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ParisLe Grand Palais rend hommage à Félix Vallotton

Pour la première fois depuis 35 ans, Félix Valloton revient à Paris. Sous la coupole du Grand Palais les œuvres du peintre franco-suisse seront exposées à partir de mercredi.

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Félix Vallonton, «Clair de Lune», 1895.

Félix Vallonton, «Clair de Lune», 1895.

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Félix Vallonton, «La chaste Suzanne», 1922

Félix Vallonton, «La chaste Suzanne», 1922

Musée cantonal des Beax-Arts de Lausanne
Félix Vallonton, «Orphée dépecé par les Ménades», 1904

Félix Vallonton, «Orphée dépecé par les Ménades», 1904

Musée d'Art et d'Histoire de Genève/B. Jacot-Desco

Un peintre singulier, un «anarchiste» embourgeoisé, un «volcan sous la glace»: l'artiste Félix Vallotton (1865-1925) et ses atmosphères étranges sont à redécouvrir avec jubilation au Grand Palais à partir de mercredi.

C'est la première fois depuis près de 35 ans que Paris offre une grande exposition à ce graveur et illustrateur franco-suisse, qui a appartenu au groupe des Nabis, adeptes des grands aplats de couleurs.

Moins connu que Pierre Bonnard ou Edouard Vuillard, Vallotton a poursuivi sa route en solitaire, après la dissolution du groupe en 1903. L'exposition présente jusqu'au 20 janvier quelque 170 œuvres de Vallotton (peintures et gravures) regroupées par thème. «La moitié des tableaux proviennent de Suisse», précise Marina Ducrey, conservateur honoraire de la Fondation Félix Vallotton de Lausanne.

Des milliers d’œuvres

Félix Vallotton naît à Lausanne dans la petite bourgeoisie vaudoise protestante. Son père est marchand de couleurs puis fabricant de chocolat. Dès l'âge de 16 ans, le jeune Félix s'installe à Paris pour suivre les cours de l'Académie Julian. Son autoportrait à vingt ans montre un jeune homme introverti.

Déjà il répertorie soigneusement ses réalisations dans un Livre de raison. «Il est ambitieux et veut faire œuvre», souligne Isabelle Cahn, conservateur en chef au musée d'Orsay et co-commissaire de l'exposition.

A sa mort, Vallotton, naturalisé français dès 1900, laissera plus de 1700 peintures, 250 gravures, des centaines d'illustrations, un nombre «incalculable» de dessins, souligne Marina Ducrey.

«Un volcan sous la glace»

Chez Vallotton, «la primauté esthétique est donnée à la ligne», relève Isabelle Cahn. A moins de trente ans, l'artiste a déjà acquis une notoriété grâce à ses gravures sur bois, en noir et blanc, à l'ironie décapante. Il rejoint en 1893 le groupe des Nabis, qui le surnomme «le Nabi étranger».

Il rencontre Thadée Natanson, co-fondateur de la Revue Blanche dont il va devenir l'illustrateur attitré. Anarchiste dans l'âme, il n'aime pas les policiers, ni l'injustice sociale, et n'hésite pas à le montrer par ses illustrations.

Il épouse en 1899 une veuve déjà mère de trois enfants. Née Bernheim, Gabrielle est la sœur de marchands de tableaux. Dès lors l'artiste mène une vie bourgeoise mais la braise continue de couver. «Un volcan sous la glace», selon Isabelle Cahn.

Violence

Plein d'ironie, le graveur excelle dans les saynètes d'intérieur et les amours cachées. «La loge de théâtre, le monsieur et la dame» (1909), au jaune éclatant, illustre l'incommunicabilité entre homme et femme. Tandis que «La chaste Suzanne» semble mener par le bout du nez les vieillards au crâne dégarni.

Vallotton réunit parfois deux femmes «dans une mise en scène lourde de sous-entendus», souligne Katia Poletti, conservateur à la Fondation Félix Vallotton. Les femmes sont souvent assoupies, donc vulnérables et offertes, de temps en temps conquérantes («L'Automne»), parfois carrément violentes.

«Orphée dépecé par les Ménades» est peint en 1914, année où éclate la Première guerre mondiale. Vallotton veut combattre mais il est jugé trop vieux. Il livre un «Autoportrait à la robe de chambre» lourd de pessimisme.

En 1917, il participe à une mission sur le front comme peintre aux armées. Eglise en ruine, et surtout «Verdun», chef-d’œuvre quasiment futuriste. La guerre fait rage également entre les sexes.

«La haine» féroce au sein d'un couple tout nu (1908) et même une scène de viol réalisée en 1913. «Vallotton n'a pas aimé que les femmes de son époque revendiquent leur indépendance, cela lui a flanqué une peur bleue», estime Marina Ducrey.

La bande annonce de l'exposition Valloton au Grand Palais

Félix Vallotton. Le feu sous la glace : la...par Rmn-Grand_Palais

(AFP)

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