Allemagne – Le génocide des Yazidis est reconnu pour la première fois
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AllemagneLe génocide des Yazidis est reconnu pour la première fois

Un jihadiste irakien a été jugé pour avoir laissé mourir une fillette de 5 ans issue de la minorité kurdophone en Irak en l’accrochant à une fenêtre par 50°. Il s’est évanoui à l’énoncé du verdict.

Le juge qui présidait le tribunal, Christoph Koller.

Le juge qui présidait le tribunal, Christoph Koller.

AFP

La justice allemande a condamné à la perpétuité un jihadiste irakien pour «génocide» de la minorité yazidie, une première au monde et un verdict crucial pour la reconnaissance des exactions commises contre cette communauté kurdophone par l’organisation Etat islamique (EI).

C’est la première fois qu’un tribunal juge que ces massacres relèvent du «génocide», déjà reconnu comme tel par des enquêteurs de l’ONU.

Les juges de la Haute Cour régionale de Francfort ont reconnu Taha A-J., 29 ans, «coupable de génocide, de crime contre l’humanité ayant entraîné la mort, de crimes de guerre et de complicité de crimes de guerre» notamment.

La lecture du verdict a été interrompue juste après l’annonce de la sentence, le condamné s’étant évanoui. Elle a pu reprendre après l’intervention de secouristes.

Taha A-J. qui avait rejoint les rangs de l’EI en 2013, a été reconnu coupable d’avoir, durant l’été 2015 à Falloujah, en Irak, laissé mourir de soif une fillette yazidie de cinq ans qu’il avait avec sa mère «achetée comme esclave», selon l’accusation.

Pour ce forfait, son ex-épouse Jennifer W., 30 ans, a déjà été condamnée à dix ans de prison le mois dernier pour «crime contre l’humanité ayant entraîné la mort» de l’enfant.

«Moment historique»

Ce verdict était très attendu par la communauté aujourd’hui décimée. «Aujourd’hui est un jour historique pour l’humanité. Le génocide des Yazidis entre enfin dans l’histoire du droit pénal international», a indiqué à l’AFP Natia Navrouzov, avocate et membre de l’ONG Yazda qui rassemble les preuves des crimes commis par l’EI envers les Yazidis.

«Nous veillerons à ce que d’autres procès comme celui-ci aient lieu», a-elle ajouté.

La mère de la petite fille, Nora B., a raconté à la barre le calvaire enduré par son enfant, «attachée à une fenêtre» à l’extérieur de la maison par des températures «pouvant aller jusqu’à 50°», selon le parquet.

L’accusé, aujourd’hui âgé de 29 ans, entendait punir la fillette, à laquelle il infligeait des maltraitances, pour avoir uriné sur un matelas.

Multiples viols

La mère, analphabète et qui s’exprime parfois avec confusion en kurmandji, l’une des langues kurdes, a témoigné avoir été violée à de multiples reprises par des jihadistes de l’EI après qu’ils eurent envahi son village des monts Sinjar, dans le nord-ouest de l’Irak, en août 2014.

La minorité ethno-religieuse yazidie a été particulièrement persécutée par l’EI qui a réduit les femmes à l’esclavage sexuel et tué des hommes par centaines.

La mère est représentée par trois avocats, dont la Libano-Britannique, Amal Clooney. Celle-ci est à la tête – avec le Prix Nobel de la Paix 2018, Nadia Murad, ancienne esclave sexuelle de l’EI et originaire du même village que la victime – d’une campagne pour faire reconnaître ces crimes comme un génocide.

Compétence universelle

Pour juger cet Irakien, arrêté en Grèce en 2019 sur mandat d’arrêt international, l’Allemagne applique le principe de la «compétence universelle» qui permet à un Etat de poursuivre les auteurs d’infractions les plus graves même quand elles ont été commises hors du territoire national.

Ce procès envoie donc «un message clair: peu importe où les crimes ont été commis et peu importe où se trouvent les auteurs, grâce à la compétence universelle, ils ne peuvent pas se cacher», insiste Natia Navrouzov.

L’Allemagne, où vit une importante diaspora yazidie, est l’un des rares pays à s’être saisi judiciairement des exactions commises par l’EI contre cette minorité.

(AFP)

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