22.07.2020 à 10:06

Il y a vingt ans

Le jour où… Oasis a déserté Paléo

Le mercredi 26 juillet 2000, le concert des Mancuniens avec Liam Gallagher mais sans Noel n’avait duré que quelques morceaux seulement. Provocations, jets de projectiles, fuite du groupe et conférence de presse d’urgence: «Le Matin» avait assisté au désastre.

par
Laurent Flückiger
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Les fans du groupe pop étaient pourtant bon public.

Les fans du groupe pop étaient pourtant bon public.

KEYSTONE
Après qu’une bombe à eau atterrit aux pieds de Liam Gallagher, le groupe est parti une première fois. La situation a ensuite dégénéré: les spectateurs ont multiplié les jets de projectiles.

Après qu’une bombe à eau atterrit aux pieds de Liam Gallagher, le groupe est parti une première fois. La situation a ensuite dégénéré: les spectateurs ont multiplié les jets de projectiles.

KEYSTONE

Les faits ont vingt ans et il s’agit encore aujourd’hui du pire souvenir de Daniel Rossellat, le boss du Paléo. Le 26 juillet 2000, Oasis est programmé sur la Grande Scène à 23 h 30. C’est un événement pour de nombreux fans, même si Liam Gallagher est attendu sans son frère Noel, qui a décidé de ne pas participer à la tournée hors de Grande-Bretagne. C’était peut-être le premier signe que rien n’allait se passer comme prévu ce soir-là. Car le concert est un désastre.

Alors jeune pigiste, je couvrais mon tout premier Paléo pour «Le Matin» et je ne pensais certainement pas assister à pareil «événement» et pouvoir le couvrir en long et en large dans un journal papier encore en grand format à l’époque. Voici la reproduction du déroulement de cette soirée inoubliable tel qu’il a été raconté dans l’édition du vendredi 28 juillet 2000 (avec les photos de Salvatore Di Nolfi) sous le titre «Oasis déserte Paléo.»

L’article du 28 juillet 2000 en pages 8 et 9 du «Matin».

L’article du 28 juillet 2000 en pages 8 et 9 du «Matin».

Le Matin

Liam Gallagher provoque le public, puis se montre incapable d’en affronter les conséquences. Résultat: un concert castré et un imbroglio digne de la sulfureuse réputation de son groupe

«Yeah, thanks!» La rock star Liam Gallagher semblait pourtant très calme quarante minutes avant son show, signant des autographes à quelques fans tout en commandant une vodka orange au Bar du Canal, derrière la scène. Au même endroit, un témoin affirme avoir partagé sa table, lui avoir offert à boire, s’être fait offrir des tournées en retour par un Mancunien heureux d’être à Paléo. Rien ne supposait alors que le chanteur anglais allait devenir arrogant et provocateur une fois joués les premiers accords de guitares. Sur le terrain de l’Asse, beaucoup de gens l’attendaient déjà.

Le concert débute enfin vers 23 h 30 sur «Go Let It Out». Le grand frère, Noel, n’est pas présent, ayant décidé de ne pas participer à la tournée hors de la Grande-Bretagne. Liam s’occupe plus des photographes que de penser à chanter correctement. Ceux-ci sont autorisés à rester seulement lors des trois premiers morceaux. Il les nargue, les insulte et jette des coups d’œil à tous moments en direction des coulisses, mimant le geste de regarder sa montre, comme pour indiquer que le temps qui leur était imparti pour tirer son portrait était terminé. Il s’en prend ensuite au public, adressant des fuck off aux premiers rangs, qui ne bougeaient sans doute pas assez à son goût.

C’est «normalement bon» pour la suite

Cela faisait-il partie de son jeu de scène? Son attitude n’était en tout cas pas du goût d’une partie du public. De 15 m de la Grande Scène, on voit le chanteur se faire expédier une bombe à eau (ballon, préservatif, bouteille?), qui éclate juste devant lui. Énervé, il sort et le groupe continue à jouer. Le morceau terminé, tous sortent sous les sifflets de l’assistance. L’organisation nous avertit alors, dans un brouhaha infernal, qu’Oasis ne reviendra pas si des gens continuent à lancer des objets sur la scène. Quelques minutes plus tard, tous les membres du combo sont de retour et entament un nouveau titre. Mais, très vite, Liam s’enfuit à nouveau, suivi de ses musiciens. Pourtant, cette fois, d’après ce que nous avons vu, aucun objet n’a été jeté. Dans le public, les réactions sont diverses - encouragements, huées, silence attentiste. Patience. C’est «normalement bon» pour la suite, mais il ne faut impérativement pas jeter la moindre chose.

Dans la foule, un fan lance avec malice que c’est peut-être Noel qui est venu empêcher le bon déroulement du concert. Les gens sont étrangement calmes, attendant jusqu’à quarante minutes pour apprendre qu’Oasis ne reviendrait pas, «craignant pour sa sécurité». Le public est certes déçu, mais surtout fâché et de nombreuses bouteilles sont lancées en direction de la scène. Les Anglais restent dans leurs loges, forcés de patienter afin de fournir des explications.

Le plus gros cachet de l’année

Autour de 2 h du matin, une conférence de presse est organisée. Daniel Rossellat évoque un «incident mineur», «une affaire de gamins». Pour lui, les membres d’Oasis sont «ou bien des génies, ou bien des gamins mal élevés», mais ils ont une façon de provoquer. Il peut toutefois comprendre cette «action humaine par rapport à un moment de peur». C’était le plus gros cachet de l’année, mais il n’y a pas d’espoir de récupérer l’argent. Le tenter reviendrait à se condamner à une longue bataille juridique inutile. Pour ce qui est du remboursement des spectateurs, le flou demeure encore (voir encadré).

Durant la conférence, on annonce qu’un communiqué de Sony Music, la maison de disques du groupe, est disponible, mettant en avant la réaction d’un groupe face à des jets de bouteilles et des pièces de monnaie atteignant Liam Gallagher et les autres musiciens, et regrettant que la majorité des festivaliers aient été privés d’un show fantastique. «C’est archifaux!» rétorque le service de presse, qui s’élève de plus contre un communiqué «mensonger et non signé» tout en précisant qu’aucun membre du groupe n’avait été touché.

Remous sur le Net

Aux environs de 3 h, Oasis quitte l’Asse après avoir téléphoné au Consulat d’Angleterre. Le lendemain, l’affaire prend une ampleur incroyable, fait le tour d’Internet. Des rumeurs font état parfois d’un groupe d’agents perturbateurs britanniques, déterminés à saccager le concert, ou scandant le nom de Robbie Williams, l’archirival de Liam Gallagher (!). Au ras des copeaux de Paléo, la plupart des commentateurs stigmatisaient l’attitude d’un chanteur prétentieux, incapable d’assumer une confrontation qu’il avait provoquée, et d’offrir en retour un concert à couper le souffle. Pour une minorité, en particulier les fans, la réaction de Liam Gallagher était parfaitement compréhensible.

Une chose est sûre, on ne reverra pas Oasis sur les hauts de Nyon.

Paléo quand même

«Paléostalgie», c'est une opération nostalgie proposée par LeMatin.ch du 20 au 26 juillet 2020, les dates où auraient dû avoir lieu le 45e Paléo. Partenaire de longue date, LeMatin.ch entend apporter ainsi son soutien au festival et faire vivre l'événement à ses lecteurs avec des interviews, des souvenirs et des anecdotes.

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