27.10.2020 à 22:05

États-Unis120 ans de prison pour le gourou américain Keith Raniere

L’homme âgé de 60 ans est à l’origine de deux sectes; Nxivm en 1998 et DOS en 2015. Elles lui ont permis d’entretenir un réseau d’esclaves sexuelles.

En juin 2019, à l’issue d’un procès de six semaines devant le tribunal fédéral de Brooklyn, il avait été reconnu coupable des sept chefs d’inculpation retenus contre lui – dont exploitation sexuelle d’une adolescente de 15 ans, extorsion et association de malfaiteurs.

En juin 2019, à l’issue d’un procès de six semaines devant le tribunal fédéral de Brooklyn, il avait été reconnu coupable des sept chefs d’inculpation retenus contre lui – dont exploitation sexuelle d’une adolescente de 15 ans, extorsion et association de malfaiteurs.

KEYSTONE

Le gourou américain Keith Raniere a été condamné mardi à 120 ans de prison, équivalents à la perpétuité, pour divers crimes liés à sa secte Nxivm, qui lui a permis d’entretenir un réseau d’esclaves sexuelles.

La sentence est tombée après quelque cinq heures d’audience au tribunal fédéral de Brooklyn, au cours de laquelle 15 victimes ont témoigné contre cet homme de 60 ans, dont une femme identifiée uniquement comme «Camila» qui a indiqué avoir été contrainte à des relations sexuelles avec Keith Raniere dès l’âge de 15 ans.

«J’étais une enfant (…), il m’a volé ma jeunesse», a déclaré Camila, aujourd’hui âgée de 30 ans. «Il m’a manipulée pour son propre plaisir», a-t-elle ajouté. «Il attendait de moi que je sois disponible sexuellement tout le temps». Son témoignage a été la surprise de cette audience: elle n’était pas au procès de juin 2019, à l’issue duquel Keith Raniere avait été déclaré coupable des sept chefs d’inculpation retenus contre lui – dont exploitation sexuelle d’une adolescente de 15 ans, extorsion et association de malfaiteurs.

Les autres victimes présentes mardi l’ont décrit comme un «prédateur», «un monstre», «un menteur sadique et pathologique». Il avait, selon elles, deux facettes, d’un côté meneur et séducteur, de l’autre manipulateur. Son avocat, Marc Agnifilo, a essayé de plaider que les victimes avaient pu évoluer dans leur façon de voir leurs relations avec le gourou. «C’est clair qu’il a profité des gens sexuellement», a rétorqué le juge Nicholas Garaufis.

«Fier de l’œuvre de sa vie»

L’audience de mardi marque la fin du parcours d’un homme au pouvoir de persuasion hors du commun, toujours révéré par des dizaines de personnes malgré les révélations le concernant. Keith Raniere avait monté, en 1998, une organisation basée à Albany dans l’État de New York, baptisée Nxivm (prononcer Nexium), qui dispensait des formations de développement personnel à des prix exorbitants.

Dès le début, ce personnage charismatique avait entretenu un cercle de 15 à 20 femmes sous influence, avec lesquelles il avait des relations sexuelles à son gré. Dans une lettre préalable au prononcé de sa peine, Keith Raniere clamait son innocence et se disait «fier de l’œuvre de sa vie». Il avait refusé d’exprimer des regrets et affirmé n’avoir «jamais fait intentionnellement de mal à quiconque». Il affirmait aussi que toutes les relations sexuelles avec des membres de la secte étaient consenties.

Mardi, après avoir entendu les témoignages des victimes, il a laissé entendre qu’elles mentaient, tout en disant regretter «la douleur, la colère» qu’elles avaient exprimées. «Je ne voulais pas causer cette douleur», mais «je n’ai pas de remords pour les chefs d’inculpation, ils ne sont pas justes», a-t-il ajouté.

Le procureur fédéral avait demandé la prison à perpétuité, affirmant qu’au-delà de la gravité des faits, il «ne (montrait) aucune empathie pour ses victimes» et «continuerait à commettre des crimes s’il était libéré». La défense espérait elle une peine limitée à 15 ans. «Les 120 ans imposés sont à la mesure des horribles crimes qu’il a commis», a indiqué le procureur Seth DuCharme après l’audience. «J’espère que la sentence permettra aux victimes et leur famille de tourner la page».

Héritière et actrice

En 2015, Keith Raniere avait créé une seconde organisation parallèle pyramidale, baptisée DOS, qui comprenait des «esclaves» et des «maîtres». Les «esclaves», toutes des femmes, étaient notamment obligées d’avoir des rapports sexuels à la discrétion du «Grandmaster», un autre de ses surnoms. Certaines devaient subir un «marquage», qui consistait à tracer sur la peau des lettres, souvent les initiales de Keith Raniere, à l’aide d’un stylo à cautériser, qui brûlait les chairs.

Les cinq co-accusées de Keith Raniere ont, l’une après l’autre, plaidé coupable et évité le procès. À ce jour, seule la peine de Clare Bronfman avait été prononcée. Figure de la secte, grande argentière de Nxivm avec sa sœur Sara, l’héritière de l’empire canadien des spiritueux Seagram a été condamnée fin septembre à plus de six ans de prison. L’histoire de Keith Raniere et de Nxivm a déjà donné lieu à deux séries documentaires, dont une pour la chaîne HBO, et un docu-fiction.

(AFP/NXP)

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