Football - Le Imeri nouveau passé au crible
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FootballLe Imeri nouveau passé au crible

Éblouissant avec Servette depuis près de deux mois, le Genevois de 21 ans a passé un cap cet automne. Notamment parce qu’il est plus décisif que jamais. Analyse.

par
Valentin Schnorhk
Avec 8 buts inscrits cette saison, Kastriot Imeri est l’homme-fort du moment pour Servette.

Avec 8 buts inscrits cette saison, Kastriot Imeri est l’homme-fort du moment pour Servette.

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Dans la forme de sa – courte – vie de footballeur. Semaine après semaine, Kastriot Imeri éblouit la Super League. Depuis deux mois, le milieu offensif servettien a atteint un niveau d’efficacité qu’il n’avait jamais eu auparavant. Sa convocation en équipe de Suisse au mois de novembre n’est venue qu’ajouter un peu d’assurance à une confiance déjà bien garnie. Son doublé au Wankdorf pour offrir la victoire 2-1 contre Young Boys aux Grenat samedi encore plus. Depuis le début de saison, le joueur de 21 ans a inscrit 8 buts en championnat, dont 6 sur les cinq derniers matches. Comme s’il avait enfin pris la mesure de son potentiel et de l’impact qu’il peut avoir. Décryptage du «nouveau» Kastriot Imeri.

L’attrait de la zone 3

Intégré à la première équipe de Servette depuis l’été 2017, Imeri a souvent confronté ses entraîneurs successifs (Meho Kodro, Bojan Dimic puis Alain Geiger depuis 2018) à la problématique de son placement. Sur un côté? À la construction dans un double pivot? En soutien d’un ou deux attaquants? Ceux qui l’ont connu jeune plaident pour son activité près de la surface. Et cela tend à se confirmer.

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Contre Lausanne, même si la transition est encore à son début, il effectue déjà une longue course vers la zone 3 vaudoise. Il sera à l’origine du 1-0 servettien.

Contre Lausanne, même si la transition est encore à son début, il effectue déjà une longue course vers la zone 3 vaudoise. Il sera à l’origine du 1-0 servettien.

Contre Zurich, il sollicite le ballon à l’intérieur du jeu, très bas.

Contre Zurich, il sollicite le ballon à l’intérieur du jeu, très bas.

Puis, après l’avoir transmis, il poursuit sa course et arrive lancé en zone 3.

Puis, après l’avoir transmis, il poursuit sa course et arrive lancé en zone 3.

Non sans une certaine mobilité. S’il est performant en zone 3 (le dernier tiers du terrain), Imeri a besoin d’y arriver en mouvement. Autrement dit, ses actions gagnent en efficacité et en pertinence lorsqu’il est lancé. Que ce soit en transition (il accompagne régulièrement les actions rapides servettiennes, de plus en plus récurrentes) ou sur action placée, le Meyrinois de naissance incarne une solution de choix pour Servette lorsqu’il s’agit de se rapprocher de la zone finale. Mais avec le jeu face à lui.

Les passes reçues par Kastriot Imeri contre Young Boys samedi. Les X désignent les ballons perdus. Il sollicite beaucoup de ballons entre les lignes, à l’orée de la zone 3. En revanche, il touche très peu de ballons dans la surface adverse.

Les passes reçues par Kastriot Imeri contre Young Boys samedi. Les X désignent les ballons perdus. Il sollicite beaucoup de ballons entre les lignes, à l’orée de la zone 3. En revanche, il touche très peu de ballons dans la surface adverse.

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Il n’est ainsi pas un hasard de constater qu’il touche relativement peu de ballons dans la surface (2,37 par période de 90 minutes). Son activité passe par le mouvement. Et ses projections. Lorsqu’il reçoit le ballon dans la surface, c’est parce qu’il a identifié une zone dangereuse. Imeri agit ainsi plus comme un milieu offensif qui arrive en deuxième rideau que comme un attaquant de soutien, qui tournerait autour d’une pointe.

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Deux situations contre GC, le 19 novembre:
39e minute: Alors que le jeu se déroule à l’opposé, il se déplace tranquillement vers l’intérieur.

Deux situations contre GC, le 19 novembre:39e minute: Alors que le jeu se déroule à l’opposé, il se déplace tranquillement vers l’intérieur.

Il identifie ensuite une zone libre, où il n’est pas attendu. Il y fait un appel, et centre ensuite pour Kyei.

Il identifie ensuite une zone libre, où il n’est pas attendu. Il y fait un appel, et centre ensuite pour Kyei.

