24.07.2020 à 08:12

EnvironnementLe Gantrisch lutte contre la pollution lumineuse

Le parc naturel, à cheval entre les cantons de Berne et Fribourg et dont les cieux sont parmi les plus sombres de Suisse, doit recevoir en 2021 sa certification internationale «Dark Sky Park».

Un homme contemple la comète Neowise et la pollution lumineuse provenant de la ville de Berne depuis le parc naturel du Gantrisch.

Un homme contemple la comète Neowise et la pollution lumineuse provenant de la ville de Berne depuis le parc naturel du Gantrisch.

KEYSTONE

Le parc régional naturel du Gantrisch, qui englobe 21 communes bernoises et une commune fribourgeoise, offre une zone préservée de toute pollution lumineuse. Ses cieux nocturnes sont parmi les plus sombres de Suisse. Visite dans le premier parc aux étoiles de Suisse.

Le soleil s’est couché depuis longtemps quand Nicole Dahinden gare sa voiture près du col du Gurnigel. Cette géographe âgée de 42 ans a emporté un instrument avec lequel elle va mesurer la luminosité du ciel nocturne à douze endroits du parc. Elle travaille depuis longtemps sur la question de la pollution lumineuse.

Il faudra attendre minuit pour qu’il fasse complètement sombre dans cette nuit d’été sans lune. Le temps d’entamer une discussion avec Nicole Dahinden avec comme toile de fond l’imposante chaîne de montagnes du Gantrisch. Collaboratrice du parc régional naturel, elle cherche à sensibiliser le public à l’importance de l’obscurité naturelle et à pérenniser la vocation nocturne du parc.

Durant la période de semi-confinement, cette responsable de projet était régulièrement dans le parc pour relever les données liées à la luminosité. «Pendant cette période, il faisait nettement plus sombre la nuit», explique-t-elle. Reste à savoir si ce phénomène était une conséquence du semi-confinement ou s'il était lié à des facteurs météorologiques comme l’humidité.

Certification internationale

L’appareil de mesure optique, qui transmet des données sur le smartphone de Nicole Dahinden, enregistre le degré de noirceur de la surface du ciel nocturne. Les valeurs enregistrées jusqu’à présent permettent au parc d’être certifié comme zone de protection contre la lumière par l’organisation internationale Dark Sky.

Le Gantrisch doit donc recevoir l’année prochaine sa certification internationale «Dark Sky Park» qui récompense les régions qui disposent d’un ciel et de biotopes protégés exceptionnels. Nicole Dahinden espère que ce label permettra de valoriser le parc.

L’ouverture du «parc des étoiles» il y a un an a permis de franchir une étape en vue de devenir une référence en matière de lutte contre la pollution lumineuse et d’enregistrer de premiers succès. «Une commune bernoise a pris de sa propre initiative contact avec nous pour savoir comment elle pouvait adapter l’éclairage public», relève la collaboratrice du parc.

Route des oiseaux migrateurs

Les émissions lumineuses peuvent influencer le comportement de la faune nocturne, par exemple en perturbant l’orientation ou le rythme veille-sommeil de certains animaux. D’après les calculs disponibles à l'Office fédéral de la statistique, il n’y a plus aucun kilomètre carré totalement obscur la nuit sur le Plateau depuis 1996 ni dans l'Arc jurassien depuis 2008.

Nicole Dahinden cite l’exemple des oiseaux migrateurs pour montrer combien l’obscurité naturelle revêt une telle importance pour la faune et la flore. La ligne de partage des eaux du Gurnigel est une route importante de migration. En plus du champ magnétique terrestre, les oiseaux s’orientent grâce aux étoiles.

Entre-temps l’obscurité est tombée sur le col du Gurnigel. Un tapis d’étoiles scintillantes épouse la silhouette du Gantrisch. Bientôt la Voie lactée sera visible à l’oeil nu.

Des astronomes amateurs se sont installés avec leurs télescopes sur le parking de la Stierenhütte, une ancienne place de l’armée où étaient stationnés des blindés. Cet été, ils peuvent observer une attraction particulière entre les sapins sur la crête du Selibühl, la queue de la comète Neowise.

Nicole Dahinden a un conseil pour celles et ceux qui veulent explorer les paysages nocturnes et observer le ciel étoilé: «Il faut utiliser une lampe frontale à lumière rouge, l’on voit bien même après avoir éteint la lampe car l’oeil n’est pas aveuglé».

(ATS/NXP)

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