06.08.2020 à 05:31

ÉditorialLe harcèlement, ce poison protéiforme qui n’a pas de loi

En 2017, Yannick Buttet avait été la première personnalité suisse prise dans le mouvement #MeToo. Cela avait secoué le Parlement. Mais le harcèlement sexuel n’est pas parvenu à s’imposer comme un sujet à Berne.

par
Eric Felley
Après la déferlante qui a suivi l’affaire Weinstein en octobre 2017, la thématique du harcèlement sexuel n’a jamais vraiment pris à Berne.

Après la déferlante qui a suivi l’affaire Weinstein en octobre 2017, la thématique du harcèlement sexuel n’a jamais vraiment pris à Berne.

IStockphoto

La présidente du Conseil général de Monthey (VS) a dénoncé lundi dans la presse le comportement de l’ex-conseiller national Yannick Buttet dans un café de Monthey. Cette scène de bistrot valaisanne a fait le tour des médias jusqu’en Suisse allemande. En 2017, dans les suites de l’affaire Weinstein aux États-Unis, la campagne contre l’élu du PDC avait été si violente outre-Sarine qu’elle reste encore dans les mémoires.

À l’époque, six élues anonymes avaient dénoncé l’attitude du conseiller national, empêtré par ailleurs dans une affaire privée. Sonné par les révélations, le Parlement avait même fait appel à une structure extérieure pour permettre à d’autres personnes de se confier en toute liberté. Sans grand succès et depuis, le soufflé est retombé. Nul cas de harcèlement sexuel n’est plus venu troubler les murs du Palais fédéral.

Hors délai

Aux Chambres, la problématique du harcèlement n’est pas parvenue à devenir un sujet, comme on dit. Alors que le mouvement #MeToo prenait de l’ampleur en 2017, Mathias Reynard (PS/VS) avait déposé une motion demandant la mise en œuvre d’un «plan national d’action pour la prévention du harcèlement sexuel». Mais le délai de deux ans pour traiter cet objet a été dépassé et il est passé à la trappe en décembre dernier. Le socialiste en a déposé une autre en 2018 dans le même sens, mais le Conseil fédéral a déjà fait savoir qu’il y était opposé, faute de ressources sur la durée. Il sait qu’au Parlement, la droite est opposée à ce type d’action, voire qu’elle doute de l’existence d’un réel problème de ce type. Finalement, seul un postulat peu contraignant a été accepté pour la récolte de données concernant cette thématique.

Parole contre parole

En Suisse, en tant que tel, le harcèlement ne constitue pas un délit et encore moins un crime. Les personnes qui s’estiment harcelées peuvent déposer une plainte au motif pénal de la «contrainte». Mais les preuves et l’intensité de cette «contrainte» sont souvent difficiles à établir, quand il s’agit de la parole de l’un contre celle de l’autre. Cela peut même être le grand écart. Ainsi, quand le politicien valaisan déclarait lundi qu’il avait l’impression d’avoir passé un moment «cordial et sympathique» à la table de la présidente du Conseil général, celle-ci avait ressenti de son côté les mains d’un «prédateur» sur son corps. Cette différence de perception, quasi caricaturale, est révélatrice du chemin que certains doivent encore faire pour sortir du déni. À Monthey, comme à Berne.

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