Asie - Le Japon va rejeter de l’eau de Fukushima à la mer après traitement
Publié

AsieLe Japon va rejeter de l’eau de Fukushima à la mer après traitement

Le Japon va rejeter à la mer plus d’un million de tonnes d’eau issue de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima, a annoncé mardi le gouvernement nippon, malgré l’opposition dans des pays voisins, dont la Chine, et des communautés locales de pêcheurs.

Yoshihide Suga le 12 avril 2021 à Tokyo.

Yoshihide Suga le 12 avril 2021 à Tokyo.

AFP

Le Japon va rejeter dans l’océan Pacifique, après traitement, plus d’un million de tonnes d’eau provenant de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima Daiichi, a annoncé mardi le gouvernement nippon malgré l’opposition de pays voisins et des pêcheurs locaux.

Cette décision met fin à sept années de débats sur la manière de se débarrasser de l’eau provenant de la pluie, des nappes souterraines ou des injections nécessaires pour refroidir les cœurs des réacteurs nucléaires entrés en fusion après le gigantesque tsunami du 11 mars 2011. Environ 1,25 million de tonnes d’eau contaminée sont actuellement stockées dans plus d’un millier de citernes près de la centrale accidentée il y a dix ans dans le nord-est du Japon.

L’eau sera rejetée «après nous être assurés qu’elle est à un niveau (de substances radioactives, NDLR) nettement en-dessous des normes de sécurité», a déclaré mardi le Premier ministre Yoshihide Suga, ajoutant que le gouvernement japonais prendrait «des mesures» pour empêcher que cela n’entache la réputation de la région.

Une décision était d’autant plus urgente que l’eau s’accumule rapidement: en 2020, le site a généré chaque jour environ 140 mètres cubes d’eau contaminée. Les limites de la capacité de stockage sur place pourraient être atteintes dès l’automne 2022, selon Tepco, l’opérateur de la centrale.

L’eau destinée à être relâchée dans cette opération, qui ne devrait pas commencer avant deux ans et pourrait prendre des décennies, a été filtrée à plusieurs reprises pour être débarrassée de la plupart de ses substances radioactives (radionucléides), mais pas du tritium, lequel ne peut pas être éliminé avec les techniques actuelles.

Vive opposition

Cette solution est très contestée par les pêcheurs et agriculteurs de Fukushima, dans le Nord-Est du pays,redoutant que cela n’affecte encore davantage l’image de leurs produits auprès des consommateurs, même si Tepco s’est engagé mardi à prendre «des mesures pour empêcher que des rumeurs néfastes ne circulent» à l’encontre de l’agriculture, des forêts, de la pêche et du tourisme dans la région.

Le gouvernement «nous a dit qu’il ne rejetterait pas l’eau (à la mer, NDLR) sans l’adhésion des pêcheurs», a déclaré mardi Kanji Tachiya, responsable d’une coopérative locale de pêche à Fukushima, juste avant l’annonce de la décision. «Maintenant, ils reviennent là-dessus et nous disent qu’ils vont rejeter l’eau, c’est incompréhensible», a-t-il ajouté.

Plus d’une centaine de personnes ont aussi manifesté mardi devant le Kantei, les bureaux et la résidence officielle de M. Suga à Tokyo, portant des pancartes avec des slogans contre la décision. «S’il vous plaît, arrêtez maintenant», a lancé Ichiro Tanaka, un manifestant sexagénaire, selon des propos recueillis par AFP. «Ne pourrissez pas Fukushima et tout le Japon avec la radioactivité» (...). «Vous avez dû décontaminer la zone après l’accident, n’allez pas répandre à nouveau la contamination».

«Le gouvernement japonais a une fois de plus laissé tomber les gens de Fukushima», a réagi mardi Greenpeace, fustigeant une «décision complètement injustifiée de contaminer délibérément l’océan Pacifique». L’organisation environnementale a répété son appel à poursuivre le stockage de l’eau jusqu’à ce que la technologie permette de la décontaminer complètement.

Soutien américain

Début 2020, des experts commissionnés par le gouvernement avaient recommandé le rejet en mer, une pratique déjà existante au Japon comme à l’étranger sur des installations nucléaires en activité. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a aussi soutenu cette option. Son directeur général Rafael Grossi s’est «réjoui» mardi de la décision du Japon, déclarant que l’AIEA était prête à lui fournir un soutien technique. Cette décision est «une étape importante» dans le démantèlement de la centrale de Fukushima Daiichi, a salué M. Grossi dans un communiqué.

Les voisins du Japon, avec qui Tokyo entretient des relations houleuses sur fond de contentieux historiques, ont manifesté leur mécontentement. La Chine a qualifié mardi «d’extrêmement irresponsable» l’approche du Japon,qui «va gravement nuire à la santé et à la sûreté publiques dans le monde, ainsi qu’aux intérêts vitaux des pays voisins». La Corée du Sud, qui a exprimé de «vifs regrets» après cette décision qui représente «un risque pour l’environnement maritime», a convoqué l’ambassadeur japonais à Séoul.

Le gouvernement américain, allié de Tokyo, a en revanche exprimé son soutien à l’opération, notant que le Japon avait «pesé les options et les effets, avait été transparent dans sa décision et sembl(ait) avoir adopté une approche en accord avec les normes de sûreté nucléaire internationalement reconnues».

(AFP)

Votre opinion