28.05.2019 à 17:41

TennisLe journal intime du fan ultime de Federer

Dans «Rodgeur Forever», Laurent Chiambretto retrace le retour triomphal du «Maître» sous la plume d’un adorateur. Exaltation communicative.

par
Mathieu Aeschmann

Estimer le bon timing du réveil en pleine nuit, planquer son portable pour suivre un set décisif en pleine réunion, maudire chaque retour en forme de Rafael Nadal: que ceux qui n’ont jamais vécu au moins l’une de ces situations quittent cet article.

Depuis deux décennies, Roger Federer s’est installé dans nos vies pour découper nos nuits et réguler nos humeurs. Jusqu’à l’excès? Pas forcément si l’on se réfère à l’investissement émotionnel quasi absolu d’Arnaud, dont «Rodgeur Forever», publié aux Éditions Solar par Laurent Chiambretto, est le journal de bord enflammé. Du 8 juillet 2016 (défaite contre Raonic à Wimbledon) au 16 février 2018 (retour à la première place mondiale), ce texte intime et exalté retrace deux exploits parallèles. Le retour triomphal de Roger Federer vers les sommets et les pérégrinations du personnage principal pour rencontrer son idole.

«Le journal de bord m’a semblé être la forme la plus adéquate pour obtenir une plus grande liberté d’écriture, explique Laurent Chiambretto, auteur de deux autres livres sur le tennis et directeur de club «à la ville». On a déjà lu «du Federer» sous toutes les formes: philosophique, statistique, bande dessinée… Ce livre propose une vision passionnée du Maestro à travers l’œil d’un fan, soit avec sa mauvaise foi, ses excès et ses galères quotidiennes. Je pense donc qu’il peut plaire aux connaisseurs, mais aussi à ceux qui veulent découvrir le champion de manière plus ludique.»

«La mauvaise foi est l’ingrédient central d’un regard de fan»

Pour se documenter, Laurent Chiambretto a contacté une quinzaine de supporters historiques du «Maître». De leurs réponses est née une forme de portrait-robot de l’adorateur lambda dont ce monologue – entre les deux demi-finales de l’Open d’Australie 2017 - parlera à beaucoup. «Et dire que depuis le début de la semaine, les réseaux sociaux, supporters de Rodgeur compris, s’enflamment sur une possible finale Nadal-Federer. «Une finale comme au bon vieux temps», disent-ils. Mais quel bon vieux temps!? Vous avez cramé votre disque dur ou quoi!!?? À chaque finale, l’Espagnol lui confisque la coupe et nous flingue le moral…» (p.77)

Comme tout fan qui se respecte, Arnaud ne porte donc pas vraiment dans son cœur les principaux adversaires du Bâlois: le «Vamos sur pattes», bien sûr, mais aussi les «androïdes» Djokovic et Murray. «Si la mauvaise foi est l’ingrédient central d’un regard de fan, je me suis fixé une limite. Je pense que l’on peut se moquer sans verser dans l’agressivité et la méchanceté, explique l’auteur. J’ai opté pour un rejet ludique sans jamais basculer dans l’injure ou dans les attaques déplacées comme l’étiquette des seringues dans le dos. Cela allait de soi car, même si Federer suscite plus d’émotions chez moi, j’éprouve un respect identique pour lui, Nadal ou Djokovic.»

Il en découle un texte tonique, drôle, extrêmement bien documenté et parfois même délirant lorsque Arnaud verse dans la parodie musicale («Où t’es Rafa où t’es?», emprunté à Stromae après la déculottée d’Indian Wells). Un texte idéal pour calmer l’attente des fans entre Roland-Garros et Wimbledon, voire entre les tours du «Maître» Porte d'Auteuil.

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