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WEF 2015Le Forum de Davos se clôt sur fond de crise

Le WEF s'achève, laissant le monde tel qu'il l'a trouvé: en crise, fragilisé sur tous les fronts, politique, économique, social, à en croire les Renzi, Hollande et Kerry qui se sont succédé de mercredi à samedi à la tribune.

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Une cinquantaine de personnes ont protesté contre le Forum économique mondial (WEF). (Samedi 24 janvier 2015)

Une cinquantaine de personnes ont protesté contre le Forum économique mondial (WEF). (Samedi 24 janvier 2015)

Keystone
Pour dénoncer la pauvreté dans le monde, des activistes ont érigé 193 bonshommes de neige dans un champ à Davos (GR), en marge du Forum économique mondial (WEF).(Samedi 24 janvier 2015)

Pour dénoncer la pauvreté dans le monde, des activistes ont érigé 193 bonshommes de neige dans un champ à Davos (GR), en marge du Forum économique mondial (WEF).(Samedi 24 janvier 2015)

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Aucun incident n'est à déplorer du point de vue de la sécurité.(Samedi 24 janvier 2015)

Aucun incident n'est à déplorer du point de vue de la sécurité.(Samedi 24 janvier 2015)

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Terrorisme, instabilité, risques. Des mots scandés toute la semaine au Forum économique mondial (WEF) à Davos (GR), quinze jours après les attentats de Paris, alors que la crise en Ukraine s'est aggravée, alors que Syrie, Irak, Nigeria sont à feu et à sang, alors que les incertitudes économiques augmentent. Des mots pour décrire ce «nouveau contexte mondial», thème de la 45e édition.

A l'heure de tirer un bilan, reste un flou pour le grand public, qui entrevoit les pirouettes protocolaires davosiennes de l'extérieur. Avec un goût d'inachevé. Les attentes sont justifiées, on ne vient pas à Davos par hasard.

Les 2500 participants sont invités parce qu'on estime que leur poste ou leur statut leur confère un rôle dans la bonne marche du monde. Une quarantaine de chefs d'Etat et de gouvernement, des prix Nobel et 1500 patrons de grandes entreprises. Les décideurs.

Sur le fil du rasoir

Mais le WEF n'a pas la prétention de fournir des solutions. C'est par définition un forum, une plate-forme d'échanges. Une opportunité unique de prendre le pouls de la planète. Et sur ce plan, le constat a été unanime: «Nous vivons dans un contexte instable».

Tels ont été les mots d'ouverture de Simonetta Sommaruga mercredi. A la blessure partagée évoquée par la présidente de la Confédération - «une attaque contre l'idée d'une société libre» - est venu s'ajouter au fil des discours l'appel à une lutte commune.

Les allusions guerrières n'ont pas manqué, plus ou moins directes. Contre le terrorisme, François Hollande a préféré parler de «réponse». Celle-ci doit être «globale, internationale et partagée entre les Etats, les gouvernements et les entreprises», a martelé le président français vendredi dans un discours aux intonations «gaulliennes» selon certains.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a lui évoqué une «lutte», celle du «monde civilisé» pour ses valeurs. Avant d'oser une allusion à la Deuxième Guerre mondiale, lors de son appel à un soutien financier, «comme cela a été possible il y a 70 ans pour arrêter le fascisme».

Tous deux ont joué sur l'émotion. Le rationnel, le concret semblait s'estomper à la faveur des appels à l'aide et à la «solidarité». Une rhétorique empruntée aux dirigeants de pays en guerre.

A l'instar de Petro Porochenko qui pendant son discours mercredi a même brandi un fragment de la carrosserie du bus attaqué à Volnovakha. Le président ukrainien a d'ailleurs aussitôt quitté Davos en raison d'une aggravation du conflit avec son voisin russe.

Au chevet du malade

Autre signe de la gravité du contexte, l'ampleur des délégations. Comme au chevet des grands malades, la France a envoyé son président, Washington a annoncé sa présence à la dernière minute. Même le Conseil fédéral est apparu au complet, pour la première fois depuis longtemps.

Les sept Sages se devaient sans doute aussi de rassurer après le séisme provoqué par la Banque nationale suisse (BNS). En arrêtant brusquement l'anesthésique taux plancher de 1,20 franc pour un euro après plus de trois ans de perfusion, l'institut a ajouté un peu plus au lot d'incertitudes.

Médicament et réformes

La politique monétaire a aussi été un thème central à Davos, sur un autre front, celui du retour à la croissance. Et alors que la Banque centrale européenne (BCE) prescrivait jeudi son «médicament», pour citer le président d'UBS Axel Weber, des voix s'élevaient pour exhorter les gouvernements à agir.

Ce plan de rachat massif de dettes privée et publique - plus de 1100 milliards d'euros jusqu'en 2016 - doit s'accompagner de «réformes», ont déclaré de concert François Hollande et la chancelière allemande Angela Merkel. «Il y a une fenêtre maintenant» pour les mener, pressait le ministre britannique des finances George Osborne vendredi. Y aurait-il une lumière au bout du tunnel?

Une «nouvelle vision»

Du chaos naissent les idéaux. Matteo Renzi l'a rappelé en évoquant l'Europe au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, «une idée reposant sur 70 ans de paix et de stabilité». Premier orateur à la tribune, le charismatique chef du gouvernement italien a appelé à une «nouvelle vision». Se saisir des «risques» comme d'autant «d'opportunités pour construire le futur». Sans attendre.

Face à un «monde à la croisée des chemins», comme dépeint par le fondateur du WEF Klaus Schwab, les dirigeants sont venus à Davos en quête d'idées, de ressources. Auprès de ceux que François Hollande qualifie de «forces vives du monde», ceux qui auraient le pouvoir de le changer.

Sécurité: l'armée tire, elle aussi, un bilan positif

L'armée boucle, comme les autorités grisonnes, le 45e Forum économique mondial (WEF) à Davos (GR) sur un bilan sécuritaire positif. Elle ne signale aucun incident grave ou accident. Pas un seul avion ne s'est égaré dans l'espace aérien surveillé durant le sommet.

Environ 4500 militaires ont oeuvré pour le WEF 2015 depuis le 13 janvier. Ils ont assuré un service d'assistance en faveur du canton des Grisons, précise l'État-major de conduite dans un communiqué diffusé dimanche.

L'espace aérien sécurisé a été rouvert dimanche. La plus grande partie de l'infrastructure mise en place pour le forum devrait être démontée d'ici la fin de la semaine.

L'armée s'est chargée d'une nouvelle tâche cette année, en accueillant certains invités à l'aérodrome militaire de Dübendorf (ZH). Une action qui a concerné 15 avions et une cinquantaine de passagers.

Niveau budget, la sécurité a entraîné l'ardoise habituelle de huit millions de francs. La Confédération en prend près de 40% à sa charge, le canton des Grisons et le WEF environ 25% chacun, la commune de Davos un peu plus de 10%.

Samedi déjà, les autorités grisonnes avaient tiré, elles aussi, un bilan sécuritaire positif du WEF 2015, qui s'est tenu de mercredi à samedi. Elles n'ont déploré aucun incident. La police avait dit n'avoir procédé à aucune arrestation en lien avec le déroulement du sommet.

(ats)

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