Jura: Le fraudeur qui veut être maire de Porrentruy
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JuraLe fraudeur qui veut être maire de Porrentruy

«Je veux une élection honnête!» proclame Pascal Bedin, cinq ans après avoir provoqué l'annulation de l'élection à la mairie.

par
Vincent Donzé
Au bénéfice d'une rente AI, et s'estimant victime de fausses rumeurs, Pascal Bedin veut prendre sa revanche.

Au bénéfice d'une rente AI, et s'estimant victime de fausses rumeurs, Pascal Bedin veut prendre sa revanche.

Stefan Meyer

Sa fraude assumée, puis minimisée, avait provoqué l'annulation de la dernière élection à la mairie de Porrentruy (JU). À cause de lui, ce bastion PDC n'a pas basculé à gauche. Que fait Pascal Bedin (58 ans) cinq ans plus tard? Il se porte candidat à la mairie de Porrentruy!

«Vive le maire!» s'exclame un jeune homme en l'apercevant. Pascal Bedin ne rougit pas. «Je me battrai pour vous!» rétorque-t-il, tonitruant, un œil rivé sur l'Hôtel de Ville. Puis d'une voix basse: «Vous voyez, j'ai la cote!»

Un fraudeur qui veut devenir maire, tandis qu'un autre d'origine italienne, Nicola M., a quitté la ville et sans doute le pays? «J'ai tourné la page! La justice m'a condamné, mais, en réalité, je n'avais rempli que les bulletins de mon père, handicapé, et de ma mère, malade, assure Pascal Bedin. Tout le reste n'était que fanfaronnade», dit-il au sujet des 150 bulletins qu'il se vantait d'avoir captés au bénéfice de Thomas Schaffter (PCSI).

Cinq signatures

Pascal Bedin, maire sans parti, lui dont le parcours politique se limite à un mandat de suppléant au Conseil de Ville? «Les gens veulent du changement, et j'ai des projets: un marché couvert pour les artisans, un programme de rénovation des appartements, du soutien sérieux pour les démunis», promet-il. Les cinq signatures nécessaires à sa candidature, il les a obtenues par du porte-à-porte. «Je me sens bien devant l'Hôtel de Ville», dit-il en souriant. Y entrer sera une autre paire de manches, mais sa candidature lui fait déjà du bien. «Je me sens enfin respecté», dit-il, heureux d'avoir été «reçu comme un roi» à la Chancellerie.

Il y a comme un goût de revanche d'une élection à l'autre. «On me prenait pour un guignol», résume le cinquième candidat. Après avoir voulu barrer la route du maire Pierre-Arnauld Fueg, à qui il attribuait sa mutation de l'Office des impôts, il se dit victime de fausses rumeurs. Des plaintes pour injures ou pour menaces, il en dépose à tour de bras, dont une qui vient d'aboutir à une condamnation.

Pascal Bedin s'en défend, mais son discours renferme autant de rancœur que de vision. «L'autorité ne réagit pas quand on m'agresse, et quand je suis invité à présenter une association devant les députés jurassiens, un ministre ordonne de me fouiller», s'offusque Pascal Bedin, au bénéfice d'une rente AI.

Maintenant qu'il est en campagne, l'homme se rabiboche avec les politiciens autrefois haïs: «Le maire sortant n'a pas effectué un mandat très brillant, mais on se parle.» Avec une rente de 2260 francs, l'ancien fonctionnaire ne prévoit ni affiches ni flyers pour sa campagne. Mais, s'il est bien informé, le candidat à la mairie aura mieux que ses concurrents Pierre-Arnauld Fueg (PDC), Julien Loichat (PS), Philippe Eggertswyler (PCSI) et Gabriel Voirol (PLR): des T-shirts à son effigie!

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