06.06.2018 à 15:27

GenèveLe flou qui entoure le meurtre de la petite Semhar

Deuxième journée d’audience pour K., chauffeur de taxi de 42 ans d’origine éthiopienne. Dans une ambiance électrique.

par
Lucie Fehlbaum
Hommage à Semhar. En août 2012, des fleurs et des bougies avaient été déposées par des proches et des voisins au bas de l’immeuble, rue de la Tambourine à Carouge (GE)

Hommage à Semhar. En août 2012, des fleurs et des bougies avaient été déposées par des proches et des voisins au bas de l’immeuble, rue de la Tambourine à Carouge (GE)

Christian Bonzon

Deuxième journée d’audience pour K., chauffeur de taxi de 42 ans d’origine éthiopienne. Dans une ambiance électrique, le Tribunal criminel a abordé les faits liés à l’assassinat de la petite Semhar, 12 ans en 2012, date où elle a été violée puis tuée afin d’être «réduite à jamais au silence», selon l’expression du Ministère public.

La chronologie du drame est compliquée. «Qu’est-ce qui s’est passé entre 19 h 47 et 20 h 23?» a demandé Isabelle Cuendet, la présidente du tribunal. Ce laps de temps, c’est celui durant lequel le taxi de K. s’est arrêté près de l’appartement de Semhar, le soir fatidique du 23 août 2012. Avant, K. s’est rendu à l’hôpital avec la mère de la victime, l’aînée et le cadet de cette dernière. Après, il a emmené tout le monde dans un restaurant éthiopien des Pâquis. Entre deux, mystère. C’est pourtant durant cette demi-heure que le crime aurait été commis. K. dit qu’il l’attendait dans son taxi en écoutant de la musique, pour un genre de leçon de conduite. Mais elle n’est jamais venue.

Après le restaurant, tous sont rentrés dans l’appartement de la victime. Il était alors minuit et la maman de Semhar, qui jusqu’alors pensait que sa fille était chez une amie, a commencé à paniquer. K., lui, s’est montré calme. «Monsieur, il est 00 h 09, la femme que vous aimez est affolée, elle pleure. La police débarque et vous, qui aviez rendez-vous avec Semhar le soir même, vous ne dites rien à personne? s’est étonnée la présidente. Vous étiez la seule personne du quartier qui n’était pas inquiète à ce moment-là.» Dans la salle mardi, la mère de la victime a eu du mal à contenir ses larmes et ses réactions face aux désaveux de K., qui nie tous les faits qui lui sont reprochés.

À propos de son ADN, notamment retrouvé à l’intérieur de l’entrejambe du slip de la jeune fille, K. rappelle sa liaison avec la mère et précise qu’il dormait «environ 2 à 3 fois par semaine chez elle. Les habits traînaient partout».

Cette deuxième journée a permis de mieux cerner la personnalité de l’accusé, détenu depuis six ans à Champ-Dollon. Il peut se montrer agacé, voire corriger les avocats. Fin connaisseur du dossier, il n’hésite pas à s’en servir pour répondre. Aujourd’hui, c’est la maman de Semhar qui sera entendue par les juges.

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