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Hockey sur glaceLe hockey suisse saigne

La déroute d'Helsinki jette l'opprobre sur Sean Simpson et ses hommes. Pourquoi un sport national a-t-il pu redevenir, soudain, si mal en point?

par
Frédéric Lovis
Reuters

Cinq buts marqués contre le Kazakhstan, trois face à la Biélorussie, deux à l'issue des duels livrés contre la Finlande, le Canada et la France, puis zéro dimanche face à la Slovaquie. La productivité offensive de l'équipe de Suisse décline en même temps que les nuages s'amoncellent au-dessus d'elle. L'objectif minimal (les quarts de finale) est clairement raté. Pourquoi?

1 MANQUE D'AUTOCRITIQUE La barque coule à Helsinki, Sean Simpson ne regrette rien. Sauf la débâcle de samedi. «En six matches disputés, nous avons livré cinq prestations de qualité», a-t-il martelé hier. Ce n'est pas son entourage le plus proche qui va secouer le cocotier. Peter Lüthi, responsable des équipes nationales, endosse le rôle d'avocat de la défense: «Sa manière de travailler avec l'équipe A et les M20 parle pour lui. Il ne s'intéresse pas qu'au sommet de la pyramide. Il laisse toujours la porte ouverte aux idées nouvelles. Son comportement est bien accepté par tous les clubs de LNA et leurs entraîneurs.» Est-il encore l'homme de la situation? «Naturellement, répond Peter Lüthi. Seuls les résultats ne sont pas à la hauteur.» Un facteur essentiel. Il sera au cœur des discussions quand le conseil d'administration de la Fédération suisse se penchera sur l'avenir d'un technicien au bilan peu glorieux. N'a-t-il pas raté une occasion unique de faire jouer la Suisse pour une médaille aux Mondiaux 2010 (défaite 1-0 contre l'Allemagne en quarts de finale)? N'a-t-il pas manqué la qualification pour les quarts de finale par deux fois depuis? N'est-il pas en train d'éjecter la Suisse du top 9 mondial?

2 CHOIX DISCUTABLES Sa première erreur à Helsinki, Sean Simpson l'a commise en plaçant d'entrée huit défenseurs dans son rooster. Depuis l'arrivée de Roman Josi, neuf arrières garnissent ses rangs. Ils ne servent à rien pour compenser les blessures de Simon Moser et de Daniel Rubin. Michael Liniger ferait du bien à une offensive qui s'éteint au fil du tournoi. «Je n'arrête pas de dire à mes joueurs de trouver le chemin le plus direct en direction des goals, fronce Sean Simpson. Au lieu de ça, on tourne autour.» Ses hommes ont-ils encore la force physique pour se plier aux ordres du chef? Le peu d'occasions dangereuses recensées face à la Slovaquie démontre le contraire. Des questions se posent aussi au niveau du choix des gardiens. Comme lors des deux années précédentes, Sean Simpson a opté pour un tournus, sans définir de numéro un cette fois-ci. Les pourcentages d'arrêts s'en ressentent. Enfin, un constat s'impose: plus les lignes offensives sont brassées, moins elles sont efficaces.

3 LE PAPIER ET LA GLACE Les joueurs de NHL amènent très imparfaitement ce que l'on est en droit d'attendre d'eux. Roman Josi, coupable sur le but slovaque ayant enterré les espoirs suisses, est devenu malgré lui un symbole. S'attacher les services d'un talent ayant immanquablement besoin de temps (qu'il n'a pas) pour s'adapter était-il judicieux? «Je suis très content d'avoir pu convaincre tous ces joueurs issus de la meilleure ligue du monde de nous rejoindre, car l'une de mes tâches et de mettre sur pied la meilleure équipe possible», rétorque Sean Simpson. Sur le papier, on lui donne raison. Sur la glace, par contre… 4CES MOMENTS D'ÉGAREMENT Mark Streit en a parlé à plusieurs reprises, la balance entre l'offensive et la défensive n'est pas optimale. Elle provoque des moments d'égarement et coûte des buts. En sus, comment expliquer la présence de quatre joueurs sur la glace quand Ryan Getzlaf lance la contre-attaque décisive permettant au Canada de gagner 3-2? Comment interpréter la ruade sur Anthony Guttig d'un Goran Bezina très (trop?) offensif coûtant le match face à la France? Comment excuser la gestion défaillante de plusieurs moments-clés depuis le début des joutes? Toutes ces questions, les patrons de Sean Simpson feraient bien de les lui poser au moment de se pencher sur son avenir à la tête d'une équipe de Suisse à la dérive.

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