Politique monétaire: Le FMI accusé d'être instrumentalisé

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Politique monétaireLe FMI accusé d'être instrumentalisé

L'institution a provoqué la colère de Moscou en continuant d'aider financièrement l'Ukraine alors que Kiev rechigne à payer la Russie.

Le Premier ministre russe Dmitri Medvedev n'apprécie pas que le FMI contourne son propre règlement pour aider l'Ukraine.

Le Premier ministre russe Dmitri Medvedev n'apprécie pas que le FMI contourne son propre règlement pour aider l'Ukraine.

Keystone

Le FMI est accusé d'avoir cédé à des pressions politiques pour éviter l'échec de son plan d'aide à l'Ukraine, après avoir été confronté à des soupçons similaires avec la Grèce ou plus récemment la Chine.

Le procès en instrumentalisation est cette fois instruit, avec une rare virulence, par les autorités russes qui ont prévenu que leur confiance vis-à-vis du Fonds monétaire international était «sérieusement sapée».

Objet de leur courroux: la décision mardi du FMI de renoncer à une règle interne qui lui interdisait d'assister financièrement un Etat ayant fait défaut vis-à-vis d'un autre pays.

D'apparence très technique, ce changement va dans les faits permettre de maintenir en vie le vaste plan d'aide accordé en mars à l'Ukraine, qui était menacé par le refus de Kiev de rembourser 3 milliards de dollars dus à Moscou d'ici à la fin de l'année.

«Le Fonds monétaire international (...) a pour la première fois de son histoire pris une décision destinée à soutenir un Etat emprunteur à l'encontre des accords existants, uniquement pour des raisons politiques», a tonné le Premier ministre russe Dmitri Medvedev. Une «décision hâtive et biaisée», a renchéri son ministre des Finances Anton Silouanov.

Pas de réponse

Le FMI se refuse pour le moment à répondre directement à ces attaques mais rappelle que la réflexion sur ce sujet était engagée en son sein depuis 2013, bien avant le déclenchement de la crise ukrainienne.

Le calendrier pose toutefois question. «C'était une bonne chose d'agir, mais le timing n'est pas bon», affirme Andrea Montanino, l'ancien représentant italien au conseil d'administration du FMI. «C'était une erreur de faire ça dans la précipitation et cela donne l'impression que c'est une simple décision de circonstance», ajoute-t-il.

Depuis plusieurs mois les Occidentaux, qui dominent les instances de décision du FMI, cherchaient un moyen de contourner le refus russe de renégocier cette dette et d'éviter ainsi que Moscou ne prenne en otage le plan d'aide accordé à l'Ukraine.

«On trouvera un moyen», avait récemment confié à l'AFP un haut responsable européen sous couvert d'anonymat. Le FMI cédant à la pression de ses principaux actionnaires européens et américains ? Pas si simple, répondent toutefois d'autres experts.

Vide juridique

«Le FMI a saisi la bonne occasion pour combler un vide juridique», assure ainsi à l'AFP Domenico Lombardi, un ancien membre du Fonds qui a travaillé sur la crise ukrainienne.

Selon lui, l'institution a su faire du différend russo-ukrainien sur la dette «un catalyseur pour renforcer le consensus des Etats-membres» autour d'un changement de ses règles internes.

Ce n'est toutefois pas la première fois que le Fonds, qui renfloue les pays en crise moyennant des mesures d'économie, se retrouve ainsi sur le banc des accusés.

L'institution de 188 Etats-membres avait déjà fait grincer des dents en changeant ses règles en 2010 pour prêter davantage d'argent à la Grèce en arguant d'un nouveau «risque systémique». Certains pays émergents, sous-représentés au sein du FMI, n'avaient pas hésité à voir la main des Européens derrière cette décision.

Yuan comme monnaie de référence

Bien plus récemment, fin novembre, le Fonds a décidé d'inclure le yuan chinois dans son panier de réserves et d'en faire ainsi une monnaie de référence sur le globe.

La décision a été globalement saluée même si certains experts l'ont aussi interprétée comme un geste en faveur de Pékin, en quête d'une plus grande reconnaissance sur la scène internationale.

«C'était une bonne décision mais elle est évidemment politique. Il fallait envoyer un signal à la Chine qui n'a pas assez de poids au FMI», assure ainsi M. Montanino.

Le Fonds s'en est farouchement défendu. «C'est un processus technique qui s'est déroulé sur une longue période», a rétorqué son porte-parole Gerry Rice la semaine dernière.

Le FMI, institution purement technique ou instrument politique: la réalité se niche sans doute dans une sorte de zone grise. «Le FMI est une institution politique dont les décisions sont prises sur une base technique», analyse M. Lombardi. «Ce n'est pas toujours noir ou blanc et il y a une marge d'interprétation».

(ats)

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