Espagne: Le gouvernement catalan défie Madrid
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EspagneLe gouvernement catalan défie Madrid

Le gouvernement séparatiste catalan a décidé d'organiser un référendum sur l'autodétermination de la région le 1er octobre.

Fort de sa majorité au parlement catalan, le gouvernement de la Catalogne a signé mercredi soir un décret prévoyant l'organisation d'un référendum d'autodétermination de la région. (Mercredi 6 septembre 2017)

Le gouvernement séparatiste catalan a convoqué mercredi soir un référendum d'autodétermination dans cette région du nord-est de l'Espagne pour le 1er octobre. En prenant cette décision, il a ouvert une très grave crise avec le pouvoir central, qui la juge illégale. Le gouvernement espagnol va tenter de bloquer le processus par tous les moyens.

«Les concepts d'Etat et d'unité des patries n'ont plus d'avenir dans l'Europe démocratique actuelle»: avec ces mots, le président régional catalan, l'indépendantiste Carles Puigdemont, a achevé dans la nuit de mercredi à jeudi une brève allocution à Barcelone, pour se féliciter de la convocation par décret d'un référendum sur l'indépendance de sa région, en dépit de son interdiction par la justice.

Le texte a été signé à 23h26 sous les flashes de nombreuses caméras et par l'ensemble du cabinet, pour marquer son union face aux menaces de poursuites judiciaires qui pèsent sur ses membres.

La signature intervient après la promulgation de la loi régionale organisant la tenue de ce scrutin, au nom du «droit du peuple catalan à décider de son avenir politique». Les parlementaires indépendantistes, majoritaires depuis 2015, ont estimé dans ce texte que «le peuple de Catalogne est un sujet politique souverain».

Ils sont allés jusqu'à instaurer un «régime juridique exceptionnel» qui prévaudra sur toutes les normes qui pourraient entrer en conflit avec la loi, ce qui équivaut à dire d'avance à l'Etat et à la justice qu'ils ignoreront leurs décisions.

Opposition absente

La loi a été adoptée avec 72 votes pour et onze abstentions par le parlement catalan, au terme de 12 heures de débats houleux. Il n'y a pas eu de voix contre, les parlementaires opposés à l'indépendance ayant quitté la salle avant le vote, tandis que les partisans de la mesure, soutenue par le président de la région Carles Puigdemont, chantaient l'hymne catalan après l'adoption du texte.

L'hymne national "Els Segadors" entonné au Parlement catalan après la convocation du référendum d'autodétermination.pic.twitter.com/pU4q0fZhUK— Claude Duguay (@ClaudeDuguay2) 6 septembre 2017

A peine trois semaines après les attentats des 17 et 18 août qui ont fait 16 morts et plus de 120 blessés en Catalogne, l'Espagne est ainsi confrontée à une de ses pires crises politiques en 40 ans de démocratie.

«C'est un coup de force contraire à la démocratie», avait dénoncé en milieu de journée la vice-présidente du gouvernement espagnol, Soraya Saenz de Santamaria. Les personnes «aux commandes du parlement et du gouvernement de Catalogne se rapprochent davantage des régimes dictatoriaux que d'une démocratie», a-t-elle lancé.

Cour constitutionnelle saisie

Une course contre la montre s'engage désormais entre les deux camps. Madrid va tenter d'éviter le scrutin sans donner l'impression de brimer la région. Dès ce jeudi matin, un conseil des ministres extraordinaire est prévu. Cette réunion a pour but de demander à la Cour constitutionnelle d'agir contre la loi régionale organisant le référendum, a déclaré à l'AFP un porte-parole du gouvernement.

Le gouvernement de Madrid a saisi la cour constitutionnelle pour tenter de faire annuler les débats, puis le vote de la loi. La constitution espagnole affirme que le territoire national est indivisible.

A 12h30, le chef du gouvernement conservateur Mariano Rajoy recevra le chef de l'opposition socialiste Pedro Sanchez pour aborder le sujet, a précisé cette source. Le président du gouvernement Mariano Rajoy avait d'ores et déjà averti lundi que les autorités espagnoles utiliseraient tous les moyens à leur disposition pour empêcher la tenue du référendum.

Les séparatistes veulent consulter les Catalans pour déterminer si leur région de 7,5 millions d'habitants - 16% de la population espagnole - doit devenir «un Etat indépendant sous forme de république».

Autonomie refusée

Si les indépendantistes remportaient le référendum, ce territoire grand comme la Belgique et pesant 20% du PIB espagnol chercherait à se séparer de l'Espagne, mais sans consentement mutuel. La Catalogne vit une poussée de fièvre sécessionniste, en partie alimentée par la crise, mais aussi le sentiment d'être maltraitée par l'Etat central.

Le détonateur de la crise avait été, en 2010, l'annulation partielle par la cour constitutionnelle du nouveau «statut d'autonomie de la Catalogne», à la demande du parti du chef du gouvernement Mariano Rajoy. Le texte adopté en 2006 par le Parlement espagnol accordait des compétences élargies à cette région et la définissait comme étant une «nation» à l'intérieur de l'Etat espagnol.

Après avoir remporté les élections régionales en septembre 2015, les séparatistes ont promis de chercher à conduire à l'indépendance la Catalogne, qui a une langue et une culture propres.

(AFP)

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