’être premier de cordée et de tutoyer les sommets, le dévissage est brutal.

«Une équipe banale»

Cela grenouille ferme du côté de Bâle. Depuis un moment déjà puisque depuis deux ans, c’est Young Boys qui domine le foot suisse. Comment Bâle en est-il arrivé là? Il se dit que Marcel Koller, déjà menacé l’été dernier avant la reprise (Rahmen devait quitter Aarau pour le remplacer), serait plus que jamais sur un siège éjectable et pourrait «sauter» très rapidement. Cette crise, Carlos Varela (recruteur pour le Servette FC) peut en parler. Ex-Bâlois, il a encore ses entrées au Park Saint-Jacques. Alors?

«Alors il y a plein de raisons qui font que Bâle est devenu une équipe banale, que l’on a plus peur d’affronter, assure-t-il. Il y a eu des tensions internes, une guerre entre Koller et Streller. C’est Koller qui l’a gagnée, il est toujours en place sur le banc tandis que le directeur sportif a rendu son tablier et quitté le club. On lui a tout mis sur le dos, c’était facile. Mais dans les faits, il y avait une masse salariale qu’il fallait sérieusement revoir à la baisse. Streller ne pouvait plus recruter en nombre comme par le passé, il ne faut pas l’oublier. On pourrait aussi s’interroger sur les joueurs et leur manque de remise en question. Que penser des retours de Fabian Frei et de Valentin Stocker? Ils sont revenus à grand prix, mais apportent-ils vraiment ce qu’on était en droit d’attendre d’eux?»

«Ce match va laisser des traces»

Se poser la question, c’est y répondre. Bâle a considérablement perdu de sa superbe. «Dans cette équipe, il y a toujours eu un homme fort devant, poursuit Varela. C’est moins le cas aujourd’hui. Il y avait aussi des leaders techniques au milieu, à la façon d’un Hakan Yakin ou d’un Delgado. Il n’y en a plus, ce n’est pas un Taulant Xhaka qui va faire la musique dans l’entrejeu. Et puis il y avait traditionnellement des latéraux qui faisaient la différence. Il n’y a plus rien de tout cela. En plus, alors que les temps sont compliqués, Okafor est vendu à Salzbourg. Les gens ne comprennent plus.»

Il y avait aussi un président de 2012 à 2017 qui donnait une ligne, Bernhard Heusler. Les Bernhard se suivent mais ne se ressemblent apparemment pas: Bernhard Burgener est depuis à la présidence, sans incarner vraiment la fonction. «C’est un peu ça, oui, sourit Varela. On dirait que c’est Koller qui pouvait décider de tout. Ce souci rajoute encore aux interrogations. Et à voir ce qui se passe sur le terrain maintenant, la place de Koller est désormais chancelante. Franchement: 20 tirs à 3 pour Saint-Gall, au Park Saint-Jacques, la défaite logique, un manque total de révolte de la part des joueurs sur le terrain, un public froid. Ce match a cassé quelque chose, il va laisser des traces.»

«L’équipe est à la ramasse»

Une direction qui dirige mal, un entraîneur attendu comme le Messie mais qui est loin du compte, des joueurs en dessous des performances escomptées et des relations dans le contingent qui se détériorent (jalousie envers Fabian Frei et Stocker et leurs gros salaires sans le rendement attendu, ambiance générale compliquée?): la crise secoue tout le club. Samedi, Bâle s’en va à Zurich pour tenter de sortir la tête de l’eau. Comment? «Je ne sais pas, avoue Carlos Varela. L’équipe est à la ramasse, cela me semble compliqué de trouver une solution dans l’immédiat. Mais Bâle n’est pas mort. Il est toujours un grand club qui saura réagir d’une manière ou d’une autre.»

Daniel Visentini

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