50e minute: Touché lancé par Clichy, il a le jeu face à lui.

50e minute: Touché lancé par Clichy, il a le jeu face à lui.

Mais c’est par sa capacité à identifier les espaces libres et dangereux qu’il a fait la différence lors de ses récentes sorties. Imeri sait où il peut faire mal: au renvoi d’un ballon, en retrait (comme lors de son but contre Lausanne, ou à Lugano en octobre), ou dans le dos des défenseurs, lorsqu’un partenaire a besoin de soutien. Et puis, il peut aussi s’appuyer sur un ressort supplémentaire, qu’il ne manque pas d’utiliser lorsqu’il se rapproche de la surface: sa créativité et sa capacité à fixer les adversaires. Efficace en un contre un, le Genevois attire forcément des défenseurs sur lui. Ce qui lui permet notamment de libérer ses partenaires. Ou alors de créer l’exploit.

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Contre GC, il attaque la zone dans le dos du défenseur (Toti), au duel avec Stevanovic. Il se crée une grosse occasion.

Contre GC, il attaque la zone dans le dos du défenseur (Toti), au duel avec Stevanovic. Il se crée une grosse occasion.

Contre Lausanne, il reste en retrait, alors que l’ensemble de la défense lausannoise est attiré par le but. Le renvoi de Diaw arrivera sur lui. Il inscrira le 2-0.

Contre Lausanne, il reste en retrait, alors que l’ensemble de la défense lausannoise est attiré par le but. Le renvoi de Diaw arrivera sur lui. Il inscrira le 2-0.

En partant du côté gauche, il peut aussi fixer ses adversaires (ici quatre Lausannois) et libérer ses partenaires.

En partant du côté gauche, il peut aussi fixer ses adversaires (ici quatre Lausannois) et libérer ses partenaires.

Le besoin d’être décisif

Mais si Kastriot Imeri a franchi un palier cet automne, c’est principalement parce qu’il concrétise son potentiel dans les gestes qui font tourner un match. Avant cette saison, il n’avait marqué que deux buts en Super League. C’est peu dire qu’il a soigné ses statistiques depuis. Du moins en ce qui concerne les buts. Il ne compte en revanche aucune passe décisive depuis le début de saison. Une anomalie. Parce qu’il a déjà «délivré» 3,37 Expected assists depuis le début de saison.

En zone 3, avec le jeu face à lui, Imeri possède une qualité technique qui lui permet de trouver la passe juste. Il cherche l’espace dans lequel le gardien ne peut pas intervenir. À savoir derrière la défense, mais trop loin pour que le portier adverse sorte. Près d’une fois par match (0,91 passe clé p90), il trouve une passe qui mènera ensuite à un tir. Signe d’une capacité à mettre ses attaquants dans les meilleures dispositions. Comme il l’a aussi fait contre Young Boys samedi, lorsqu’il a envoyé Miroslav Stevanovic au but sur une transition rapide. Cet aspect de son jeu incarne une progression par rapport aux saisons précédentes, qu’il s’agira de maintenir.

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Contre Zurich, il cherche la zone dans le dos de la défense, attaquée par Stevanovic. Le gardien Brecher ne peut pas sortir et Stevanovic frappe la barre.

Contre Zurich, il cherche la zone dans le dos de la défense, attaquée par Stevanovic. Le gardien Brecher ne peut pas sortir et Stevanovic frappe la barre.

Exemple similaire contre Lausanne, où il trouve Kyei juste derrière la défense. L’occasion sera manquée.

Exemple similaire contre Lausanne, où il trouve Kyei juste derrière la défense. L’occasion sera manquée.

Au Wankdorf dimanche, après un crochet, il peut envoyer Stevanovic directement au but. Il perdra son face-à-face.

Au Wankdorf dimanche, après un crochet, il peut envoyer Stevanovic directement au but. Il perdra son face-à-face.

Même si elle est moindre par rapport à la capacité à se mettre en position de frappe. Imeri tire non seulement de deux fois plus que la saison dernière (3,55 tirs p90, contre 1,75 en 2020-21), mais il parvient également à y adjoindre une certaine qualité. Malgré une réelle surperformance, à en croire le modèle des Expected Goals. Il faut dire que les deux coups francs excentrés inscrits à Zurich en septembre et à YB samedi représentaient moins de 0,1 xG à chaque fois. Cela peut devenir une spécialité pour le milieu.

