Science - Le hêtre favorise la multiplication des tiques
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ScienceLe hêtre favorise la multiplication des tiques

Une étude de l’Université de Neuchâtel démontre que plus un hêtre produit de faînes, plus la densité de tiques infectées par la borréliose de Lyme augmente dans les deux ans.

par
Vincent Donzé
Les tiques se nourrissent de faînes.

Les tiques se nourrissent de faînes.

DR – Cindy Bregnard

«Plus un hêtre produit de graines, plus le nombre de rongeurs qui s’en nourrissent croît et plus la densité de tiques infectées par la borréliose de Lyme va augmenter dans les deux ans qui suivent», telle est la conclusion d’une étude menée à l’Université de Neuchâtel sur l’abondance des tiques dans la montagne de Chaumont (NE).

Le lien entre les hêtres et la borréliose de Lyme constitue une étape importante pour la recherche. «Il s’agit de la première étude en Europe à démontrer que la production de graines par des arbres à feuilles caduques influence la densité des nymphes infectées par B. burgdorferi et donc le risque de borréliose de Lyme», note Cindy Bregnard, première auteure de l’article et doctorante au Laboratoire d’écologie et d’épidémiologie parasitaires de l’Université de Neuchâtel, sous la supervision de Maarten Voordouw, aujourd’hui professeur assistant au Canada.

Chaîne vertueuse

Présentée dans la revue scientifique «Parasites and Vectors», la chaîne vertueuse entre le hêtre et la tique est qualifiée de «sinistre», sachant que la borréliose de Lyme véhiculée par les tiques est une infection bactérienne en constante augmentation en Europe et en Amérique du Nord, à l’image des autres maladies transmises par ces ectoparasites.

Cette découverte résulte de l’analyse d’un ensemble de données relevées pendant quinze ans. Elle porte sur l’abondance des tiques Ixodes ricinus provenant de quatre sites d’altitude différente sur la montagne de Chaumont, un sommet du Jura, qui surplombe la Faculté des sciences.

Chaque mois

La corrélation établie repose sur une collecte réalisée chaque mois entre 2004 et 2018 par les prédécesseurs de la jeune biologiste, dont la professeure honoraire Lise Gern et le technicien Olivier Rais. Ces chercheurs ont établi que la production de graines par les hêtres est associée à une augmentation, deux ans plus tard, de la densité de tiques infectées par la bactérie de la maladie de Lyme.

«Cela s’explique assez logiquement. Si le nombre de graines au cours d’une saison augmente, alors l’abondance des rongeurs qui sont les principaux hôtes des tiques croît également au cours de l’année suivante, ce qui en fin de compte augmente la densité des nymphes d’Ixodes ricinus, mais deux ans plus tard», explique l’Université de Neuchâtel dans un communiqué publié ce lundi.

Période de flambée

Leur constat vaut surtout en période de flambée de production de faînes, un phénomène appelé «masting»: le passage entre une production de graines très basse et le niveau le plus élevé fait pratiquement doubler la densité des nymphes infectées.

«Chaque année, en Suisse et ailleurs en Europe, les experts en santé publique se demandent si cette année sera une mauvaise année pour les tiques. Nous avons maintenant une réponse. Il y aura beaucoup de tiques si les hêtres ont produit beaucoup de graines deux ans auparavant», concluent les chercheurs du Laboratoire d’écologie et d’épidémiologie parasitaires

Leurs recherches n’ont ciblé que les pathogènes liés à la maladie de Lyme (la bactérie B. burgdorferi), mais l’augmentation de la densité de tiques observée implique aussi une augmentation du risque de contracter d’autres maladies transmises par I. ricinus, comme l’encéphalite à tiques, d’origine virale.

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