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La santé connectée (3/8)Le high-tech est-il fiable pour surveiller son cœur?

Les appareils destinés à mesurer les battements cardiaques ne sont plus réservés aux sportifs chevronnés. Et l'offre destinée au grand public s'étend.

par
Fabien Goubet. Avec la collaboration de www.planetesante.ch

Comme s'il voulait regarder l'heure, André fait un geste du poignet. Mais la montre qu'il porte le renseigne sur sa fréquence cardiaque. «157! Un peu plus élevé que d'habitude, sûrement à cause de la chaleur», avance-t-il avant de repartir. Comme des milliers de sportifs, il s'est offert un cardiofréquencemètre afin de suivre son rythme cardiaque lorsqu'il court. Longtemps réservés aux professionnels et aux pratiquants aguerris, ces appareils séduisent de plus en plus de sportifs du dimanche désireux d'évaluer leurs performances, de connaître un peu mieux leurs limites, voire de préparer une course. Une pratique qui s'inscrit dans la logique dite du «quantified self», qui consiste à mesurer, et à partager, un grand nombre de données médicales personnelles: poids, nombre de pas parcourus dans la journée, fréquence cardiaque, etc. Et à l'heure des réseaux sociaux et du Big Data, cet exercice est à la mode.

Comment ça marche?

Deux méthodes existent pour mesurer sa fréquence cardiaque: par des signaux électriques ou optiques. Dans le premier cas, il s'agit d'une ceinture que l'on attache au niveau de la poitrine sur laquelle est fixé un boîtier contenant des électrodes en contact avec la peau. Celles-ci enregistrent l'activité électrique du cœur (voir infographie) et transmettent la fréquence des battements à un appareil récepteur, la plupart du temps une montre ou un bracelet. Polar, Suunto, Garmin… les leaders du marché optent pour cette méthode qui, disent-ils, est la plus précise. Reste que ces ceintures ne conviennent pas à tous les sports, notamment la natation, bien que des modèles spécifiques existent. Elles ont, en effet, tendance à glisser. Plus généralement, bien des sportifs trouvent la sensation de pression sur la poitrine désagréable.

Un inconvénient que n'a pas la deuxième méthode. Elle repose sur la mesure d'un signal optique, au moyen d'une simple bague ou d'une montre capables de mesurer l'intensité lumineuse au niveau des vaisseaux sanguins du doigt ou du poignet. Concrètement, un faisceau lumineux est émis à travers la peau et le cardiofréquencemètre détecte les variations de la lumière réfléchie. Celle-ci varie en effet au passage du sang à chaque pulsation. Un peu moins précise, cette mesure a été l'objet d'importants progrès ces dernières années. Sont proposées désormais de plus en plus de montres avec cardiofréquencemètre intégré (le modèle Mio Alpha, qui utilise une technologie développée par la branche médicale de Philips, ou la MiCoach Smart d'Adidas).

Quel que soit le type d'appareil, les fabricants assurent que leurs produits sont «aussi précis qu'un électrocardiogramme (ECG)». Mais à ce sujet, les médecins sont plus prudents. Denis Graf, cardiologue au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), reçoit régulièrement des patients qui utilisent des cardiofréquencemètres. Il explique avoir constaté à plusieurs reprises d'importantes différences entre les mesures fournies par ces appareils et celles qu'il réalise avec des ECG.

«Nos appareils sont plus précis: ils comportent plus d'électrodes et effectuent des mesures sur de plus longues périodes, explique le médecin. Parfois des patients s'inquiètent de valeurs qu'ils ont mesurées eux-mêmes, alors qu'en réalité ils ne les ont jamais atteintes!» Les anomalies de mesure peuvent s'expliquer par des interférences ou des mauvais réglages, sans oublier qu'un appareil destiné au grand public n'a pas les mêmes obligations de précision qu'un outil professionnel.

Gérald Grémion, médecin du sport au CHUV, estime, pour sa part, que les mesures des cardiofréquencemètres sont assez satisfaisantes, mais que le problème réside dans leur interprétation. «De nombreux facteurs, tels que l'hydratation et la température, modulent la fréquence cardiaque», explique-t-il. Il est donc nécessaire d'apprendre à se connaître et à lire correctement les chiffres donnés par son appareil, ce qui est long et relativement difficile.

Les médecins sont partagés

Alors, faut-il donc craquer et s'offrir un cardiofréquencemètre ou bien considérer cet objet comme un gadget inutile? Les médecins sont partagés. Denis Graf y voit surtout «un effet psychologique, avec un bénéfice limité, si ce n'est pour les débutants qui vont apprendre à se connaître un peu mieux». Quant à Gérald Grémion, l'idée de tout mesurer et de tout partager sur les réseaux sociaux le laisse perplexe: «Est-ce utile ou inquiétant? Je ne sais pas. Mais bien utilisés, ces appareils permettent certainement de mieux s'entraîner.»

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