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Contre Zurich, après un relais avec Rodelin, il s’ouvre le chemin du but des 20 mètres et marque.

Contre Zurich, après un relais avec Rodelin, il s’ouvre le chemin du but des 20 mètres et marque.

Deux situations de frappe contre YB. Il attaque la zone à l’entrée de la surface. La transmission de Stevanovic sera moyenne, et il sera contraint de frapper du gauche. Faivre bloque l’essai.

Deux situations de frappe contre YB. Il attaque la zone à l’entrée de la surface. La transmission de Stevanovic sera moyenne, et il sera contraint de frapper du gauche. Faivre bloque l’essai.

Au deuxième ballon, à la sortie de la surface, il tente sa chance. Elle sera déviée par Sierro.

Au deuxième ballon, à la sortie de la surface, il tente sa chance. Elle sera déviée par Sierro.

Même si Imeri ne perd pas non plus en rationalité, bien que son but contre GC il y a quinze jours dans un angle impossible ne plaide pas cette cause. En s’attardant sur l’emplacement de ses tirs, on y trouve une volonté régulière de chercher des positions de frappe intéressantes, compte tenu de son poste. En clair, s’il tire en dehors de la surface, cela se fait de moins en moins dans des angles impossibles, mais plutôt plein axe, à moins de vingt mètres des buts. Malin.

Dans le cœur du jeu?

Le débat prend de l’ampleur, vu les performances du joueur formé en Grenat. Faut-il lui confier les clés du jeu? Ou, dit autrement, repenser l’organisation collective pour placer Imeri dans les meilleures dispositions, soit dans un rôle très axial (comme il l’a par exemple occupé en équipe de Suisse M21). Placé sur le côté gauche du 4-3-3 servettien par Alain Geiger depuis le retour de blessure de Cognat, Imeri est parfois oublié par ses partenaires. Mais serait-il assurément plus efficace dans un autre rôle?

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3 exemples dans le cœur du jeu contre GC:
Il reçoit la balle complètement dos au jeu et est immédiatement mis sous pression. Perte de balle.

3 exemples dans le cœur du jeu contre GC:
Il reçoit la balle complètement dos au jeu et est immédiatement mis sous pression. Perte de balle.

Autre exemple où il sollicite une passe verticale. Mis sous pression par deux Zurichois, il perd la balle.

Autre exemple où il sollicite une passe verticale. Mis sous pression par deux Zurichois, il perd la balle.

Autre situation où il reçoit la balle dos au jeu. Mal orienté, il parvient tout de même à obtenir une faute. Mais le jeu n’avance pas.

Autre situation où il reçoit la balle dos au jeu. Mal orienté, il parvient tout de même à obtenir une faute. Mais le jeu n’avance pas.

Il faut se poser des questions sur son orientation du corps. Lorsque Imeri demande le ballon plus bas, tout n’est pas toujours aussi fluide. Il peut avoir tendance à être dos au jeu, et perdre très rapidement la balle sous pression. À l’inverse, lorsqu’il reçoit la balle sur un côté, il peut avoir le jeu face à lui, et «lancer» ses actions. Notamment parce qu’il a une meilleure représentation de l’espace qui s’ouvre à lui.

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Un meilleur exemple contre GC, où il reçoit une balle légèrement en diagonale. Cela lui permet de se mettre dans le sens du jeu.

Un meilleur exemple contre GC, où il reçoit une balle légèrement en diagonale. Cela lui permet de se mettre dans le sens du jeu.

En demandant la balle depuis l’aile, il peut se déplacer et recevoir à l’intérieur, dans un demi-espace et avec le jeu face à lui.

En demandant la balle depuis l’aile, il peut se déplacer et recevoir à l’intérieur, dans un demi-espace et avec le jeu face à lui.

En partant de l’extérieur vers l’intérieur, il peut arriver lancé. En sollicitant un relais avec Rodelin, il pourra marquer contre Zurich.

En partant de l’extérieur vers l’intérieur, il peut arriver lancé. En sollicitant un relais avec Rodelin, il pourra marquer contre Zurich.

Tout cela peut donc être une question de déplacement. Partir de l’extérieur vers l’intérieur lui permet d’avoir le jeu face à lui. Cette mobilité, comme on l’a vu plus tôt, lui sert. Imeri ne présente quoi qu’il en soit pas les qualités d’un ailier de débordement. En revanche, en recevant le ballon dans les demi-espaces, il peut être pertinent. À moins que son prochain stade de progression concerne justement son activité dans le cœur du jeu. Évolution à suivre.

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